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Accueil Social, économie et politique Les syndicats n'ont pas le droit de faire de la politique ?

Les syndicats n'ont pas le droit de faire de la politique ?

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Après les chômeurs et les immigrés, Nicolas Sarkozy affûte sa stratégie des boucs émissaires en désignant à la vindicte les défenseurs des salariés.

Diviser pour mieux régner et reporter la faute sur les victimes sacrificielles de sa politique est un classique du président sortant. Des responsables ainsi désignés, Nicolas Sarkozy déploie un rideau de fumée visant : 1) à le dédouaner de ses propres responsabilités; 2) à cacher/protéger ses complices, caste dominante et endogène pour laquelle il œuvre avec zèle; 3) à escamoter les vraies causes des dysfonctionnements d'un système que lui et ses amis cautionnent car il leur assure prospérité et privilèges, quand bien même serait-ce au détriment de l'intérêt général.

A trois semaines du premier tour, le président-candidat n'a plus rien à perdre et poursuit la même stratégie. Après avoir tenté de dresser le peuple contre «les immigrés», délinquants et terroristes potentiels qui viennent bouffer le pain des Français, après avoir tenté de dresser les classes moyennes contre «les assistés», les Smicards contre les chômeurs et autres allocataires du RSA, le voici qui tente de liguer les travailleurs contre les organisations qui les représentent, en les accusant de «confisquer la parole des Français».

A ses yeux, les syndicats de salariés «n'aiment rien tant que l'immobilisme» parce qu'en ayant été «rétifs» à ses réformes, ils l'auraient mis en difficulté... Dans la société rêvée de Nicolas Sarkozy, les syndicats et autres «corps intermédiaires» sont des obstacles qui ne devraient plus exister : ainsi, il aurait les mains totalement libres pour parfaire sa besogne au service de l'oligarchie.

Immobilisme, ou résistance ?

Il est facile, en effet, accuser d'immobilisme la vache rétive qui, sentant qu'on la mène à l'abattoir, refuse d'avancer. Or, les citoyens vache-à-lait sont de moins en moins bêtes : ils ont bien compris que toutes ces «réformes» vendues par le président sortant, ses ministres et les chantres du système comme autant d'impératifs incontournables, ne sont aucunement des avancées mais de terribles reculs. Et le fait de refuser la régression sociale et l'austérité n'est pas de «l'immobilisme» mais un premier acte de résistance.

Alors que s'achève une mandature dont l'une des grandes caractéristiques aura consisté à s'asseoir sur le dialogue social et à mépriser les syndicats — qui, forcément, l'ont mauvaise; y compris l'intriguant François Chérèque qui semble regretter d'avoir pactisé avec l'ennemi (quoique…) —, Nicolas Sarkozy se venge en tentant de leur faire porter la responsabilité de ses échecs. Et, clou du spectacle, il les accuse de «faire de la politique», comme s'ils n'en avaient pas le droit.

Car si on écoute Nicolas Sarkozy, la politique est une chose réservée à l'élite, et certainement pas à la plèbe... Il l'a d'ailleurs prouvé maintes fois, notamment en 2005 lorsque les Français ont dit «non» au Traité de Constitution européenne alors qu'ils auraient du dire «oui», ces cons. Mais Nicolas Sarkozy, qui affirmait il y a peu vouloir davantage consulter les Français par référendum malgré ses trahisons démocratiques, n'est pas à une contradiction près (car en principe, plus c'est gros, plus ça passe).

Pourtant, tout est politique !

Le peuple français est réputé pour aimer la politique, en tous cas s'y intéresser davantage que d'autres. Dès qu'il a la possibilité de s'emparer d'un débat, le peuple français (y compris ceux qui s'abstiennent par refus d'un système biaisé ou par sentiment d'impuissance) est très réactif. Contrairement à ce qu'on voudrait lui faire croire, le Français est conscient que tout est politique : il le sent, ou alors il le sait. Chômage, emploi, éducation, santé, pouvoir d'achat… derrière des impératifs économiques sans cesse agités autour de ces sujets, il sent, il sait que tout ce qui le concerne au quotidien est conditionné par des décisions politiques.

Et quand, dans la marche actuelle du monde, on lui agite la soi-disant impuissance du politique face à la dictature de la finance, on lui ment. Car le politique est toujours présent : c'est même lui qui continue de donner son aval aux catastrophes en marche, en toute discrétion.

Outre le fait de nous faire croire à leur impuissance, les moins démocrates de nos gouvernants veulent nous persuader que la chose politique ne nous concerne pas, qu'on ne doit pas s'en mêler. Dans le pire des cas, que «la gauche» et «la droite», c'est du pareil au même. Le message distillé est : "Laissez-nous faire, nous savons mieux que vous ce qui est bon pour vous". Ainsi invite-t-on le bon peuple à ne pas faire de politique tandis que la politique, elle, s'occupe de lui, et violemment.

A ce stade, l'accusation de Nicolas Sarkozy à l'encontre des syndicats est une escroquerie intellectuelle. On peut certes les critiquer pour leur collaboration plus ou moins marquée avec le pouvoir, l'inefficacité de leurs promenades digestives, voire leur sélectivité quant à la défense de certaines catégories par rapport à d'autres. Mais oser dire qu'ils n'ont pas le droit de «faire de la politique» alors que l'existence même du salariat — et de l'ensemble de la population — est bel et bien conditionnée par des choix politiques, c'est vraiment un comble !

SH

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Mis à jour ( Mardi, 03 Avril 2012 08:50 )  

Commentaires 

 
0 # superuser 2012-04-03 10:48 Je note que Laurence Parisot a, elle, le droit de «faire de la politique», puisqu'elle encense Nicolas Sarkozy dans ses interventions médiatiques tout en se permettant de reprocher à la CGT de rouler pour Mélenchon qui, visiblement, la terrorise :

www.latribune.fr/actualites/economie/france/20120402trib000691622/patronat-syndicats-et-candidats-se-flinguent-a-tout-va.html
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0 # hervé85 2012-04-03 12:49 Laurence Parisot qui s'extasie de la politique extraordinaire de Nicolas Sarkosy lors des 5 dernières années devrait nous faire réfléchir. Par cette déclaration, c'est l'aveu que le Medef est aux commandes de l'état, ni plus ni moins. Le sieur Sarkosy n'est là que pour leur servir la soupe. Cette soupe est amère pour les salariés et les chômeurs par la précarité organisée à tous les étages. Le Medef a trop de pouvoir sur la politique Française. Il faudrait le remettre à sa place ! Répondre | Répondre avec citation |
 
 
0 # LOST 2012-04-14 11:21 Pas sûr que les syndicats ne fassent pas de politique. Qui a dit amen à la plupart des "réformes" imposées aux travailleurs par les diktats économiques de l'Union Européenne depuis la fin des années 80 ? Qui a dit amen au démantèlement des acquis nés de la Résistance, à la braderie des services publics au privé, à la mise en place des logiques de flicage des pauvres sous l'alibi de la fraude ? Quel syndicat dit représentatif (CGT/CFDT/FO/CGC) s'y est seulement opposé ? Quels syndicats prétendument de gauche se soucient des intérêts des personnes mises en situation de grande précarité par les pratiques collaborationni stes des fonctionnaires des CAF et de Pôle Emploi dûment protégés par leur syndicalisme de tutelle ? Mais non, les syndicats représentatifs ne font pas de politique. Ce sont des serpillières déguisées en alibis. Pas étonnant qu'ils ne représentent à ce jour qu'un peu moins de 9% des travailleurs, majoritairement des fonctionnaires, allez comprendre pourquoi. Répondre | Répondre avec citation |
 
 
0 # superuser 2012-04-15 02:24 Bien sûr que les syndicats font de la politique. Tout est politique (du grec polis, la cité) ! Quand on négocie avec des adversaires sur des sujets économiques et sociaux, qu'on défende son camp ou qu'on collabore avec l'ennemi, on fait de la politique.

Nous-mêmes, petit site d'information fait par des chômeurs pour les chômeurs, parlons de sujets éminemment politiques, et dès lors que nous les analysons et donnons notre avis, nous faisons de la politique (ça s'appelle "faire de l'éducation populaire").

Ceux qui prétendent que la politique — qui traite de l'ensemble des affaires publiques — est l'apanage des seuls politiciens est totalement hypocrite. La politique est partout où se décide le sort des populations, du patronat à la BCE en passant par les instances locales. La politique, ce sont des choix : ou on privilégie l'intérêt général, ou on le sacrifie au bénéfice d'une poignée.

Si les citoyens ne se mêlent pas de politique, laissant à d'autres (syndicats, politiques, oligarques) le soin de décider à leur place, la politique, elle, s'occupe d'eux…
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0 # LOST 2012-04-15 12:14 Je suis d'accord avec toi, Superuser, mais je ne t'apprendrai rien en te disant que faire de la politique en tant que citoyen, ça veut dire soit entrer dans les cadres policés d'un parti installé, soit rejoindre quelque groupuscule aux prétentions subversives, ce qui dans les deux cas se résumera à prendre part à des réunions et à coller des affiches. Bien sûr il y a les collectifs, mais il n'en existe pas partout, et là où il n'en existe pas, comment convaincre les gens à en créer, d'une, puis à aller prendre des risques "sur le terrain" ?
Chacun attend de l'autre qu'il soit le premier à lancer le pavé. C'est pour ça qu'on en est là…
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