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Accueil Social, économie et politique Chômage de septembre : bienvenue sur le Titanic !

Chômage de septembre : bienvenue sur le Titanic !

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Mercredi, Michel Sapin a usé d'une belle métaphore, comparant la hausse continue du chômage à «un navire lancé à pleine vitesse» qu'il est difficile de faire ralentir. Il ne croit pas si bien dire...

On ne va pas revenir sur le chômage de masse qui gangrène notre beau pays depuis trente ans, ni sur la dernière grosse crise venue des Etats-Unis (comme celle de 1929…) qui gangrène l'économie mondiale depuis 2008, mais pour être plus précis, cela fait bientôt quatre ans que l'embarcation ainsi évoquée par le ministre du Travail a rompu les amarres sous le coup du tsunami des subprimes et dérive en eaux troubles. Sauf que derrière la première vague, il y en avait une deuxième, moins violente mais tout aussi dévastatrice.

La rentrée démarre fort. Au mois de septembre, non seulement le navire du chômage n'a pas ralenti sa course (comment l'aurait-il pu ?) mais il a fortement accéléré avec une hausse comparable à celle d'avril 2009, alors que nous étions au cœur d'une crise que beaucoup d'illuminés nous disaient passagère... Le temps s'est écoulé sans aucune amélioration, et cela fait maintenant 17 mois que les embarquements pour la galère enflent de manière discontinue : 10.000 chômeurs de plus par-ci, 20.000 chômeurs de plus par là en vitesse de croisière. Puis +30.000, +40.000… et nous voici à presque 50.000 ! Jusqu'où ira-t-on ?

Ce n'est plus un navire mais un paquebot (enfin, on l'espère car pour contenir tous ces boat-people sans sombrer, mieux vaut être de taille). Mais Michel Sapin reste confiant : grâce aux emplois d'avenir et aux contrats de génération qui écoperont l'océan avec une petite cuillère, il ne va pas échouer et nous promet… une inversion de tendance fin 2013. Une échéance à retenir pour de futures railleries !

En attendant, c'est la misère. Le bateau est surpeuplé, ça tangue, certains sont passés par dessus bord, les autres s'accrochent, beaucoup ont le mal de mer, et les épidémies guettent...

Voici, comme chaque mois, notre décryptage de la note mensuelle de la Dares/Pôle Emploi. Bonjour les dégâts !


Catégorie A (chômeurs officiels, sans activité aucune) : +46.900
Ils sont désormais 3.057.900 en métropole, 3.306.200 avec les DOM (+47.900).
Progression annuelle : +10,1% en métropole, +9,7% en France

Du côté des chômeurs qui sont restés inscrits tout en exerçant des petits boulots, faute d'emplois véritables, on note que l'activité précaire a nettement reculé. Ce qui signifie que même ces pis-allers se font rares :

Catégorie B (chômeurs en activité réduite inférieure à 78h/mois) : -1.200
Ils sont 598.900 en France métropolitaine.
Progression annuelle : +7,6%

Catégorie C (chômeurs en activité réduite supérieure à 78h/mois) : -24.800
Ils sont 858.700 en France métropolitaine.
Progression annuelle : +2,7%

Au total, le nombre des inscrits en catégories ABC — c'est-à-dire l'ensemble des demandeurs d'emploi «tenus d'accomplir des actes positifs de recherche» — a crû de 20.900 en métropole.
Ils sont désormais 4.515.500 en France métropolitaine, et 4.797.200 avec les DOM (+20.400).
La hausse annuelle s'élève à 8,3%.

Passons maintenant aux voies de garage...

Si les prestations occupationnelles reprennent du poil de la bête, les contrats aidés ne font toujours pas recette :

Catégorie D (chômeurs non disponibles car en arrêt maladie ou en maternité, en stage, formation ou convention de reclassement) : +10.900
Ils sont 248.500 en France métropolitaine.
Variation annuelle : +6,2%

Catégorie E (chômeurs non disponibles car en contrat aidé) : -2.500
Toujours en France métropolitaine, ils sont 355.800 ainsi occupés.
Variation annuelle : +2,5%


Au total, fin septembre 2012, toutes catégories confondues (ABCDE), le nombre de chômeurs inscrits à Pôle Emploi en métropole s'élève à 5.119.800 (+29.300 personnes sur un mois et +7,7% sur un an). Avec les DOM, on arrive à 5.422.900, soit 27.900 personnes en plus par rapport à août.

A ces 5.422.900 inscrits, il convient d'ajouter les 109.200 "seniors" indemnisés de métropole (chiffre non précisé pour les DOM) bénéficiant toujours de feu la dispense de recherche d'emploi, non catégorisés.
Ainsi, on atteint 5,53 millions.

Dans le détail...

L'ancienneté moyenne des inscrits des catégories ABC de métropole augmente de 3 jours à 472 jours (contre 456 il y a un an), soit près de 16 mois. La moyenne d'inscription des sortants grimpe à 255 jours (248 le mois dernier ainsi qu'il y a un an).

A noter que la durée moyenne d'inscription des sortants en ABC remonte à 150 jours (+6) pour les moins de 25 ans, tandis qu'elle augmente à 416 jours (+4) pour les plus de 50 ans, soit +22 jours sur un an.

Du côté des chômeurs de longue durée, ils sont désormais 1.748.900 rien que dans les catégories ABC de métropole (+21.900 en un mois), 1.892.800 avec les DOM (+22.400), auxquels on peut rajouter les 355.000 chômeurs de catégorie E et les 109.000 seniors en DRE. Ainsi le volume des "DELD" — comme on les appelle — dépasse 42% de l'ensemble des inscrits à Pôle Emploi.

En glissement annuel, le volume des inscrits depuis plus d'un an a augmenté de 10,1%. Celui des inscrits depuis plus de 3 ans — enkystés dans la crise depuis 2009 — a progressé de 20,5%.

Parmi eux, toutes catégories confondues, 739.100 perçoivent le RSA (+9,3% sur un an) et 361.100 perçoivent l'ASS (chiffres Unedic de juillet, +7,2% sur un an). Ces personnes survivent donc avec moins de 16 € par jour.

Du côté des seniors, les inscriptions de chômeurs de plus de 50 ans dans les catégories ABC de métropole se poursuivent : +13.300 par rapport à août.
Ils sont 959.600 dont plus de la moitié (498.800) sont des femmes.
Progression annuelle : +15,4% (et +17,5% pour les seniors de catégorie A, sans aucune activité).

En comparaison, les moins de 25 ans sont 682.200 (+8,9% sur l'année).

Du côté des sorties, on note une reprise des «cessations d'inscriptions pour défaut d'actualisation» : +13.000 pour un total de 209.900. Les radiations administratives reculent légèrement (-900 pour un total de 37.400) et les «autres cas» augmentent (+1.500 pour un total de 47.800). Ces trois motifs représentent 64% du volume des sorties.

Du côté des entrées, malgré un léger repli, les fins de CDD et de mission d'intérim restent prépondérantes : à elles deux, elles représentent 32% des motifs.

Du côté des offres, c'est la cata. En septembre, Pôle Emploi n'en a collecté que 235.200 (contre 246.500 le mois dernier) où les emplois "temporaires" et occasionnels sont majoritaires. En glissement annuel, le recul est de 17,2%.
Quant au compteur d'offres en ligne du site pole-emploi.fr, il en affiche bravement 149.819...
Sachant qu'environ 20% des offres du marché passent par Pôle Emploi, on imagine le volume total disponible en comparaison du nombre de chômeurs à satisfaire.

Enfin, depuis le début de l'année, le cumul des hausses mensuelles donne le tournis : +162.600 inscrits en catégorie A, +241.200 en ABC et +223.000 toutes catégories confondues. Soit entre 2 et 5 fois plus que sur les huit premiers mois de 2011 et 2010. Soit l'équivalent de villes comme Toulon ou Bordeaux. Mais il y en aura toujours pour dire que les chômeurs sont des profiteurs et que pour faire reculer le chômage, il faut réduire son indemnisation.

Allez, une petite chanson pour se donner du courage :



SH


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Mis à jour ( Jeudi, 25 Octobre 2012 20:16 )  

Commentaires 

 
0 # Yves 2012-10-25 12:02 +47.000 Chômeurs de cat' A, ça correspond à la population active d'une ville de 120.000 habitants.

Par ailleurs, on oublie trop souvent de préciser que pour une personne au chômage, ce sont 3 ou 4 personnes "impactées" (enfants, conjoint…), soit entre 150.000 et 200.000 rien que pour le mois de septembre 2012.

Trois millions de Chômeurs de cat' A, ce sont donc entre 9 et 12 millions de personnes "impactées".

Si l'on prend en compte toutes les catégories (soit 5 millions d'inscrits à Pôle Emploi), ce sont entre 15 et 20 millions de personnes touchées directement ou indirectement par le chômage.

Entre un quart et un tiers de la population française est donc concerné par le chômage.

Ce n'est plus un Titanic, c'est un Hiroshima !!!

Suivi d'un Nagasaki et d'un Tchernobyl !
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0 # alone 2012-10-25 23:07 D'accord on est nombreux. Surtout si on compte les 1 500 000 "chômeurs en activité à temps réduit". Mais ce qui ne coûte rien n'a pas de valeur. Sans être NUISIBLES, on aura rien.
L"Unedic vient de publier un "étude comparative" sur l'indemnisation du chômage. Un investissement utile : en France ça irait mieux qu'ailleurs. Mais c'est du pipo. En fait il n'y a JAMAIS eu autant (59, 4%) de chômeurs non indemnisés, depuis qu'en 1982 le PS au pouvoir, et la CFDT à la tête de l'Unedic, ont fait basculer la majorité des chômeurs dans la non indemnisation (cf. www.cip-idf.org/article.php3?id_article=5633)
Va falloir faire quoi, distribuer du bromure et du valium ? Fermer les Pôle pour écluser les dossiers, comme cela se fait si souvent dans les CAF, parfois pour des semaines ?
Notre bon maître, ancien de la haute école de commerce, s'est gargarisé de "justice sociale". Mais le mot remplacera pas la chose…C'est A NOUS d'imposer ce dont on a besoin.
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0 # Blèriot 2012-10-25 16:41 Le record c'était 3.300.000 non ? Dans les années 93/94 dans ces eaux là je pense.

en 93/94 on était moins nombreux, donc en pourcentage il en faudra plus. (et en 1995, il y a eu une réforme du mode de calcul de la catégorie A qui avait fait baisser d'à peu près 100.000 le nombre de chomeurs)
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0 # Yves 2012-10-25 17:11 Record explosé en 2013, c'est certain.

Je pronostique : 3.500.000 (de cat' A), courant de l'année prochaine.

Selon la CGT, 100.000 licenciements sont actuellement en cours (d'ici janvier/février 2013). Sans compter tous ceux qui ne sont pas connus.
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0 # superuser 2012-10-25 17:40 Tu as raison, Blériot : courant 1994, on a eu un pic de 3.346.600 chômeurs qui équivalait à plus de 12% de la population active.

Le seuil des 3 millions avait été atteint fin 93 : on en était à 11,6% de chômeurs.
Mais les 10% symboliques avaient été dépassés en 1992.

A partir de 1993, on a eu plus de 3 millions de chômeurs pendant 7 ans, jusqu'en 1999 où la tendance s'est inversée (on en était quand même à 11%). En 2000, c'est descendu à 9,5%. Mais en 2004, le taux de chômage était à nouveau remonté à 9,9%.

Entre 2005 et 2010, le taux de chômage n'a cessé de fluctuer, passant de 9% à 7,2% jusqu'au premier semestre 2008, puis remontant inexorablement à plus de 9%.

C'est pourquoi la théorie du NAIRU (taux de chômage non accélérateur d'inflation) semble tenir la route. Jamais, depuis 1981, notre taux de chômage n'a été inférieur à 7%. Si on fait le calcul de 1981 à 2010, notre taux de chômage moyen sur trente ans s'élève à 9,3%.
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0 # yannick 2012-10-25 22:03 Une piqûre de rappel pour le NAIRU pour ceux et celles qui ont oublié de quoi il s'agissait :
http://www.actuchomage.org/Vivre-le-chomage/le-nairu-quest-ce-que-cest.html
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0 # jesersarien insomnia 2012-10-25 22:08 le rsa socle fait il parti d'une de ces catégories où doit on les ajouter pour dépasser le 5.53 millions de chômeurs ? Répondre | Répondre avec citation |
 
 
0 # superuser 2012-10-25 22:20 Comme dit dans mon décryptage, 739.100 inscrits toutes catégories confondues (donc inclus dans les chiffres) perçoivent le RSA => détail en page 13 de la note mensuelle de la Dares/Pôle Emploi :

travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/PI-Mensuelle-KHnffp98_2_.pdf

Sachant que la CAF verse le RSA à 2 millions de foyers, ne figurent pas dans ces statistiques les allocataires qui sont suivis par les CG.
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0 # superuser 2012-11-14 05:37 L'emploi s'effondre en France au 3e trimestre

L'emploi salarié dans les secteurs marchands a perdu 50.400 postes au 3e trimestre 2012 (-0,3% sur trois mois), dont les deux tiers dans l'intérim, selon des estimations provisoires publiées mardi 13 novembre par l'Insee.

Sur un an, 63.800 postes ont disparu en France (-0,4%), portant à 16,065 millions le nombre d'emplois dans les secteurs marchands non agricoles.

lexpansion.lexpress.fr/economie/l-emploi-s-effondre-en-france-au-3e-trimestre_360100.html
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