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Accueil Social, économie et politique Les plans sociaux diminuent, mais les effets de la crise ne sont pas terminés

Les plans sociaux diminuent, mais les effets de la crise ne sont pas terminés

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Les nouvelles encourageantes ne doivent pas occulter la réalité : si le boom du chômage et des plans sociaux semble marquer le pas, il ne recule pas pour autant.

Il faut cesser de jouer avec les mots.
Certes, on comprend qu'il faille garder espoir et ne pas saper "le moral des Français" (du nom de l'enquête de conjoncture mensuelle de l'Insee, qui n'est absolument pas un baromètre de détresse psychique mais un vulgaire indicateur de consommation, le but étant de nous faire croire que l'acte d'achat est LE vecteur de bien-être par excellence). Ce qui est déplorable, c'est qu'on prend les gens pour des imbéciles et qu'on les stimule avec des mensonges alors que la vérité, même si elle est difficile à entendre, une fois comprise, rétablit la confiance et permet d'éviter de pitoyables écueils.

Parler de "repli du chômage" alors que le nombre total des inscrits à Pôle Emploi ne baisse toujours pas, c'est se voiler la face : s'il arrive que l'officielle catégorie A recule un peu, ça demeure malheureusement l'inverse pour les autres catégories. Tout aussi malhonnête est la soi-disant "stabilisation du marché du travail" alors qu'en réalité, le solde des demandeurs d'emplois de la catégorie A est resté dans le rouge au premier semestre 2010. Il n'y a pas de stabilisation, juste un ralentissement de l'hémorragie. Et on atteint des sommets d'hypocrisie avec la fameuse "stabilisation du chômage à un niveau élevé" qui, par sa tournure sémantique, minimise non seulement la quantité de sang perdu mais en élude les conséquences, à moyen et long terme.

Reculer n'est pas cesser

Aujourd'hui, on nous dit que les plans sociaux sont "en net recul" : c'est tout aussi inapproprié. Ce qui saute en premier à la figure, c'est que leur nombre ne dévoile pas la quantité d'emplois concernés, car un seul plan social peut toucher 50, 100 salariés, comme 500 voire 1.000.

Mais positivons.
Alors oui, les années sans plans sociaux, ça n'existe pas; des plans sociaux, il y en aura toujours, hein. Même qu'en 2007, année où tout allait bien grâce à Nicolas Sarkozy, il y en a eu 957.
Alors oui : on constate que le nombre de plans sociaux notifiés à l'administration au premier semestre 2010 — soit 668 — est moindre qu'au semestre précédent où l'on en comptait 934. En rajoutant les 1.311 du semestre antérieur, l'année 2009 a affiché un record de 2.245 "PSE" (ou plan de sauvegarde de l'emploi, encore un ignoble détournement sémantique)... 668 "PSE" au lieu de 934 ou 1.311, c'est, bien sûr, une bonne nouvelle : enfin notre blessé s'arrête un peu de saigner ! On espère simplement qu'à ce rythme il ne finisse pas totalement exsangue, et qu'on trouvera ensuite de quoi le transfuser pour qu'il se remette sur pied.

Revenons au résultat de ce premier semestre. Si l'on se contente de multiplier 668 par deux, projection basique mais vraisemblable puisque la rentrée reste tendue dans les PME (tandis que les grandes entreprises "ont, le plus souvent, déjà ajusté leurs effectifs"…), sans négliger le fait que nos PME sont dix fois plus nombreuses, on reviendra à peu près au niveau de 2008, année du début de la crise où 1.061 plans sociaux avaient été enregistrés.

Cependant, nous précise-t-on tout de même, cette décrue encourageante est un arbre qui cache une forêt : de peur d'être rabrouées par des tribunaux de plus en plus pointilleux, les entreprises qui dégraissent troquent le "PSE" pour d'autres formes de licenciements plus discrètes, comme "les ruptures conventionnelles ou les vagues de départ de petite ampleur"...

Et Les Echos de conclure pudiquement que "l’empreinte de la crise n’a pas encore été effacée". Soyons francs : la crise est toujours là; elle finit simplement son travail.

Et la "recontruction post-crise" risque d'être longue

Si l'on compare la crise financière de 2008 à un tsunami, soyons honnêtes : son déferlement sur les côtes de l'économie réelle n'est pas complètement achevé. La vague est moins forte, plus lente car elle termine de se propager… tout en continuant à faire des ravages. Ce n'est que quand elle entamera son reflux qu'on pourra, enfin, parler de "recul". Puis constater ce qu'elle laisse derrière.

Car, quand elle se sera complètement retirée, il faudra réparer les dégâts. Le coût de son passage est déjà immense; celui du retour à la normale sera, lui aussi, très élevé. Les victimes survivantes seront mises à contribution. Si aucun New Deal digne de ce nom, conçu pour répartir les efforts de la manière la plus juste, n'est pas instauré, on exigera d'elles de nouveaux sacrifices (régression sociale, rigueur, rigueur, et encore rigueur), au risque d'achever les plus mal en point et, pire, de sombrer dans le chaos.

Enfin, c'est seulement quand les réparations seront bien engagées que l'on pourra parler de "stabilité", puis d’"embellie" ou de "reprise".

La récession de 1991 a eu un violent effet sur l'emploi, et il aura fallu 7 ans pour retrouver le niveau d'emploi d'avant crise (1998). Quand on voit le temps qu'il a fallu pour sortir de la crise de 1929 et par quoi on est passés pour y arriver, sincèrement, l'optimisme têtu affiché par certains semblerait ridicule s'il n'était pas toxique.

SH

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Mis à jour ( Mercredi, 25 Juillet 2012 12:07 )  

Commentaires 

 
0 # Yves 2010-08-25 17:46 Crise ou pas, la précarisation massive des parcours professionnels s'accentue d'année en année. Cette spirale du détricotage des conditions de travail (et de rémunération) semble irréversible.

Aujourd'hui 4,5 millions de personnes, soit 20% de la population active, pointent au Pôle Emploi. Elles sont soit "Chômeurs", soit "Grands Précaires".

Sans compter les quelques millions d'autres qui, sans être inscrites à PE, galèrent pour boucler leur fin de mois en exerçant des "temps partiels subis".

Car, crise ou pas crise, c'est la grande tendance des 10 dernières années qui s'accentue plus encore depuis 2007.

Parallèlement, on assiste à une institutionnali sation de plus en plus massive de cette précarisation… au profit des employeurs.

L'État, donc la Collectivité, se voit "contraint" d'accompagner celles et ceux qui ne s'en sortent plus, celles et ceux qui travaillent mais ne peuvent vivre de leur activité.

Le rSa en est le meilleur exemple.

Mais l'État n'en reste pas là. Il ne se contente pas de filer quelques miettes aux "nécessiteux", il accorde ses largesses aux employeurs (par des exonérations massives de cotisations et autres allégements fiscaux, comme la TVA des restaurateurs).

La Crise n'est qu'un prétexte au creusement des inégalités sociales. Et à l'enrichissement des classes déjà aisées.

Et si nous sortons un jour de cette soi-disant Crise, d'autres prétextes resurgiront : Mondialisation, Concurrence internationale, Directives européennes… 

Il faudra, un jour ou l'autre, briser cette spirale infernale qui tire vers le bas près de 10 millions de nos Concitoyens et Concitoyennes.
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