Actu Chômage

mardi
20 août
Taille du texte
  • Agrandir la taille du texte
  • Taille du texte par defaut
  • Diminuer la taille du texte
Accueil Nos actions et engagements Désengagement des syndicats vis-à-vis des chômeurs : la réponse de la CFDT

Désengagement des syndicats vis-à-vis des chômeurs : la réponse de la CFDT

Envoyer Imprimer
Le 10 novembre dernier, nous avions contacté les quatre organisations dites «représentatives» des salariés (CFDT, CFTC, FO et CFE-CGC) afin de leur demander pourquoi elles n'intègrent pas ouvertement les chômeurs dans leurs structures, à l'instar de la CGT qui dispose d'un Comité de privés d'emploi. Au nom de l'anti-sectarisme, la célèbre Annie Thomas nous a répondu.

Nos courriers — lire leur contenu en commentaire —, jetés comme autant de bouteilles à la mer, faisaient suite à notre article : Si les syndicats jouaient leur rôle, il n'y aurait pas besoin d'associations de chômeurs !

En effet, depuis 1988, seule la CGT défend sur le terrain et représente les chômeurs et les précaires. D'ailleurs, le secrétaire général de son Comité national des privés d'emploi Jean-François Kiefer assiste, à côté de Maurad Rabhi, aux négociations Unedic tandis que les associations AC!, MNCP ou APEIS, qui pallient chaque jour et quasiment sans moyens au désengagement syndical vis-à-vis de cette population, restent, elles, sur le trottoir de l'avenue Bosquet ! La CGT est la seule grande centrale syndicale à avoir de la considération pour cette armée de réserve que sont les «outsiders» [1] alors que ses homologues ne s'intéressent qu'aux «insiders» [2].

La secrétaire nationale et représentante de la CFDT à l'Unedic s'est donné la peine de nous pondre une lettre de deux pages… en réalité, un ronflant tissu de propagande pour son grand syndicat «réformiste» dont les méthodes ne font plus recette. Dans cette réponse datée du 27 novembre, superbe échantillon de langue de bois que nous publions avec recul, on constate qu'elle n'a pas vu venir la claque que son organisation s'est ramassée aux élections prud'homales du 5 décembre, ni imaginé qu'un mois plus tard elle se retrouverait seule à signer un accord sur l'assurance-chômage une fois de plus au rabais. Et, bien sûr, d'éluder que la CFDT a osé porter plainte contre des chômeurs et des précaires...
Je vous laisse admirer le style.

Bonjour,

En réponse à votre courrier du 10 novembre 2008, je souhaite vous apporter quelques éclairages sur ce que nous sommes, nos valeurs, notre action, nos résultats et lever certaines incompréhensions.

L'histoire de la CFDT s'est construite sur des valeurs : démocratie, égalité, émancipation, indépendance, respect, laïcité, en privilégiant la solidarité entre tous et toutes : salariés, handicapés, précaires, sans qualification, cadres, hors statuts, chômeurs, exclus, jeunes en formation, retraités, hommes ou femmes, immigrés ou non...

Cette forme de syndicalisme qui défend l'intérêt général en dépassant les différents corporatisme (fonctionnaires, privés, CDI, précaires, chômeurs, cadres, statuts atypiques, non salariés…), nous l'avons adapté à nos structures :
• syndicats inter-catégoriels et non pas de métiers ou de statuts,
• fédéralisme au niveau des professions et des territoires.

Cette forme de démocratie nous oblige, chaque jour à nous réinterroger sur les droits et les devoirs de chacun et sur la prise en compte de tous les individus, quel que soit leur origine ou leur statut à un moment de leur existence pour leur permettre de progresser vers un mieux disant social.
Pour être efficace dans une société en mutation, nous nous mobilisons pour construire la sécurisation des parcours professionnels qui prend en compte la diversité des situations, qui inscrit chaque individu dans un parcours et qui, par une politique active, lui permet de progresser dans son cheminement de vie.
C'est pour cela que nous refusons d'enfermer les individus dans des cases, de les étiqueter, de construire des barrières infranchissables.
Construire des SAS c'est bien, en sortir c'est mieux.

Ce syndicalisme de plus de 800.000 adhérents a inventé de nombreux outils, et avec nos fichiers informatiques, chaque syndicat peut identifier les chômeurs adhérents (plus de 10.000 qui, tous les mois, continuent de verser 0,75% de leurs revenus à la CFDT). Mais dans nos permanences, nous accueillons tous les chômeurs qui demandent de l'aide, qu'ils soient adhérents ou non.

Ce syndicalisme confédéré, présent sur tout le territoire, a fait le choix de la lutte contre l'exclusion et pour l'emploi. Des responsables insertion-exclusion, des militants dans chaque union départementale, travaillent à l'accueil et à l'insertion des chômeurs. Des milliers de conseillers du salarié, de défenseurs et de conseillers prud'homme interviennent sur les ruptures, souvent abusives, du contrat de travail.
Ce syndicalisme confédéré met en réseau, des bénévoles, les nombreux salariés professionnels de la CFDT qui interviennent sur le terrain de l'exclusion, de l'insertion sociale et professionnelle du service public de l'emploi, mais aussi nos mandatés CFDT au sein de la protection sociale, de l'assurance-chômage, du 1% logement, du surendettement, de la formation professionnelle, de la santé...

Nous avons contribué, au fil des années, par nos interventions, à faire naître des droits nouveaux pour les chômeurs et les salariés pauvres ou précaires. Citons seulement la couverture maladie universelle, la garantie du risque locatif, l'indemnisation par le chômage d'un complément de revenu pour les activités réduites, l'épargne salariale solidaire qui finance les structures d'insertion par l'activité économique, le guichet unique pour les demandeurs d'emploi ainsi que l'accompagnement renforcé et personnalisé, le revenu de solidarité active et le maintien de la prime pour l'emploi...
Nous organisons régulièrement des journées nationales pour faire le bilan de nos projets. Lors du Grenelle de l'insertion, nous avons réalisé plusieurs documents sur nos expérimentations et nos sites pilotes qui ciblent des populations différentes (intérimaires, femmes en responsabilité monoparentale avec un travail précaire, personnes éloignées de l'emploi, jeunes sans qualification ou issus des zones urbaines sensibles…).
Nous essayons de construire ensemble un parcours de réussite, d'insertion sociale et professionnelle en mettant les personnes concernées au centre de nos démarches.

Les négociations interprofessionnelles en cours et celle au plan européen (où la CFDT représente les syndicats français) ont toutes des objectifs visant la prévention de l'exclusion et l'insertion professionnelle dans le cadre de la sécurisation des parcours professionnels.

C'est en associant la diversité, dans une organisation multiple et solidaire dans ses actions, en impliquant tous nos militants, que nous pouvons construire une force capable de construire une société plus juste.

Vous l'aurez compris, la CFDT ne fait pas preuve de sectarisme et elle accepte de travailler avec d'autres organisations ayant des structures différentes.
Nous travaillons en lien avec le secteur associatif, notamment celui de l'insertion et de l'exclusion, et nous apportons notre soutien à des projets communs.
Nous sommes présents dans de nombreuses structures d'insertion : IAE, PLIE...
Nous sommes prêts à discuter avec vous des intérêts et des carences engendrés par des systèmes d'organisation différents, comparer nos réalisations, nos réussites aux vôtres pour construire des dispositifs plus efficaces, sachant que notre objectif reste la transformation de la société vers plus de justice sociale.

Pour être efficaces, nous vous invitons dans un premier temps à être plus précis dans vos demandes : quels sont les dossiers que vous souhaitez recevoir, quelles sont vos attentes.
De même, nous sommes preneurs du bilan de vos actions, de vos réussites, avec quelles associations travaillez-vous, sur quels projets ?
Jacques Rastoul, responsable du dossier exclusion-insertion ou Séverin Prené, responsable du dossier chômage, pourront répondre à vos demandes.
C'est dans le partenariat constructif entre toutes les forces militantes que nous atteindrons plus vite nos objectifs : une société porteuse de partage des richesses, de transformation sociale et de réduction des inégalités.

Veuillez recevoir, madame, nos cordiales salutations.

Annie THOMAS, secrétaire nationale

.../...

Mme Thomas était récemment invitée sur LCP — "Ça vous regarde" du 12/01, une émission totalement expédiée et sans intérêt — pour parler du nouveau Pôle Emploi et afficher sa vocation de syndicaliste pro-patronale. Voici ce que nous avons retenu de ses propos : «Il faut aussi tenir compte des besoins des entreprises» (clair qu'elle n'est pas sectaire, la CFDT… tellement pas qu'elle signe systématiquement des accords qui lèsent les salariés — qu'elle est censée défendre — et, surtout, les chômeurs). Elle a même ajouté, au sujet de leur indemnisation : «Le payeur doit être très exigeant».

On se souvient qu'en novembre 2005, alors invitée à l'émission "Capital" sur M6, cette fonctionnaire, qui a la sécurité de l'emploi et qui préconise pour les autres ce qu'elle ne tolèrerait pas pour elle-même, a dit : «Les chômeurs s'imaginent qu'ils ont le droit de toucher des allocations parce qu'ils ont cotisé, et qu'ils ont du temps devant eux…» et «Un demandeur d'emploi a le devoir d'accepter un salaire même inférieur à 25 ou 30% de son salaire antérieur, parce qu'il doit faire le deuil de son ancien emploi et se projeter»...

Ceci dit nous attendons toujours, deux mois après, les réponses de FO, de la CFTC et de la CGC.
Si elles doivent être du même tonneau, autant s'en passer !


[1] Les «outsiders» sont une minorité (grandissante) d'actifs peu protégés et utilisés par les entreprises comme variable d'ajustement, qui pèsent peu sur les négociations salariales car leurs intérêts ne sont pas pris en compte par les syndicats.

[2] Les «insiders» sont le «noyau dur» du salariat français, protégés par un CDI et disposant d'une certaine ancienneté, de ce fait moins facilement licenciables et bénéficiant de conventions collectives.

Lire aussi :
Articles les plus récents :
Articles les plus anciens :

Mis à jour ( Mercredi, 14 Janvier 2009 08:11 )  

Votre avis ?

Après plus de 6 mois, que vous inspire le mouvement Gilets Jaunes ?
 

Zoom sur…

 

La lutte contre le chômage est une escroquerie intellectuelle

Vous estimez que la lutte contre le chômage n'est, visiblement, pas la priorité de ceux qui nous gouvernent ? Vous vous étonnez qu'il n'y ait, sur ce point et depuis si longtemps, jamais de projet ...

 

Ces associations qui se battent pour les chômeurs

Au nombre de quatre au niveau national, elles méritent la gratitude et l'adhésion de tous les précaires et privés d'emploi. Grâce à elles - il faut le dire -, en 2004, les «Recalculés» n'aura...

 

TPN/TSS : EDF, GDF et le gouvernement arnaquent les plus pauvres

Des centaines de milliers de Français modestes ou pauvres n’ont toujours pas accès aux tarifs sociaux de l’électricité (TPN) et du gaz (TSS). Du côté d’EDF, de GDF et du gouvernement, tout...