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Maman chômeuse, bébé radié de la crèche

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Après une longue attente, le bébé d'Aurélie a été accepté en crèche. Sauf qu'Aurélie est au chômage. Si, dans quinze jours, elle n'a pas retrouvé de travail, son fils sera exclu. Témoignage.

Aurélie vit à Noisy-le-Roi, dans les Yvelines (78), l'un des départements les plus riches de France. Comme beaucoup, elle a perdu son emploi au début de la crise, alors qu'elle était enceinte de son deuxième enfant. Elle s'est tout de même inscrite auprès du service Petite enfance de sa mairie.

Après une année particulièrement difficile, je me suis vu enfin attribuer une place en crèche. Mon petit garçon (le deuxième) a donc fait son entrée à la crèche municipale lundi 13 septembre après sa semaine d'adaptation. Dans la foulée, la directrice me prévient que notre dossier passe en commission le vendredi suivant (le 17) et que je dois d'ici là, soit dans les quatre jours, lui fournir une attestation de travail ou de stage.

Depuis l'annonce de l'attribution de ma place en crèche, avant les grandes vacances, je commençais à apercevoir le bout du tunnel, la possibilité de me consacrer entièrement à ma recherche d'emploi (parce qu'apparemment oui, il faut le préciser, on n'est pas au chômage par plaisir et oui, j'ai BESOIN de retrouver un travail rapidement, pour plein de questions matérielles mais aussi et surtout pour mon équilibre psychique et social). Je sais que les places en crèche collective sont rares et qu'on les accorde en priorité aux enfants des parents qui travaillent, même si la recherche active d'emploi est un travail à plein temps, non reconnu. Je savais que la règle, dans ma petite commune, est effectivement que les deux parents doivent être en emploi. Ayant été malgré tout acceptée, je pensais qu'ils me laisseraient un délai suffisant pour me permettre de retrouver quelque chose.

Donc, à l'annonce de cet ultimatum, j'angoisse et j'appréhende, me démène et passe même un entretien pour un poste de secrétaire alors que j'ai un bac+5 et que j'étais responsable d'une équipe dans mon précédent poste. Bref, prête à tout pour garder cette place, quitte à renoncer à mes prérogatives, à me déprécier.

Sauf que le couperet est tombé vendredi soir : ils virent mon enfant de la crèche… enfin, je peux le laisser jusqu'à la fin du mois ! Et moi je craque. Je ne vois pas d'issue, je suis au fond du gouffre. Mon conjoint (qui travaille) ne sait pas quoi me dire, il a juste peur que je pète les plombs.

Peut-on expulser mon fils au bout d'un mois de crèche alors que je suis en recherche active d'emploi ? Quel est le statut du demandeur d'emploi ? Je tiens à préciser qu'ils connaissaient ma situation, que je ne l'ai jamais cachée et qu'ils ont donc accepté mon fils en connaissance de cause. Je ne suis ni en vacances, ni une "mère au foyer" ayant choisi délibérément de rester à la maison pour s'occuper des enfants, une noble cause qui ne me convient pas : je me démène pour retrouver du boulot.

Se présenter aux convocations de Pôle Emploi n'est qu'une partie du "travail" de chercheur d'emploi : il y a les heures passées sur l'ordinateur à éplucher les annonces, à produire des CV et des lettres de motivation adaptés, sans compter les nombreux coups de fil passés pour chercher, relancer, "activer son réseau"… les entretiens, les contacts professionnels divers et variés (et oui, comme dans le monde du travail, parfois un rendez-vous avec une connaissance peut déboucher sur un boulot, donc il ne faut rien négliger). Bref, c'est un investissement et les heures disponibles sans les enfants dans la journée — grosso modo de 9h à 16h30 — ne sont pas de trop, et il est tout simplement impossible de faire tout cela avec des enfants à la maison.

Par rapport à ma situation, ce qui me scandalise, c'est tout d'abord qu'ils aient accepté mon fils pour me dire, deux semaines plus tard, qu'il est viré parce que je n'ai pas de travail. Les crèches ne sont-elles pas censées œuvrer pour le bien des enfants ? N'y a-t-il pas de psychologue, d'adjointe à la petite enfance et d'autres spécialistes censés penser à nos enfants dans les commissions ? Soit il ne fallait pas prendre mon fils du tout, soit il fallait me laisser le temps de retrouver un emploi, mais que les choses soient claires et établies dès le départ. Dans mon cas, ils m'ont prise au dépourvu et ne m'ont laissé aucun répit. Et pour mon bébé, ce n'est pas stable.

De plus, point non négligeable, il est écrit noir sur blanc dans le règlement de la crèche que les places sont réservées aux familles habitant la commune, sans exception. Or, la directrice d'une des crèches de la commune a obtenu des places pour ses deux enfants alors qu'elle n'y réside pas. Ceci est-il normal ? Le règlement n'est-il valable que pour certains ? La Mairie peut-elle octroyer ce type de passe-droit alors que nos crèches municipales sont financées avec des impôts que je paie ? J'évoque cette directrice parce que je la connais, mais il y aurait de nombreux cas d'autres personnes qui profiteraient de ce traitement de faveur alors qu'elles ne sont pas noiséennes.

La Mairie m'a répondu : "Vous n'avez qu'à prendre une assistante maternelle". Or, le coût n'est pas tout à fait le même et le chômage n'est pas la situation idéale pour s'offrir ce type de prestation. Et, dans ce cas, pourquoi la directrice de l'autre crèche n'en prendrait-elle pas une pour ses enfants ?
Il y a aussi les halte-garderies qui accueillent les enfants à la demi-journée et sans repas : ce n'est pas suffisant !

J'ai appris qu'à Noisy-le-Roi les sans emploi ne sont pas les seuls à être exclus du système : les femmes en congé maternité sont priées de reprendre leur gosse, et les non salariés qui se mettent à leur compte aussi.

Quoi qu'il en soit, c'est retour à la case départ. Que vais-je faire à partir du mois d'octobre, sachant que je suis en train de passer des entretiens, si je décroche un job ? Je le refuse parce que je n'ai plus aucun mode de garde pour mon bébé ? C'est un cercle vicieux, sans parler du fait que pour avoir le droit aux allocations chômage on est censé "être disponible immédiatement" et donc pouvoir faire garder ses enfants... On n'en sort jamais !

Aurélie

.../...

L'hypocrisie gouvernementale

Nos gouvernants, qui se réjouissent des bonnes performances des Françaises en matière de natalité, font mine de plaider pour la cause des femmes alors qu'il n'en est rien. En plein débat sur les retraites où sa réforme les pénalisera, l'impayable Monsieur Woerth dit : «Ne nous trompons pas de sujet. La vraie question est celle de la différence de salaires»... Tu parles !

Combien de mères au chômage, interdites de crèche parce qu'elles ne sont pas prioritaires et dans l'incapacité financière de s'offrir un autre mode de garde inévitablement plus onéreux, se voient contraintes de garder leur bébé jusqu'à l'âge où il pourra enfin entrer à l'école maternelle, jonglant avec les exigences de la société et les pressions que Pôle Emploi exerce sur elles ? Tout est mis en œuvre pour retarder leur retour dans la vie active, les stresser, et morceler davantage leur parcours professionnel.

Une discrimination parfaitement légale

En théorie, d'un point de vue républicain, la discrimination est une violation du principe d'égalité. Mais, du point de vue du droit, un individu est reconnu victime d'une discrimination lorsqu'il est, dans une situation donnée, traité de manière différente et négative sur la base d'un ou plusieurs critères considérés comme illicites.
En France, voici comment l'article 225-1 du Code pénal les définit :
«Constitue une discrimination toute distinction opérée entre les personnes physiques à raison de leur origine, de leur sexe, de leur situation de famille, de leur grossesse, de leur apparence physique, de leur patronyme, de leur état de santé, de leur handicap, de leurs caractéristiques génétiques, de leurs mœurs, de leur orientation sexuelle, de leur âge, de leurs opinions politiques, de leurs activités syndicales, de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée.»

Dans son article 225-2, le Code pénal précise ensuite dans quelles situations la discrimination effectuée est répréhensible :
«La discrimination définie à l'article 225-1, commise à l'égard d'une personne physique ou morale, est punie de trois ans d'emprisonnement et de 45.000 € d'amende lorsqu'elle consiste :
à refuser la fourniture d'un bien ou d'un service ;
à entraver l'exercice normal d'une activité économique quelconque ;
3° à refuser d'embaucher, à sanctionner ou à licencier une personne ;
4° à subordonner la fourniture d'un bien ou d'un service à une condition fondée sur l'un des éléments visés à l'article 225-1 ;
5° à subordonner une offre d'emploi, une demande de stage ou une période de formation en entreprise à une condition fondée sur l'un des éléments visés à l'article 225-1 ;
6° à refuser d'accepter une personne à l'un des stages visés par le 2° de l'article L. 412-8 du code de la sécurité sociale.
Lorsque le refus discriminatoire prévu au 1° est commis dans un lieu accueillant du public ou aux fins d'en interdire l'accès, les peines sont portées à cinq ans d'emprisonnement et à 75.000 € d'amende.»

Nous avons appelé la HALDE. Hélas, la Haute autorité ne peut se saisir du cas d'Aurélie car elle s'appuie sur les stricts motifs de discrimination exposés dans l'article 225-1 du Code pénal. Or, la discrimination socio-professionnelle n'en fait pas partie...

Pourtant, plus encore avec la crise et ses soi-disant pénuries (emplois, logements, etc), cette discrimination contraire à nos principes républicains ne cesse de sévir : tandis que la loi l'ignore, le champ de l'exclusion peut continuer de s'élargir en toute impunité.

Aurélie remue ciel et terre pour garder cette place en crèche. Nous la soutenons dans son combat et ne manquerons pas de vous tenir informés des suites de son affaire.

SH


SUITE : Le 30 septembre au matin, Aurélie et son bébé ont été expulsés de la crèche par la gendarmerie, sur ordre du maire de la commune. Honteux !!!




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