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Chômage de février : les dessous d'une «hausse modérée»

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Avec les chômeurs en activité réduite, on ne compte pas 6.200 mais 20.400 nouveaux inscrits. Et cette «baisse de la hausse» n'est pas du tout «tendancielle».

Depuis la crise financière de 2008, l'officielle catégorie A s'est gonflée de 730.000 personnes (+34%). Après une fausse accalmie fin 2010, le chômage a repris du poil de la bête et le pire est à venir, estiment nombre d'économistes. Les embauches reculent, l'intérim dégringole, et les plans sociaux devraient refleurir après les élections...

Comme le pointe Challenges, les chiffres de février — qui sont les derniers publiés avant le premier tour — viennent «rappeler aux candidats à la présidentielle que l'état de l'économie reste la principale préoccupation des Français dans une campagne court-circuitée par les tueries de Toulouse et Montauban», médiatisées ad nauseam. Face au chômage et à la précarité galopante, aux salaires trop bas et à un pouvoir d'achat de plus en plus écorné, ils ne sont visiblement pas dupes : ces épouvantails que sont l'immigration et la délinquance arrivent loin derrière. "Les Français" semblent avoir compris que l'insécurité, elle est avant tout sociale.

Certes, ces derniers temps, Pôle Emploi inscrivait en moyenne 1.000 nouveaux chômeurs par jour. En février — qui ne compte que 29 jours —, la moyenne quotidienne est descendue à 214. On pourrait donc croire que la hausse du chômage marque enfin le pas et espérer une inversion de tendance. Mais ce n'est qu'illusion. Car, comme le répétait Mathieu Plane (OFCE) tout à l'heure sur BFMTV, tant que la croissance restera proche de zéro, sinon inférieure à 1%, l'économie continuera à détruire des emplois; entre 1% et 1,5% de croissance, le chômage se stabilise, et ce n'est qu'à partir de 1,5% à 2% de croissance que l'économie se remet à créer des postes. Donc, quand l'homme qui nous promettait «5% de chômeurs» en fin de mandature parle de «baisse tendancielle de l'augmentation du nombre de chômeurs» grâce à «une reprise économique sensible», il ment (comme d'habitude…), l'Insee ne prévoyant que 0,5% de croissance en 2012.

Certes, en février, on aurait pu croire que le forcing voulu par le gouvernement sur les contrats aidés pour freiner le chômage avant les élections explique ce ralentissement. Mais non : depuis janvier, on ne note que 100 inscrits supplémentaires en catégorie E. Cependant, Pôle Emploi a bel et bien pour consigne d'en placer un maximum, quitte à procéder en dépit du bon sens : un phénomène à suivre de très près.

Maintenant, passons à notre décryptage mensuel...

Catégorie A (chômeurs officiels, sans activité aucune) : +6.200
Ils sont 2.867.900 en métropole, 3.106.200 avec les DOM.
Progression annuelle : +6,2% en métropole, +6% en France

Du côté des chômeurs qui restent inscrits tout en exerçant des petits boulots, faute d'emplois véritables, on note un regain de l'activité précaire :

Catégorie B (chômeurs en activité réduite inférieure à 78h/mois) : +13.200
Ils sont 570.800 en France métropolitaine.
Progression annuelle : +6,7%

Catégorie C (chômeurs en activité réduite supérieure à 78h/mois) : +1.000
Ils sont 839.900 en France métropolitaine.
Progression annuelle : +4%

Au total, le nombre des inscrits en catégories ABC — c'est-à-dire l'ensemble des demandeurs d'emploi «tenus d'accomplir des actes positifs de recherche» — a crû de 20.400 en métropole.
Ils sont désormais 4.278.600 en France métropolitaine, 4.547.300 avec les DOM.
La hausse annuelle s'élève à 5,8%.

Maintenant, les voies de garage...

Catégorie D (chômeurs non disponibles car en arrêt maladie ou en maternité, en stage, formation ou convention de reclassement) : -700
Fin février, ils sont 238.600 en France métropolitaine.
Variation annuelle : -2%

Catégorie E (chômeurs non disponibles car en contrat aidé) : +100
En France métropolitaine, ils sont 370.100 ainsi occupés.
Variation annuelle : +4,9%

Au total, fin février 2012, toutes catégories confondues (ABCDE), le nombre de chômeurs inscrits à Pôle Emploi en métropole s'élève à 4.887.300 (+5,4% sur un an). Avec les DOM, on arrive à 5.179.900, soit 19.300 personnes en plus par rapport à janvier.

A ces 5.179.900 inscrits, il convient d'ajouter les 151.600 "seniors" indemnisés de métropole (chiffre non précisé pour les DOM) bénéficiant d'une "dispense de recherche d'emploi" (désormais supprimée), non catégorisés.
Ainsi, on arrive à 5,33 millions.

Dans le détail...

L'ancienneté moyenne des inscrits des catégories ABC continue de battre des records, atteignant 463 jours (contre 442 il y a un an), soit plus de 15 mois. La moyenne d'inscription des sortants est stable à 248 jours (231 l'année dernière).

Du côté des chômeurs de longue durée, c'est de pire en pire. Ils sont désormais 1.634.600 dans les catégories ABC de métropole (+11.600 en un mois !), auxquels on peut rajouter les 370.000 chômeurs de catégorie E et les 151.600 seniors en DRE. Ainsi le volume des "DELD" — comme on les appelle — dépasse toujours 40% de l'ensemble des inscrits à Pôle Emploi.

Parmi eux, 735.600 perçoivent le RSA (+7,9% sur un an).

En glissement annuel, le volume des inscrits depuis plus d'un an a augmenté de 6,9%. Celui des inscrits depuis plus de 3 ans — enkystés dans la crise depuis 2008 — a bondi de 22,8%. Entre les deux (2 à 3 ans d'inscription), la progression recule à 4,7%.

Du côté des seniors, par rapport à janvier, on note un regain d'inscriptions de chômeurs de plus de 50 ans dans les catégories ABC de métropole : +11.600.
Ils sont 873.100 dont plus de la moitié (454.900) sont des femmes.
Progression annuelle : +14,6% (+15,4% pour les femmes)

Du côté des entrées, on note que les fins de CDD (+6,7% sur un an) et de mission d'intérim (+9,9%) représentent toujours un tiers des motifs.

Du côté des sorties, on note une baisse des «cessations d'inscriptions pour défaut d'actualisation» (-5.800, soit 203.500 au total), mais une légère reprise des radiations administratives (+2.200, soit 40.200) et des «autres cas» (+1.000, soit 51.000). Ces trois motifs représentent 64,5% du volume des sorties : en comparaison, les reprises d'emploi déclarées n'en pèsent que 20,8%.

Du côté des offres, c'est pathétique. En février, Pôle Emploi n'en a collecté que 264.800, DOM compris (-9,5% sur un an). Quant au compteur d'offres en ligne du site pole-emploi.fr, il a disparu de la page d'accueil.

Si, depuis 2008, «la France a beaucoup mieux résisté à la crise que les autres pays», affirmait Nicolas Sarkozy, c'est grâce à un système de protection sociale qu'il est évertué à laminer. Et la France n'a pas «échappé à une catastrophe», comme il dit : lentement mais sûrement, elle a les pieds dedans.

Les prochains mauvais chiffres du chômage seront publiés entre les deux tours des présidentielles.

SH

=> La note mensuelle de la Dares/Pôle Emploi en pdf






































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Mis à jour ( Samedi, 05 Mai 2012 14:51 )  

Commentaires 

 
0 # tristesir 2012-03-28 13:32 Citer:
et ce n'est qu'à partir de 1,5% à 2% de croissance que l'économie se remet à créer des postes.


Sauf erreur de ma part, mais l'INSEE a calculé que le taux de croissance du PIB était de 1,7% en 2011 (sur l'ensemble de l'année). Vous avez vu le chômage baisser en 2011?
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0 # superuser 2012-03-28 18:36 Tu as tout à fait raison ! Avec 1,7% de croissance l'année dernière, le chômage a tout de même continué de croître.

Selon l'économiste Eric Heyer du même OFCE, il faut une progression de PIB annuelle supérieure à 2% pour que l'économie commence à créer plus d'emplois qu'elle n'en détruit. On n'est donc pas sortis de l'auberge !
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