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Accueil Social, économie et politique L'Allemagne indulgente envers ses corrompus

L'Allemagne indulgente envers ses corrompus

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Peter Hartz, le grand réformateur et initiateur des mesures contre le chômage (ou plutôt contre les chômeurs), impliqué dans le scandale Volkswagen pour corruption et prostitution où il est inculpé de 44 chefs d'accusation par le Tribunal de grande instance de Braunschweig, s'est mis à table.

Il y a eu un "deal", un arrangement entre le tribunal et Peter Hartz qui, d'après le magazine Der Spiegel, avait été fixé déjà bien avant le procès. Des aveux complets, des informations sur d'autres personnes impliquées contre le paiement d'environ 300.000 € : c'est le prix à payer pour éviter la prison. La peine maximale de 10 ans que risquait Monsieur Hartz peut effectivement motiver un homme, qui était parti de conditions très modestes pour s'élever ensuite jusqu'aux plus hautes sphères de la vie économique et politique de son pays, à avouer ses péchés pour pouvoir rester en liberté. Il n'écopera donc finalement qu'une peine de prison avec sursis. À l'égard des faits avérés, l'addition n'a finalement pas été chère.

Un petit groupe de "misérables" - quelques chômeurs subissant le dispositif du plan Hartz 4 et qui avaient trouvé une place dans la salle du tribunal - a eu du mal à garder son calme à l'annonce de la peine. Ils ne comprennent pas que l'accusé, qu'ils estiment responsable de leurs conditions de vie déplorables suite aux mesures de son Plan, s'en sorte si bien. C'est avec une pancarte "Hartz derrière les barreaux !" qu'ils ont accueilli le protagoniste à l'entrée du tribunal. "Crapule !", ont-ils crié au visage de l'accusé qui a essayé de garder un sourire crispé.

Le comité d'entreprise de Volkswagen devrait pouvoir négocier avec la direction d'entreprise d'égal à égal : c'est ainsi que Peter Hartz a expliqué sa motivation de versements exorbitants en faveur du chef du CE Klaus Volkert. Quel est ce monde économique dans lequel une entreprise doit vivre, où un directeur du personnel envoyé par le syndicat doit payer des sommes très importantes pour s'assurer de la bienveillance du CE ?
Les médias on parlé d'un iceberg dont Peter Hartz ne serait que le sommet. La réputation, la "culture d'entreprise", le fonctionnement même de Volkswagen qui est LE symbole de la reprise économique en Allemagne, en a pris un sérieux coup. Presque chaque Allemand a jadis conduit la célèbre coccinelle, "la voiture du peuple" (elle roule et roule et roule...), relayée plus tard par la Golf qui aussi a eu un succès faramineux.

Le cantique de la racaille (en col blanc)

Le total des dommages causé par Hartz s'élève à 2,6 millions euros. On ne peut s'empêcher de penser au procès Mannesman dans lequel le manager de la Deutsche Bank, Joseph Ackermann et cinq autres personnes, ont été accusés d'avoir détourné la maudite somme de 58 millions euros au préjudice du groupe Mannesmann. Ackermann, qui a déjà fait la Une dans la presse en 2005 en annonçant un bénéfice record de la Deutsche Bank tout en ayant licencié 6.000 salariés… Son salaire fixe s'élevait à 1,2 million d'euros, avec un salaire "variable" de 8,9 millions d'euros par an. En 2005, Ackermann a perçu un revenu de 11,9 millions euros et grimpait ainsi au sommet de l'index allemand d'actions (DAX). Ont eu lieu plusieurs procédures judiciaires à l'encontre d'Ackermann et des cinq autres personnes. Au début du dernier procès, Ackermann avait informé le tribunal qu'il gagnait entre 15 et 20 millions d'euros brut par an.

En novembre 2006, le tribunal et le parquet ont finalement abandonné toutes les poursuites contre Ackermann à cause de "l’absence d'intérêt public" concernant cette affaire, sur la demande de ses avocats, et ceci contre un paiement de 3,2 millions d'euros. Ackermann sortait de ce procès sans aucune condamnation et avec le célèbre "V", signe qu'il avait fait avec ses doigts pour "victoire" face aux journalistes, et publié dans tous les journaux. Ce comportement arrogant et impertinent a été accueilli avec amertume par la population. On parlait même d'une justice de classes.

Peter Hartz s'acquittera d'environ 300.000 € et sera condamné à une peine de prison avec sursis. Ackermann était accusé d'avoir détourné 22 fois plus que Hartz, et il a payé 10 fois plus au tribunal, ce qui néanmoins ne représentait qu'un peu d'argent de poche par rapport à son salaire.

Est-ce qu'il suffit de payer 3 millions d'euros pour ne pas être condamné ? Peut-être que Hartz a été trop "pauvre" ou trop avare pour s'en tirer sans aucune condamnation ? Verdict le jeudi 25 janvier.

Stephan M. / Les dessous de l'Allemagne

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Mis à jour ( Jeudi, 26 Avril 2012 16:20 )  

Commentaires 

 
0 # Monolecte 2007-01-22 08:53 Merci pour ton boulot, Stephan!
Il semblerait que la corruption se porte bien mieux que les victimes du libéralisme, dans l'Europe triomphante!
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0 # tristesir 2007-01-22 11:16
Il semblerait que la corruption se porte bien mieux que les victimes du libéralisme, dans l'Europe triomphante!


Dans un monde où on privilégie la "concurrence" à tous les niveaux (sachant que celle ci est biaisée: le dumping social et le dumping fiscal fausse ce processus qui est absurde par ailleurs de mon point de vue)

Comment s'étonner dès lors que tous les coups sont permis dans la sphère économique?
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0 # superuser 2007-01-26 06:33 Deux ans de prison avec sursis, c'est la peine à laquelle l'ancien directeur des ressources humaines de Volkswagen Peter Harz a été condamné jeudi par le tribunal de Brunswick.

Agé de 65 ans, Peter Hartz a reconnu avoir autorisé le versement de près de 3 millions d'euros aux membres du comité d'entreprise de Volkswagen en échange de la paix sociale. Peter Hartz devra en outre verser une amende d'un montant de 576.000 €.

"Evidemment, il faut prendre en considération le montant absolu du préjudice, donc des sommes payées, a affirmé le porte-parole du tribunal. En revanche, on doit constater qu'on est en présence d'un malfaiteur qui a fait des aveux complets."

Devant le tribunal de Brunswick jeudi, avant la décision, des manifestants ont défilé pour demander une peine exemplaire contre Peter Hartz, reprochant à Volkswagen de jeter l'argent par les fenêtres et de mener une politique sociale insuffisante. "J'aimerais que Hartz soit vraiment puni, affirme un salarié du constructeur. Mais, apparemment, ça ne sera pas le cas. Il paraît qu'il va prendre deux ans avec sursis, pas plus. Et ça, c'est de la provocation".
Peter Hartz qui avait démissionné en 2005, s'était fait connaître par une série de réformes du marché du travail entre 2003 et 2005 sous le gouvernement Schroeder.

(Source : EuroNews)
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0 # diety 2007-01-28 00:34 Après une audience de deux jours, le jugement est tombé (25 janvier 2007) : deux ans de prison avec sursis et une amende de 576.000 euros pour Peter Hartz. L'amande est un peu plus haute que les 300.000 euros négociée auparavant. Il était évident qu'une si courte audience sans menaces, mutuelles reproches, haussement de ton et cabales - le b.a.-ba d'un procès d'une telle envergure - éveillera les soupçons de l'opinion publique. Les plaidoiries du procureur Hildegard Wolff et l'avocat de défense Müller n'ont pas eu pour but de changer la conviction du juge. Peter Hartz a déclaré être le seul responsable dans cette affaire. Une dernière tentative du procureur Wollf de savoir un peu plus sur l'implication du chef du comité d'entreprise Klaus Volkert a été veine.

Ce procès ne serait pas non plus le procès des réformes du marché du travail de Hartz, disait Wolff. L'avocat Müller a fait une remarque ironique concernant la plaidoirie du procureur, qui s'était adressé davantage au public qu'au juge pour justifier la clémence envers Peter Hartz. Tous les détails avancés dans les plaidoiries ont eu un caractère pédagogique pour la salle.

On peut mettre la rapidité de l'audience sur le compte d'un accord au préalable passé entre Peter Hartz et le tribunal. La location d'un appartement pour des rencontres tranquilles et la fréquentations de bordels ne faisaient pas partie des sujets d'accusation, car leur dommage financier n'aurait pas été important. En outre, ce petit surplus d'accusations n'aurait pas eu une incidence sur la peine.

Les tribunaux auraient développé une "culture de conclure un accord". La Cour fédérale de justice aurait recommandé aux tribunaux une telle procédure pour des raisons "d'économie de procès". Mais cette façon de faire rencontre la critique même de la part du représentant de la fédération des juges Wolfgang Arenhövel, qui a déclaré au journal "Nordwest Zeitung" que le déroulement de l'affaire lui avait donné mal au ventre. Ces accords préalables qui sont très controversés chez les spécialistes du droit, ont leur utilité dans la protection de victimes, par exemple dans des affaires de viol. Malheureusement ils sont maintenant aussi utilisés dans des procédures très complexes par pur pragmatisme.

L'Allemagne aussi connaît le manque de personnel dans les tribunaux. Entre-temps le gouvernement fédéral fait des projets d'unification concernant les accords au préalable. - Des ententes font partie de la réalité de la procédure pénale, disait le ministre de la justice Madame Brigitte Zypries (SPD) au journal "Frankfurter Rundschau".

Pour Peter Hartz le pire devrait être derrière lui. Le vrai travail juridique concernant le scandale ne fait que commencer. On peut compter avec une accusation contre Volkert pour incitation à la malversation. Il aurait presque harcelé Hartz de le payer comme un manager. Une procédure contre onze anciens managers de Volkswagen est en cours. Parmi eux le député du Parlement fédéral Hans-Jürgen Uhl et le député de la Basse-Saxe Günter Lenz. Exception ou le lot cotidien des interdépendance s entre la politique et les puissants de l'économie?

Le porte-parole de la SPD en économie et politique, Rainer Wend, jugeait "irréaliste" l'exigence de changer le nom des réformes du marché du travail qui porte le nom de Hartz. Il suppose que l'on s'est trop habitué à ce nom et qu'un changement de nom ne servirait à rien.
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0 # superuser 2007-04-17 13:53 Un article paru dans L'Humanité du 7 mai 2004 :

Directeur des ressources humaines de Volkswagen, son nom est accolé désormais en Allemagne aux nouvelles règles qui régissent le marché du travail. Président d’une commission nommée par le gouvernement de coalition SPD-Vert, il est à l’origine des réformes adoptées récemment qui réduisent l’indemnisation des chômeurs et les obligent à accepter n’importe quel emploi sous peine de perdre leurs droits. Le chancelier Schröder avait misé sur la réputation d’"innovateur social" et de "conciliateur" qu’il s’est forgée à la tête du groupe Volkswagen - en négociant notamment l’introduction de la fameuse semaine de quatre jours - pour rallier vaille que vaille les syndicats à sa démarche.

Aujourd’hui, Hartz défraye à nouveau la chronique avec un plan qui prévoit d’échanger le maintien des 176.544 emplois du groupe Volkswagen en Allemagne contre des réductions "d’environ 30% des coûts salariaux d’ici 2011."

Quand le magazine Der Spiegel de cette semaine qui l’interviewe à ce propos lui suggère qu’une telle attitude s’apparente à un chantage, le Monsieur Réforme du marché du travail ne se démonte pas : "Je ne brandis pas immédiatement, comme d’autres, la grosse massue de la menace à la délocalisation. Mais pour rester concurrentiel comme pays à salaires élevés, il nous faut le système le plus flexible du monde. C’est pourquoi je plaide pour qu’une grande partie du salaire dépende des résultats de l’entreprise."
Si suffisamment de profits sont au rendez-vous aux yeux des actionnaires alors, précise généreusement Peter Hartz, les salariés pourront garder le même niveau de rémunération qu’aujourd’hui. Sinon leur feuille de paye sera amputée jusqu’à 30%. Il faut également qu’à l’avenir la rémunération tienne davantage compte, précise-t-il, du "temps de travail réellement créateur de valeur". La rémunération des pauses est en ligne de mire. Et surtout celle de la formation continue. "Pour que nous soyons compétitifs, martèle Hartz, il faut que les salariés prennent une partie de son financement à leur charge."

Ce plan sera présenté au syndicat le 10 mai à l’occasion du lancement des négociations sur le renouvellement de l’accord tarifaire maison de Volkswagen. "Nous n’assumerons pas de porter des conceptions qui reniflent le dumping ou les politiques de bas salaires", a prévenu le syndicat de la métallurgie IG Metall. Qu’à cela ne tienne, Peter Hartz semble prêt à jeter son vieux masque de chercheur infatigable du consensus intégrateur pour mettre ses vraies cartes - celles d’un patron de choc - sur la table : "On ne fait pas, assène-t-il, d’omelette sans casser les œufs."

…/…

Aujourd'hui, l'usine Volkswagen de Bruxelles va perdre 3.500 emplois.
La décision de la direction du trust de retirer la production de la Golf de l’usine bruxelloise et de la transférer en Allemagne dans les usines de Wolfsburg et de Mosel en Saxe, fait partie du «programme historique d’austérité» qui avait été annoncé par la firme au début de cette année. Celui-ci consiste en des mesures de rationalisation draconiennes comprenant la destruction massive d’emplois, la baisse des salaires et l’aggravation des conditions de travail dans toutes les usines européennes du groupe.
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