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La grande braderie de l’«insertion» a commencé !

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A cause de la crise, le chômage de longue durée explose: +31,4% en un an (soit 35,3% du total des inscrits à Pôle Emploi, soit 1,6 million de personnes dont 675.000 seniors). On le sait, plus on reste longtemps au chômage, plus les chances d'intéresser les recruteurs s'amenuisent et le piège se referme. Discriminés, fragilisés et sujets à la coercition croissante des administrations auxquelles ils ont affaire, ces «publics éloignés de l’emploi» contre leur gré, qualifiés ou non, sont une aubaine pour les entreprises qui peuvent déjà les employer à très bas coût grâce aux contrats aidés. Mais cela ne suffit pas. Certaines, visionnaires et soi-disant «désireuses de s’impliquer en faveur de l’insertion», envisagent des dispositifs dont le but inavoué est de profiter plus longuement et largement d'une main-d'œuvre bradée. Dans un article du 10 mai, Miroir social nous met la puce à l'oreille. Extraits :

L’AFMD (Association Française des Managers de la Diversité) et SFR [1] ont organisé le 4 mai une table ronde afin de présenter les conclusions de la commission de travail «Insertion professionnelle des publics éloignés de l’emploi».

À cette occasion, Martin Hirsch (président de l’Agence du service civique), Yves Censi (président du Conseil national de l’insertion par l’activité économique et Député de l’Aveyron) et Jean-Baptiste de Foucauld (président fondateur de SNC - Solidarités nouvelles face au chômage) ont débattu des actions nécessaires pour faire progresser la cause de l’insertion [2].

(...) «Avec cette commission de travail, nous avons souhaité aider les entreprises à mettre en place des dispositifs concrets en faveur de l’insertion professionnelle des personnes éloignées de l’emploi et développer les passerelles avec les acteurs de l’insertion», explique Antonella Desneux, directrice de la citoyenneté et de l’innovation sociale de SFR et pilote de la commission insertion de l’AFMD.
«Les récents travaux de l’association sur la mesure de la diversité en entreprise prouvent que la diversité constitue un réel avantage compétitif. (…) Les grands exclus n’ont pas cette chance; ils sont plus de 5 millions de sans-voix à être si éloignés de l’emploi que l’entreprise ne s’en préoccupe pas. Il est temps d’en prendre conscience et de permettre aux organisations qui le souhaitent d’agir en faveur de leur insertion», commente Soumia Malinbaum, président de l’AFMD.

Les travaux de la commission de travail de l’AFMD (…) ont mis en avant une série de 10 propositions concrètes, destinées notamment aux pouvoirs publics.

Les 10 propositions

1. Permettre la mise à disposition de main-d’œuvre d’entreprises d’insertion aux entreprises ordinaires. Encourager les mises à disposition à but non lucratif en milieu ordinaire de personnes en contrat d’insertion.
2. Prendre en compte le temps passé en entreprise ordinaire pour prolonger d’autant l’agrément de 2 ans et permettre la poursuite du parcours d’insertion.

3. Accorder une attention particulière aux seniors en parcours d’insertion. Permettre la prolongation jusqu’à 5 ans des contrats d’insertion des seniors en fin de carrière et déjà en parcours d’insertion pour ne pas imposer un retour compromis en milieu ordinaire.
4. Sur le modèle de l’Agefiph (fonds pour l'insertion professionnelle des personnes handicapées) et suite aux nouvelles obligations d’emploi des seniors, avec les fonds qui seront constitués par les pénalités versées par les entreprises qui n’ont pas encore engagé de politique d’emploi des seniors, contribuer au financement des structures accueillant des seniors en parcours d’insertion.

5. Expérimenter et faciliter la combinaison entreprise adaptée/entreprise d’insertion. Accompagner une expérimentation de combinaison entreprise d’insertion/entreprise adaptée pour lever les éventuels freins juridiques et financiers et promouvoir cette possibilité en cas de réussite.
6. Envisager un dispositif incitatif pour que les entreprises recourent davantage aux entreprises d’insertion au même titre que le secteur protégé.

Propositions transversales :
7. Favoriser le soutien direct des entreprises aux structures d’insertion (par le mécénat ou autres mesures incitatives), par exemple pour financer des prestations d’accompagnement en complément de ce qui est prévu dans ces structures ou en fin de parcours d’insertion, ou pour contribuer directement aux projets portés par les entreprises d’insertion par le mécénat de compétences.
8. Soutenir financièrement les recrutements par les entreprises en CDI de personnes à l’issue de leur parcours d’insertion, selon un système progressif (première partie de l’aide versée à la signature du CDI, l’autre un an plus tard) pour éviter tout effet d’aubaine et garantir un retour durable à l’emploi.
9. Ouvrir le 1% logement aux prestataires de l’insertion du choix des entreprises contributrices.
10. Sur le modèle de la clause sociale prévue pour les marchés publics, encourager l’étude et le développement d’un dispositif similaire pour les entreprises privées. [3]

(Source : Miroir social)

[1] L'AFMD comprend 7 membres, et pas des moindres : SFR, Adecco Groupe France, L’Oréal, Elior, France Telecom-Orange, Schneider Electric et Vinci. De grosses entreprises que l'on sait très éthiques et charitables...

[2] Remarquez cette belle brochette d'institutionnels : le premier aux manettes, toujours dans les bons coups, est le célèbre papa du désastreux RSA (qui est pire que le RMI); le deuxième un député… UMP; et le troisième un très consensuel président-fondateur d'une gentille "ANPE-bis" qui n'a jamais eu vocation à défendre les chômeurs.

[3] Remarquez comment «les grands exclus» sont, finalement, toujours traités comme une catégorie à part : des inadaptés (au même titre que les handicapés, alors que c'est le marché du travail qui les a durablement rejetés) qu'il faut, bien sûr, «réinsérer»... Après t'avoir éjecté, discriminé, ignoré puis brisé socialement et psychiquement, moi, le gentil patron épris de sens moral, j'ai pitié de toi et vais te redonner ta chance contre un statut archi-minimum : on pense à La Stratégie du choc de Naomi Klein.
Remarquez comment, sous couvert d'insertion professionnelle, cette nécessaire «diversité» (la cohabitation en «milieu ordinaire» des «grands exclus» avec ceux qui ne le sont pas… ou moins), qui «constitue un réel avantage compétitif», induit :
— d'assouplir les règles (juridiques et surtout financières),
— d'en tirer des subsides (incitations, aides, primes à l'embauche…),
— d'offrir l'accès à cette «main-d’œuvre» au plus grand nombre d'entreprises «ordinaires»,
— d'allonger les «parcours» (car, comble du cynisme, sous couvert de «ne pas imposer un retour compromis en milieu ordinaire» - comme c'est délicat de leur part… -, il faut en réalité les maintenir le plus longtemps possible dans ces dispositifs afin de prolonger les avantages que vont en tirer ces entreprises si bienfaisantes !)

Travailler normalement, en «milieu ordinaire», n'est-ce pas ce que «les grands exclus» souhaitent ?
Mais faire travailler les gens “normalement” et dignement n'intéresse ni le patronat, ni ses complices. Il y a tant d'autres filons à exploiter.
Cette crise, quelle bénédiction. Vive la crise !

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Mis à jour ( Mardi, 08 Juin 2010 14:07 )  

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