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Le désarroi des conseillers Pôle Emploi

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Effectifs en moins, travail en plus : les agents se plaignent de ne pouvoir remplir leur mission de service public. Les grèves à répétition traduisent leur désarroi.

Les indices du malaise qui règne à Pôle Emploi sont sérieux et concordants. Les grèves contre les réductions d'effectifs se multiplient. Il y en a eu à Clichy, Gennevilliers, Levallois-Perret, Asnières (Hauts-de-Seine), Sarcelles, Herblay (Val-d'Oise), Chennevières-sur-Marne (Val-de-Marne) jeudi 24 mars. D'autres sont prévues dans les agences de Provence-Alpes-Côte d'Azur jeudi 31 mars.

Le nombre des arrêts maladie augmente dans des proportions que Philippe Sabater, responsable du syndicat Snutefi-FSU, juge "importantes" . En Ile-de-France, longues maladies, mi-temps thérapeutiques, rechutes de dépression ou eczémas attestent aussi de la souffrance au travail...

"Comment croire qu'en 2011 nous pourrons, avec des effectifs toujours plus restreints, répondre aux objectifs à la hausse fixés sans discernement ?", ont écrit à la direction générale les neuf syndicats de Pôle Emploi en Languedoc-Roussillon, avant de déposer un préavis de grève pour le 4 avril et de boycotter les instances représentatives du personnel.

La suppression de 1.800 emplois en 2011 pour cause de restrictions budgétaires ne passe pas du tout. "On arrive encore à faire face, témoigne Chantal (son prénom a été modifié pour la protéger). Mais demain, quand nous devrons, comme la direction l'a annoncé sans crier gare, répondre aux demandes de 25% de demandeurs d'emploi supplémentaires, comment ferons-nous ?" "Soit on devient totalement cynique. Soit on veut continuer à bien faire et cela devient de plus en plus problématique. C'est très dur à vivre", ajoute cette ancienne de l'Agence nationale pour l'emploi (ANPE).

La réduction des effectifs, le non-remplacement des salariés absents ou partant à la retraite placent ceux qui restent dans des situations impossibles. Certaines agences franciliennes sont sinistrées. Celle de Longjumeau (Essonne) compte 21 conseillers dont 8 suivent chacun plus de 200 demandeurs d'emploi. A Gonesse (Val-d'Oise), 21 sur 46 sont dans ce cas, 6 conseillers ayant même en charge plus de 300 chômeurs chacun. A Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), 3 conseillers sur 29 sont dans ce dernier cas. On est loin de l'objectif assigné par le gouvernement à Pôle emploi : 60 chômeurs par conseiller. Dans cette dernière agence, située dans un environnement économique et social difficile, l'entretien d'une demi-heure qui doit être fait dans le cadre du suivi mensuel personnalisé a été ramené à vingt minutes.

La greffe prend mal

"La qualité des services que nous rendons aux chômeurs s'en ressent. Et parallèlement, nous n'avons plus le temps d'aller voir les employeurs, de maintenir le contact avec eux pour collecter des offres. Notre métier s'appauvrit", se désespère Camille.

Pôle Emploi est né en 2008 de la fusion de l'ANPE, qui place les chômeurs, et de l'Unedic, qui les indemnise. L'objectif était de simplifier la vie des demandeurs d'emploi. Mais dans cette agence de l'Ouest parisien, la greffe avec les anciens de l'Unedic prend mal. "Ils s'occupent des demandeurs d'emploi indemnisés. Et nous demandent de placer au plus vite les plus aisés, qui coûtent le plus cher. On peut comprendre cette logique professionnelle, mais elle pose une question d'égalité républicaine. Que deviennent les chômeurs non indemnisés, les plus éloignés de l'emploi et les plus fragiles ?", s'interroge la jeune femme.

Pour réduire ses coûts, Pôle Emploi va ramener de 1.200 à 800 le nombre de ses agences de proximité. Le 15 mars, les agents de Chennevières ont écrit aux élus locaux pour les alerter. "L'agence ne recevra plus les demandeurs d'emploi que sur rendez-vous", regrettent-ils. Pour pouvoir entrer librement dans une agence, les chômeurs devront se rendre à Sucy-en-Brie, à plusieurs kilomètres...

Les plates-formes d'accueil téléphonique — 3949 pour les demandeurs d'emploi, 3995 pour les entreprises — sont "catastrophiques", assure M. Sabater. "Elles déshumanisent les rapports avec les usagers, observe-t-il. C'est une mise à distance contraire à l'éthique du service public. Il faut rapprocher, et non pas éloigner". Pour pallier cet éloignement, Pôle emploi installe des bornes d'autodélivrance des services. Oubliant au passage qu'elles rebutent une partie des publics.

"Je ne sais pas jusqu'à quand on tiendra, s'inquiète M. Sabater. Les conseillers ne se voient pas, contrairement aux vœux de la direction, en conseillers clientèle préparant des entretiens formatés avec un outil informatique raffiné." Compte tenu des personnes qui frappent à la porte de Pôle Emploi, de leurs trajectoires chaotiques, de la morosité du marché du travail et des injonctions du gouvernement, qui pourrait leur en vouloir ?

(Source : Le Monde)


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Mis à jour ( Mardi, 26 Avril 2011 08:23 )  

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