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Accueil Social, économie et politique 2011, Année européenne du volontariat

2011, Année européenne du volontariat

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Plus obsédée par la mise en place de cures d'austérité qui nous tirent vers le bas qu'une harmonisation fiscale et sociale qui nivellerait l'UE par le haut, Bruxelles nous invite à «changer les choses» en devenant… bénévoles.

Parmi les pourriels que nous recevons quotidiennement, celui-ci, adressé par "European Year of Volunteering 2011", a retenu notre attention. En voici le fidèle contenu que nous avons retrouvé sur Secteurpublic.fr

Alors qu'en France l'année 2011 est pratiquement rayée de la carte — la soupe est tellement bonne que chacun préfère se mobiliser en vue de la grande cérémonie électoraliste de 2012 —, ça ne se présente pas mieux du côté de la Commission européenne, pour qui 2011 ne sera pas non plus placée sous le signe de la lutte contre le chômage (qui devrait remonter grâce aux politiques de rigueur instaurées par ses États) via la création d'emplois durables et de qualité pour tous, encore moins contre le dumping fiscal qui incite les entreprises aux délocalisations vers nos "paradis sociaux".

Non. L'idée de génie de la Commission européenne pour 2011, c'est de nous dire : «Changez les choses : devenez bénévole !» Selon Viviane Reding, commissaire chargée de la justice, des droits fondamentaux et de la citoyenneté, «le volontariat renforce nos valeurs européennes fondamentales : la solidarité et la cohésion sociale».

Or, ne nous illusionnons pas. Quant Mme Reding parle de «volontariat», il ne s'agit pas de celui des États qui n'ont de cesse d'abandonner l'intérêt général, laissant au tissu associatif et caritatif le soin de pallier leurs insuffisances en matière de «solidarité et de cohésion sociale», mais du volontariat de tout un chacun, de la même façon que la «solidarité» envers le système bancaire défaillant doit être, au final, assumée par l'écrasante majorité des citoyens qui le subissent. Et quand elle évoque «nos valeurs européennes fondamentales», il s'agit surtout de la fameuse «concurrence libre et [soi-disant] non faussée», sacro-sainte règle dont les grands gêneurs sont les services publics (qui la freinent), les salaires (qu'on gèle pour rester "compétitifs", sous la pression du chômage de masse jumelé à la précarisation de l'emploi) et la protection sociale (une manne financière considérable que, de longue date, les affairistes rêvent de capter).

Chômeurs, soyez bénévoles !

Selon un sondage Eurobaromètre de mai 2010, trois Européens sur dix exerceraient une activité bénévole. En même temps, le chômage prive officiellement 23 millions de personnes en âge de travailler d'une activité rémunératrice dans toute l'UE27 tandis que des millions d'autres s'enlisent dans l'emploi sous-payé et en miettes.

Or, nous dit le communiqué de Bruxelles, «le volontariat permet d'acquérir des connaissances, de mettre ses compétences à profit et d'élargir son réseau social, ce qui peut souvent déboucher sur des perspectives d'emploi nouvelles ou meilleures et favoriser le développement personnel et social». Bref, grâce à la crise et en attendant un retour à la normale, le travail gratuit — qu'il soit prodigué par humanisme ou qu'il réponde au besoin de ne pas devenir dingue et perdre en "employabilité" — semble une évidence !

En Grande-Bretagne, le bénévolat est déjà imposé par le gouvernement : les chômeurs de longue durée doivent s'adonner gratuitement à des tâches d'intérêt collectif un mois par an sous peine de se faire couper les vivres. En Belgique, on trouve l'idée très bonne et on souhaite l'importer. En Allemagne, ça fait maintenant cinq ans que le STO a été rétabli pour les chômeurs, qu'on a la délicatesse de payer 1 € de l'heure même s'ils sont très qualifiés.

En France, c'est plus subtil. Il existe quelques dispositifs de travail gratuit (l'EMT pour "évaluation en milieu de travail", l'AFPR pour "action de formation préalable à l'embauche", et bientôt la POE pour "préparation opérationnelle à l'emploi") que l'on propose à des candidats aux abois, sous couvert de les tester ou de les former à un futur poste. Même si le rétablissement du STO et du travail gratuit pour les chômeurs séduit la frange la plus décérébrée de nos concitoyens, nos principes républicains brident encore ceux qui nous gouvernent malgré leur puissante envie de les fouler au pied.

En France, c'est aussi plus tordu. Un chômeur a le devoir de chercher un emploi, et s'il n'en trouve pas et se réfugie dans le bénévolat afin «d'acquérir des connaissances, mettre ses compétences à profit et élargir son réseau, ce qui peut déboucher sur des perspectives d'emploi et favoriser son développement personnel et social», il n'a pas intérêt à s'en vanter, comme le prouve le cas de Georges, chômeur senior de longue durée que sa directrice d'agence a radié et condamné à rembourser la totalité des allocations qu'il a perçues depuis son licenciement. Sans le sou, après de longues démarches pour faire lever cette sanction particulièrement abusive, Georges a été rétabli dans ses droits, mais il ignore ce qui a provoqué le revirement de Pôle Emploi. Peut-être que l'initiative de la Commission européenne — «2011, Année européenne du volontariat» — y est pour quelque chose ?

Trop de bénévolat tue les salaires et l'emploi

Il est vrai que le bénévolat, c'est le pied : l'activité est librement choisie (secteur, lieu, fréquence…), donc forcément plus épanouissante qu'un travail de plus en plus dénaturé par la dictature de l'emploi, véritable carcan qui dépossède ceux qui l'exercent. S'il ne partait pas d'une motivation humaniste (venir en aide à ses semblables) et ne profitait pas à l'Etat et aux collectivités locales qui se reposent de plus en plus sur lui, la notion de bénévolat serait même subversive. Car on ne choisit pas son patron, mais on choisit son association : le volontariat est un acte libre et assumé qui, aux antipodes de la subordination salariale, procure du plaisir et redonne du sens.

On se souvient qu'en 2005, un ministre de la Vie associative désira apporter «un soutien national» au volontariat. L'année suivante, France Bénévolat publiait un rapport chiffré sur le phénomène et, en 2008, la Mairie de Paris initiait un nouveau concept : le "Passeport Bénévole"...

Mais il y a un revers à cette jolie médaille. D'abord, tant qu'il existera des associations pour combler les lacunes de notre société, l'Etat continuera à se défausser sur elles; surtout, il se dispensera de rétablir une meilleure répartition des richesses. Ensuite, certaines associations sont devenues de véritables petites entreprises qui concurrencent directement des PME ou des artisans. Telle la spirale du low-cost qui tire tout vers le bas, le travail bénévole et donc gratuit finit par menacer le travail qui a un coût et mérite salaire. En cela, l'initiative de Bruxelles pare 2011 de douteux auspices.

SH

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Mis à jour ( Mardi, 07 Décembre 2010 05:01 )  

Commentaires 

 
0 # fred24 2010-12-07 09:06 Quand on s'appelle Domenech on peut faire du bénévolat sportif, toucher des assedic et passer à la télé. Répondre | Répondre avec citation |
 
 
0 # hervé85 2010-12-07 11:41 Que les membres de la Commission européenne soient bénévolent dans la pratique de leurs fonctions et non payés grassement par l'argent public ( voir le sieur Barroso ) et nous en reparlerons ! Répondre | Répondre avec citation |
 
 
0 # Hypathia 2010-12-15 20:13 Bruxelles se paie notre tête : OK, on acquiert des compétences, on mes ses savoirs à profit et on élargit son réseau social, MAIS on ne trouve pas de boulot pour autant, car pourquoi une association paierait-elle ce qu'elle peut avoir gratuitement ? Pire, ce sont des gens qui ont déjà un travail qu'on accepte d'embaucher. Je ne dis pas que c'est général, mais c'est du vécu. Répondre | Répondre avec citation |
 

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