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Colloque SNC/MNCP/ANSA : vers une «avancée sociale» ?

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Nous avons assisté, cet après-midi à Bercy, au colloque organisé par Solidarités Nouvelles face au Chômage (SNC), le Mouvement National des Chômeurs et Précaires (MNCP) et l'Agence Nouvelle des Solidarités Actives (ANSA) avec le soutien de Pôle Emploi en la personne de son directeur général Christian Charpy. Comme promis, en voici les grandes lignes.

«La participation organisée des demandeurs d’emploi à Pôle Emploi : bilan, enjeux et perspectives», tel était le thème de cet événement qui a réuni quelque 250 participants — de nombreux bénévoles ou permanents des associations de chômeurs, des cadres ou syndicalistes de Pôle Emploi, des chercheurs, des journalistes… — dans le Centre de conférences Pierre Mendès-France du prestigieux ministère de l'Economie, de l'Industrie et de l'Emploi.

Nous tenons d'abord à remercier chaleureusement ses organisateurs — SNC, MNCP et ANSA — qui ont déployé beaucoup d'énergie et d'intelligence afin de réussir cette rencontre, fort instructive, à laquelle le directeur général de Pôle Emploi a donné son feu vert, puis pour laquelle le secrétaire d'Etat à l'Emploi, dans sa grande générosité, a offert la salle. Rencontre qualifiée d’«atypique» par Martin Hirsch, qui a ouvert le bal et fait acte de présence (il s'est vite éclipsé après nous avoir gratifiés d'un discours soporifique gorgé de pathos visant à faire mousser son RSA…). Effectivement, on n'a pas l'habitude de voir réunis sous le même toit autant de citoyens œuvrant sur le terrain, pour la plupart précaires, et des institutionnels ou autres «experts» bien lotis.

Christophe Fourel, directeur général de l'ANSA, a su mettre les choses en place quand il a rappelé que feu Pierre Mendès-France, qui prête son nom à la salle où nous étions réunis, avait plaidé en 1962 pour «une démocratie de participation» (ancêtre de la démocratie «participative» de qui vous savez…) dans son livre "Pour une République moderne" : «La démocratie ne se localise pas au sommet», disait-il à juste titre. Alors que la crise commence à faire des ravages et que Pôle Emploi est en difficulté, que les tensions montent — agressions, dépressions, suicides —, on commence à se dire que la mise en application de l'idée de Mendès-France, outre son bon sens absolu, pourrait contribuer à adoucir un climat fort délétère...

Après une première table ronde sur le bilan mitigé des comités de liaison dont il faudrait rénover le dispositif (nous aurons l'occasion d'en reparler ici), le débat a pris de l'ampleur. «Ce que savent les chômeurs», comme l'a plaidé Denys Cordonnier d'ATD Quart-Monde, est une composante indispensable au rééquilibrage qui fait cruellement défaut à la création de Pôle Emploi dans ce contexte de crise. L’«asymétrie» constatée entre le fonctionnement rigide du service public de l'emploi, ses acteurs et la réalité de ceux qui vivent le chômage au quotidien devient dangereuse. Cette «participation organisée», il faut non seulement la vouloir — gouvernement, Pôle Emploi et chômeurs — en dépassant les carcans administratifs des uns jumelés à la souffrance des autres afin de faire preuve d'empathie et s'écouter, mais surtout y mettre les moyens et agir de la base au sommet.

Sur les moyens à mettre en œuvre, les associations de chômeurs ont rétorqué qu'elles sont actuellement assaillies par des demandeurs d'emploi en détresse. Débordées et asphyxiées financièrement, l'injustice devient insupportable quand, palliant au jour le jour le déficit d'information d'un service soi-disant public mais totalement autiste, elles constatent que les «partenaires sociaux» de l'assurance-chômage, eux, se sont vus attribuer 10 millions d'euros pour le «remboursement des frais de déplacement et de mission» et «la formation de ses administrateurs» syndicaux et patronaux… le Medef percevant à lui seul une subvention qui représente 5% du budget total de l'Unedic ! Honteusement écartées du festin, les associations n'ont droit à rien alors qu'à cause des dysfonctionnements de Pôle Emploi, elles abattent un travail aussi monstrueux qu'indispensable.

Benoît Genuini, le nouveau médiateur national de l'emploi (dont nous aurons également l'occasion de reparler), nous a émus... Evoquant les premiers courriers litigieux qu'il a reçus et qualifiés de «poignants», il nous a avoué qu'il découvrait un monde insoupçonné : «C'est un choc de se retrouver confronté à la réalité», a-t-il dit, citant des exemples pathétiques que les associations traitent déjà au premier degré, chaque jour et bénévolement. Car M. Genuini n'intervient qu'au second niveau, quand les recours en local ont échoué. «J'ai travaillé dans des entreprises où on n'appliquait pas "la règle" avec autant de zèle», a-t-il dit. Il réalise que cette rigidité aveugle et «la dictature du grain de sable» qui s'ensuit, ont des conséquences dramatiques pour des milliers de personnes en situation de fragilité. Il déplore que Pôle Emploi ne soit jamais capable de présenter ses excuses en cas d'erreur. «C'est très dur d'être en recherche d'emploi», constate-t-il.

Nous saluons sa franchise et lui conseillons d'en faire part à Nicolas Sarkozy, initiateur de cette fusion précipitée, lui qui s'est fait élire en stigmatisant les chômeurs.

L'homme qui gagne plus que le Premier ministre a ensuite pris la parole. Pauvre M. Charpy : contrairement à Martin Hirsch qui s'est juste tapé l'intro et Laurent Wauquiez qui assurera la clôture, lui est resté du début jusqu'à la fin. Alors, pour bien nous faire comprendre qu'il a tout suivi et justifie son salaire, il a confirmé son souhait de «partenariat» avec les associations de chômeurs. Mieux vaut tard que jamais ! Comprenne qui peut : après avoir nié que la fusion s'opérait à marche forcée, il a réitéré que les choses seraient pire actuellement si celle-ci n'avait pas eu lieu. Puis il a confirmé que l'écoute des demandeurs d'emploi était un «levier de changement» et une «priorité managériale». Que Pôle Emploi devra être capable de leur présenter ses excuses en cas d'erreur.

Il a défendu les salariés de Pôle Emploi, exposant qu'ils souffraient d'une mauvaise image entretenue par les médias. Dans la salle, beaucoup ont rétorqué que pour les chômeurs, traités de «fainéants» et de «profiteurs», c'était bien pire !

Laurent Wauquiez, entré comme au théâtre par le côté cour de la scène, a fermé le bal. A un militant d'AC! qui a rappelé qu'en 1997 des chômeurs, occupant ce même ministère pour faire valoir leur droit à participer aux affaires qui les concernent, se sont fait évacuer manu militari par la police, il a répondu que, justement aujourd'hui, ce n'était pas le cas et que c'était «un signe fort». A grands coups de «rectifier le tir» et autres «je vais être très clair avec vous», «je suis désolé de le dire», «j'en suis conscient loin, s'en faut», autant d'autocritiques visant à amadouer un public pour mieux lui ôter ses illusions, le secrétaire d'Etat à l'Emploi est resté égal à lui-même.

Clou du spectacle : mal à l'aise, il a sorti une énormité. Justifiant le bien-fondé quelque peu anticonformiste de ce colloque pour le rétablissement d'un meilleur dialogue social (jusqu'ici bafoué), il a concédé : «Ce n'est pas une habitude gouvernementale»... Rires des occupants du Centre de conférences Pierre Mendès-France ! Sacré lui : il a enfin compris qu'il fallait écouter la base plutôt que le sommet. ÉNORME !

Jean-Baptiste de Foucauld, président de SNC, a souhaité pour sa part que ce colloque fasse avancer la question sociale. Souhaitons que son vœu soit exaucé. Affaire à suivre...

SH

Un an après...

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Le 1er juillet 2010, Laurent Wauquiez annonce qu'il va lancer une «large consultation auprès des usagers de Pôle Emploi» via un questionnaire afin d'«améliorer le service rendu»… Pipeau !

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Mis à jour ( Mardi, 06 Décembre 2011 15:06 )  

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