Actu Chômage

mardi
7 avril
Taille du texte
  • Agrandir la taille du texte
  • Taille du texte par defaut
  • Diminuer la taille du texte
Accueil Social, économie et politique Un Nobel d'économie qui invente l'eau tiède

Un Nobel d'économie qui invente l'eau tiède

Envoyer Imprimer
Pour combattre le chômage de longue durée, l'un des trois gagnants du "prix de la Banque de Suède" 2010 conseille de limiter l'indemnisation à un an et propose que l'Etat subventionne de «vrais» emplois afin que les chômeurs restent actifs… Consternant.

Hier, Christopher Pissarides participait à une conférence à Stockholm sur "les conséquences de la crise économique sur le marché du travail". Cet expert britanno-chypriote de 62 ans, professeur à la prestigieuse London School of Economics et récompensé le mois dernier avec deux Américains, a enfilé les perles.

«Je conseille fortement aux gouvernements de ne pas laisser s'installer le chômage à long terme en offrant directement des emplois subventionnés aux chômeurs après neuf à douze mois de chômage», a-t-il déclaré.

«L'expérience professionnelle est une très bonne chose pour les chômeurs» (ça, on s'en doute !). «Mais cette expérience devra être un vrai emploi productif, pas un emploi inventé simplement pour forcer les gens à sortir de chez eux», a précisé l'économiste.

Et de suggérer que «l'Etat pourrait, par exemple, subventionner des emplois pour remplacer les femmes parties en congé maternité. On dit : "Voilà un emploi productif". Si le chômeur dit "Non, je n'en veux pas", c'est comme s'il disait "Oui, je suis disponible pour un emploi mais je n'en veux pas"». Ouh, le vilain !

Et de poursuivre : «En période de récession, vous pouvez bien sûr rallonger un peu la période [d'indemnisation chômage] parce qu'il n'y a pas assez d'emplois, mais pas trop. Vous pouvez l'allonger jusqu'à un an, mais je serais inquiet si elle était rallongée sans condition au-delà de 12 mois».

Et de conclure : «Je ne crois pas que les allocations chômage doivent être données aux gens qui de façon générale ne veulent pas d'un emploi. Elles doivent être données aux gens qui veulent un emploi, mais n'en trouvent pas». Ça alors, quelle évidence !

Voici un homme qui, en tant que co-lauréat du douteux "prix de la Banque de Suède" qu'Alfred Nobel n'a jamais cautionné, vient d'empocher une récompense de 10 millions de couronnes suédoises, soit 1.075.000 €. Ça fait cher l'ineptie...

En France, où le chômage est encore indemnisé 24 mois maximum, 36 mois pour les plus de 50 ans, il faut tout de même rappeler que c'est l'Etat qui détruit le plus d'emplois. Dans ces conditions, comment voulez-vous qu'il fasse marche arrière ? Quant aux contrats aidés qu'il subventionne grassement afin de remplacer les emplois pérennes qu'il a supprimés dans le secteur public afin de réaliser des économies de bouts de chandelles, ce sont des jobs précaires/jetables, à temps partiel et sous-payés qui déresponsabilisent les employeurs.

M. Pissarides entretient l'image du chômeur profiteur et fainéant. Or, 99% des chômeurs veulent travailler mais actuellement, dans un contexte de précarisation structurelle, la majorité d'entre eux ne retrouve pas l'emploi qui leur permettrait de vivre et de se projeter. Donc, si ces «gens» méritent bien l'indemnisation pour laquelle — on le rappelle — ils ont cotisé, il ne faut pas non plus s'étonner que certains se découragent à force d'être rejetés. Et ce n'est jamais de gaité de cœur qu'on se retrouve à l'ASS ou au RSA.

Par ailleurs, M. Pissarides oublie que si le chômeur a le devoir de travailler, même gratuitement sous peine de radiation, l'Etat et les entreprises ont toujours le droit de détruire des emplois et de ne pas en créer : cherchez l'erreur !

M. Pissarides entretient la fausse idée que s'il y a du chômage, c'est de la faute aux allocations. Or, depuis le développement du chômage à partir des années 80, le montant et la durée d'indemnisation dans les pays riches n'a jamais cessé de baisser, sans incidence positive sur le chômage de masse. Au contraire, réduire la qualité de l'indemnisation est la porte ouverte au déclassement professionnel généralisé, maux dont se plaint l'Allemagne qui, après avoir appauvri et maltraité ses chômeurs, s'inquiète désormais d'une pénurie de main d'œuvre qualifiée.

Une chose est sûre : les conseilleurs ne sont les payeurs. Pendant que cet expert chèrement indemnisé brasse du vent en débitant ses préconisations à deux balles, des millions de «gens» pleins de bon sens et de qualités croupissent, eux, dans l'inactivité forcée et dans la misère. Si ce n'est pas pathétique ! On ne peut que conseiller à Monsieur Pissarides d'empocher son million et de prendre sa retraite.

SH
Mis à jour ( Mercredi, 10 Novembre 2010 01:33 )  

Commentaires 

 
0 # superuser 2010-11-19 12:40 Ce que je trouve affligeant et, pour tout dire, triste, avec le prix “Nobel” de cette année, c’est que tant d’intelligence soit consacrée à des choses aussi stupides.

Une part énorme de la recherche économique contemporaine est utilisée pour amender un modèle canonique, fondamental, central, qui a la particularité d’être faux. (…) Les lauréats de cette année commettent une erreur monstrueuse, qui consiste à penser que le chômage trouve sa solution sur le marché du travail. Pour eux, lutter contre le chômage, c’est affaire de durées et de montants d’allocations chômage, de subventions à l’emploi, de législation sur les licenciements, etc., etc.

Et la technologie, camarade ? Le monde est-il le même aujourd’hui que dans les années 1960 ? Dans ces travaux, qui se revendiquent comme a-historiques, oui. Et la finance, messieurs ? Ah bah il n’y a pas dans notre modèle, qui est “réel”, c’est-à-dire qu’il se place dans un monde où… la Bourse n’existe pas ! Et la mondialisation ? Non plus. Et la politique économique ? Non plus. Etc., etc.

Ce qui est grave politiquement et faux empiriquement, c’est la revendication des lauréats à pouvoir traiter un problème comme le chômage en situation d’“équilibre partiel”, c’est-à-dire en isolant le “marché du travail” - lui-même représenté d’une manière très particulière - du reste de l’économie. Le caractère erroné de cette démarche a été démontré par Keynes et par une multitude de travaux, empiriques et théoriques, depuis.

Mais la science économique est cette discipline très bizarre où l’orthodoxie ne meurt jamais. Tous les travaux alternatifs ont été disqualifiés, et même purement et simplement erronés, parce qu’ils ne reposent pas sur les hypothèses délirantes de la théorie néo-classique. Même fausse, même inutile, l’orthodoxie néo-classique continue à prospérer. Elle ne s’était effondrée dans les années 1930 qu’avec la disparition du capitalisme. Manifestement, tant que ce système sera debout, la science économique continuera à produire des travaux au mieux indifférents, et le plus souvent franchement contraires à la poursuite du bien commun, ne serait-ce que parce qu’ils nous empêchent de réfléchir sérieusement aux problèmes qui nous occupent. Quelle tristesse.

Gilles Raveaud, économiste
Répondre | Répondre avec citation |
 

Votre avis ?

Que vous inspire la crise sanitaire Covid-19 ?
 

Zoom sur…

 

L'ASSOCIATION

Présentation de l'association et de sa charte qui encadre nos actions et engagements depuis 2004.

 

ADHÉRER !

Soutenir notre action ==> Si vous souhaitez adhérer à l’association, merci de le faire par mail en copiant-collant le bulletin d’adhésion ci-dessous, en le remplissant et en...

 

LES FONDATEURS

En 2004, une dizaine de personnes contribuèrent au lancement de l'association. Elles furent plusieurs centaines à s'investir parfois au quotidien ces 16 dernières années. L'aventure se pou...