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Accueil Mobilisations, luttes et solidarités De la faiblesse de l'implantation syndicale en France

De la faiblesse de l'implantation syndicale en France

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On a l'habitude de citer le faible taux de syndicalisation du pays (environ 8%) pour contester la légitimité des syndicats et dénoncer en passant leur archaïsme corporatiste. Si, sur ce dernier point, les critiques sont souvent justifiées, sur le premier les arguments de leurs grands représentants - ici Bernard Thibault - sont aussi faiblards alors que s'imposent des évidences.

Invité samedi soir sur le plateau de Laurent Ruquier pour faire la promotion de son livre «Qu’est-ce que la CGT ?» - doyenne et première des organisations de France (née en 1895 et qui a recueilli 22,5% aux dernières élections professionnelles) - dans une ambiance bon enfant, son sémillant leader n'a pas échappé aux petites piques, dont celle-ci. A juste titre, il a rétorqué que «la trouille» est un frein important pour les salariés du secteur privé. Ce à quoi on lui a entonné l'antienne médéfienne habituelle, à savoir que les patrons ne sont pas tous des méchants...

Après avoir opposé son «lutter plus pour gagner plus» au «travailler plus pour gagner plus», il a remis les pendules à l'heure quand il a répondu que la CGT compte à ce jour plus de 700.000 adhérents. Pour ceux qui ne songent pas à faire le rapport, en comparaison l’UMP - premier parti politique du Sarkoland - se targue d'en avoir 324.000 : même pas la moitié !

Mais, à ma grande surprise, Bernard Thibault a discrètement glissé qu'il ignorait le nombre exact d'entreprises en France. Je conçois qu'il ait moult autres choses à avoir en tête mais pourtant, notre paysage entrepreneurial y est pour beaucoup dans le faible taux de syndicalisation des salariés. Et, par delà «la trouille», cet argument chiffré est fondamental afin d'expliquer aux Français pourquoi il y a si peu de syndiqués chez nous. C'est même le premier argument «politiquement correct» à avancer dans les talk-shows après le fait que beaucoup d'entreprises du privé empêchent l'implantation de syndicats chez elles, licenciant les velléitaires et n'hésitant pas à prévoir pour cela un «budget Prud'hommes» plutôt que d'accorder des augmentations à leur personnel ; puis, quand le mal est fait, à discriminer ou harceler les individus concernés (j'en sais quelque chose, ayant moi-même constaté ces manœuvres patronales à l'époque où je travaillais. Du coup, dans mon ancienne boîte, personne ne l'ouvrait, y compris au CE !).

Un tiers des salariés n'ont pas de syndicat dans leur entreprise

C'est ce qu'avançait un sondage CSA du 17 janvier. La réalité est probablement pire. Sur les 2,5 millions d'entreprises que compte l'Hexagone, on dénombre environ 5.000 «grandes» (+ de 250 salariés — 36% des emplois), environ 80.000 PME (de 20 à 249 salariés — 27% des emplois) et... 2,4 millions de TPE (moins de 20 salariés — 37% des emplois) soit 95% du total !!! Sachant que tout salarié a parfaitement le droit de se syndiquer individuellement mais qu'il faut plus de 50 salariés pour qu'une entreprise tolère un syndicat en son sein, ce qui peut avoir un effet boule de neige, l'évidence est criante : les 8% tant critiqués ne sont pas le fait d'une désaffection de la chose syndicale, mais de la possibilité de sortir de sa solitude pour s'y impliquer. De plus, la précarisation de l'emploi favorise l'isolement.

Pestant devant mon téléviseur, je suis restée sur ma faim.

Je m'adresse à M. Thibault dont je respecte particulièrement l'organisation. Car, en tant que privée d'emploi, je me dois de reconnaître que si les confédérations syndicales traditionnelles (mais pas leurs militants) se désintéressent honteusement des chômeurs et des précaires et que certaines osent même les attaquer en justice dans le cadre de leur lutte, la CGT est la seule organisation de défense des salariés qui inclut depuis 1988 un Comité national de chômeurs & précaires. Et même si cela ne change pas grand’chose au cours des événements anti-sociaux que nous subissons ces temps-ci, la CGT est également la seule à refuser symboliquement de signer des accords scélérats, que ce soit à l'Unedic ou lors de réformes type «modernisation du marché du travail».

M. Thibault, voici un argument que je vous amène sur un plateau pour enfoncer le clou à la télé, face à une populace plus ou moins lobotomisée et qui mérite d'être éclairée.

Bien@vous,
Sophie Hancart

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Mis à jour ( Mardi, 26 Février 2008 23:58 )  

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