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La mondialisation de la «tolérance zéro»

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Ce texte du sociologue Loïc Wacquant, extrait de son livre "Les Prisons de la misère" publié en 1999, demeure d'une stupéfiante actualité.

Depuis le début des années 80, un réseau de think tanks néoconservateurs basés principalement sur la côte est des États-Unis, mène une offensive concertée visant à saper la légitimité de l’État-providence et à lui substituer, dans les régions inférieures de l’espace social, un État-pénitence capable de «dresser» les fractions de la classe ouvrière rétives à la nouvelle discipline du salariat précaire et sous-payé, et de neutraliser ceux d’entre leurs membres qui s’avèrent par trop disruptifs. C’est ainsi qu’après avoir mené campagne en faveur du démantèlement des programmes d’aide aux familles démunies (welfare) entamé par Ronald Reagan et parachevé par Bill Clinton, le Manhattan Institute, centre névralgique de la guerre intellectuelle à l’État social avec l’American Enterprise Institute et le Cato Institute, s’est employé à populariser une séries de mesures policières et judiciaires qui, en instaurant une véritable «chasse aux pauvres» dans la rue, reviennent à pénaliser la précarité résultant justement de la démission organisée de l’État sur le front économique et social.

Parmi les notions et les dispositifs que ces intellectuels-mercenaires ont activement propagé parmi les journalistes, chercheurs et dirigeants du pays : la soit disant «théorie de la vitre cassée», opportunément exhumée du cimetière criminologique où elle gisait depuis quinze ans, selon laquelle la lutte contre la grande violence criminelle nécessite une répression sévère et tatillonne de la petite délinquance et des comportements incivils qui en seraient les signes avant-coureurs; l’impératif de «qualité de la vie», prétexte à une politique de nettoyage de classe des espaces publics dans les villes; et le slogan «la prison marche», bien fait pour justifier l’expansion exponentielle et indéfinie du système pénitentiaire dans lequel sont désormais entreposés les indésirables — la population carcérale des États-Unis a quadruplé en vingt ans pour frôler les deux millions alors même que la criminalité stagnait puis reculait durant cette période. Ces mesures ayant été adoptées par son nouveau maire, Rudoph Giuliani, grand partisan du remplacement de l’aide sociale par le travail forcé (workfare), la ville de New York est devenu le laboratoire où s’invente un nouveau gouvernement de la misère qui marie la «main invisible» du marché du travail déqualifié et dérégulé au «poing de fer» d’un appareil policier et pénitentiaire omniprésent, intrusif et hypertrophique. De New York, ces notions et ces dispositifs se sont diffusés à travers les États-Unis avant d’être importés par un nombre sans cesse croissant de pays d’Europe et d’Amérique latine dont les gouvernements se révèlent avides d’engranger les profits électoraux promis par l’éventuel succès de la «lutte contre l’insécurité».

(...) De New York, la doctrine de la «tolérance zéro», instrument de légitimation de la gestion policière et judiciaire de la pauvreté qui dérange — celle qui se voit, celle qui cause des incidents et des désagréments dans l’espace public et donc nourrit un sentiment diffus d’insécurité, voire simplement de gène tenace et d’incongruité — , va se propager à travers le globe à une vitesse foudroyante.
Et avec elle la rhétorique militaire de la «guerre» au crime et de la «reconquête» de l’espace public, qui assimile les délinquants (réels ou imaginaires), sans abris, mendiants et autres marginaux à des envahisseurs étrangers — ce qui facilite l’amalgame avec l’immigration, toujours payant électoralement dans les pays balayés par de forts courants xénophobes —, autrement dit à des éléments allogènes qu’il est impératif de purger du corps social.

(...) Pour les membres de classes populaires refoulés aux marges du marché du travail et abandonnés par l’État charitable qui sont la principale cible de la politique de « tolérance zéro », le déséquilibre grossier entre l’activisme policier et la débauche de moyens qui lui est consacré, d’une part, et l’encombrement des tribunaux et la pénurie aggravée de ressources qui les paralyse, de l’autre, a toutes les allures d’un déni de justice organisé.

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Mis à jour ( Mardi, 12 Décembre 2006 10:48 )  

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