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Accueil Social, économie et politique L'Etat, vache à lait de Mittal ?

L'Etat, vache à lait de Mittal ?

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Nicolas Sarkozy a annoncé ce matin que «l'Etat est prêt à prendre en charge tout ou partie des investissements nécessaires» pour pérenniser l'aciérie d'Arcelor Mittal de Gandrange (Moselle), où la direction envisage la disparition de 595 des 1.108 emplois du site.

«Soit nous arrivons à convaincre Lakshmi Mittal, le patron d'Arcelor Mittal, et nous investirons avec lui, soit nous trouvons un repreneur et nous investirons avec lui», a expliqué un président en panne de popularité devant des sidérurgistes anxieux.

Des promesses, encore des promesses ? Lors du rachat d'Arcelor par le géant Mittal Steel, en 2006, le groupe avait certifié que cette fusion respecterait «totalement les engagements sociaux et industriel d'Arcelor. Il n'y aura pas de plan de restructuration, de licenciements collectifs ou d'autres plans de réduction de personnel chez Arcelor en Union européenne à la suite de l'intégration de Mittal et Arcelor»... Nicolas-Sarkozy-Notre-Sauveur osera-t-il rappeler cet engagement à M. Mittal ? Non : un président bling-bling ne peut que s'aplatir devant la 5e fortune mondiale.

Que l'Etat, dans un bel élan de patriotisme économique, vienne à la rescousse et lâche quelques millions pour sauver une entreprise et ses emplois, en voilà un geste qu'il est beau. Pourtant, on nous a déjà dit que «les caisses sont vides», que «la France est en faillite»... Qu'à cela ne tienne ! L'homme d'affaires indien, à la tête du géant mondial de l'acier, s'en tire à bon compte : au lieu de le mettre devant ses responsabilités, Nicolas Sarkozy l'en exonère et préfère piocher… dans l'argent public. Le magnat de l'acier n'a plus qu'à se frotter les mains : bien qu'il soit immensément riche, ce n'est pas lui qui va mettre la main à la poche… mais nous ! D'ailleurs, n'importe quel patron bénéficiaire et milliardaire peut décider de procéder à des licenciements massifs : l'Etat, servile complice, sera toujours là pour payer les pots cassés. Et tandis qu'on reproche aux chômeurs et aux RMIstes d'être des assistés responsables de leur situation, on continue à dérouler le tapis rouge aux Lakshmi Mittal de la planète.

«Le capitalisme privatise les gains et mutualise les pertes», disait Karl Marx. On le voit nettement aujourd'hui : les profits - de plus en plus colossaux - sont très peu, voire pas du tout redistribués mais, en cas de pépin, c'est toujours à la collectivité d'assumer les erreurs ou les choix d'un système dont on nous prône l'universelle légitimité. C'est dès le plus jeune âge qu'on nous serine que ceux qui travaillent dur et prennent des risques bien calculés gagnent beaucoup d'argent, et que ceux qui sont fainéants ou prennent des risques inconsidérés n'ont qu'à s'en prendre à eux-mêmes. Or, dans la réalité, ce sont bien ceux qui travaillent le plus dur - et qui gagnent le moins - qu'on n'hésite pas à trahir et à sacrifier tandis que ceux qui "prennent des risques" comme ils jouent au Monopoly - et sans suer une seule goutte - savent qu'un confortable matelas viendra toujours leur sauver la mise.

Alors oui, plus que jamais les profits sont privatisés et les risques socialisés (et surtout pas l'inverse). Mais les libéraux décomplexés - dont Nicolas Sarkozy est l'emblème - continuent à nous dire qu'il faut moins d'Etat. Sauf que l'Etat reste le bienvenu pour servir de vache à lait à ces messieurs, que ce soit en exonérations de "charges", en aides publiques ou comme bouée de sauvetage. La question est récurrente : que ce soit en France ou ailleurs, on se demande encore et toujours... mais...
... qui sont les vrais assistés ???

PS : Arcelor Mittal, n°1 mondial de l'acier, a publié mercredi 13 février son premier exercice intégral depuis la fusion de juin 2006. Exercice qui affiche un bénéfice net record de 10,36 milliards de dollars (7,5 milliards d'euros) pour 2007, soit une progression de 30% sur un an.

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Mis à jour ( Lundi, 04 Février 2008 13:43 )  

Commentaires 

 
0 # superuser 2008-02-04 15:45 Suite à la visite-éclair du président de la République, Edouard Martin, délégué CFDT au comité de groupe européen d'Arcelor Mittal, n'a pas caché sa circonspection vis-à-vis de cette possible aide de l'Etat français.

«C'est surprenant, c'est le moins qu'on puisse dire. Il a tenu non pas un discours de président, mais un discours de syndicaliste. Après Sarko "Super Zorro", c'est Sarko "Super Délégué Syndical" ! Sur la forme, il a été très bon, en insistant sur le fait qu'un pays a besoin d'usines et d'une économie industrielle. Ça nous change des discours de Christine Lagarde ou d'Hervé Novelli, qui se faisaient l'écho de M. Mittal en nous disant que tout le monde serait reclassé.

Sur le fond, on reste dubitatifs et attentifs à ce qui va être fait. Trois questions se posent. D'abord, est-ce que les caisses de l'Etat sont vides, oui ou non ? J'avais cru comprendre qu'elles l'étaient, notamment sur la question du pouvoir d'achat. Ensuite, quand bien même il trouverait des fonds, a-t-il le droit de les investir dans une entreprise privée ? Il nous a laissé entendre qu'il y avait peut-être un stratagème pour éviter les fourches de Bruxelles… Troisième question : est-il normal de donner des fonds à un groupe qui devrait dégager 8 milliards d'euros de bénéfices nets en 2007 ?

Maintenant, on attend et on le jugera sur ses actes. On va le tenir comptable de ses propos et surveiller que cela se traduit dans les faits. Ce qu'on ne veut pas, c'est qu'il se soit pas payé à bon compte un regain de santé médiatique sur le dos des salariés d'Arcelor Mittal.»


Les déficits enregistrés depuis deux ans à Gandrange s'élèvent à 20 millions d'euros en 2006 et 36 millions d'euros en 2007 pour… 1 milliard d'euros de chiffre d'affaires. La CFDT dénonce le manque d'investissement dont a souffert le site, affirmant que sa mise à mort a été programmée à partir de 2004. Elle pointe du doigt la faiblesse des investissements et le manque d'anticipation dans le remplacement des départs en retraite qui aurait entraîné une importante perte de savoir-faire. Elle considère que pour remettre Gandrange à flot, il faut injecter immédiatement 25 à 30 millions dans l'aciérie, réduire le nombre de références et investir dans la formation. D'ailleurs, les syndicats doivent présenter d'ici avril un contre-projet industriel.
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0 # superuser 2008-02-04 18:02
Il y a cent cinquante ans, Karl Marx prédisait que le capitalisme moderne serait incapable de produire une répartition acceptable des revenus. La richesse allait augmenter, disait-il, mais en ne bénéficiant qu'à une minorité. La masse des misérables irait grossissant. Cette situation provoquerait révoltes et révolutions, aboutissant à un nouveau système, plus juste, plus efficace et plus égalitaire. Depuis, la plupart des économistes ont gagné leur vie à expliquer pourquoi Marx s'était trompé. Certes, à ses débuts, la révolution industrielle est toujours associée à une montée rapide des inégalités. L'agressivité et l'esprit d'entreprise sont récompensés et les prix du marché flambent, dictés par la rareté de quelques compétences clefs.

[…] De plus en plus, les voix des piliers de l'establishment rejoignent celles des critiques les plus sévères. Ainsi Martin Wolf, l'éditorialiste du Financial Times, a récemment dénoncé les très grandes banques car elles ont un «talent extraordinaire pour privatiser les gains et socialiser les pertes… et se draper d'une juste colère si le gouvernement ne vient pas immédiatement à leur aide lorsqu'elles sont confrontées à des difficultés (bien méritées). (…)» Il craint que le système financier «ne détruise quelque chose de bien plus important encore, à savoir la légitimité politique de l'économie de marché elle-même».

SOURCE
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0 # superuser 2008-02-04 19:29 Pour la petite histoire, rappelons qu'Arcelor Mittal a également des sites en Roumanie, où la main d'œuvre est moins chère et où Nicolas Sarkozy s'est rendu le jour-même afin de "redynamiser" les relations franco-roumaines.

Le président français Nicolas Sarkozy est arrivé lundi à Bucarest, pour une visite de quelques heures. Dans une interview donnée au quotidien roumain Evenimentul Zilei, il s'était donné pour mission de resserrer les liens entre les deux pays : "Il y a entre la France et la Roumanie une relation forte et ancienne qui puise sa force dans une grande proximité historique et culturelle. Je veux que cette relation soit redynamisée. Il nous faut maintenant franchir une étape supplémentaire dans notre partenariat avec la Roumanie", avait expliqué le chef de l'Etat.

Un partenariat stratégique

Cette "étape supplémentaire" doit se traduire par la signature d'un "partenariat stratégique", le premier signé par la France avec un pays d'Europe centrale. Selon Nicolas Sarkozy, cela implique "le renforcement de notre dialogue politique, de nos échanges économiques, de notre coopération en matière de sécurité et de défense, de nos partenariats scientifiques et universitaires". "Je souhaite que nous intensifions notre dialogue dans le cadre de l'Union européenne (…) notamment sur des dossiers sensibles tels que la politique énergétique, la politique européenne de défense et de sécurité ou encore la réforme de la Politique agricole commune", avait-il précisé.

Ces dossiers, avec l'adoption d'un "pacte européen sur l'immigration", font partie de ceux que Nicolas Sarkozy compte mettre en exergue lors de la présidence française de l'UE, au second semestre 2008.

(Source : Nouvel Obs)
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0 # superuser 2008-02-08 11:17
Alternatives Economiques nous explique pourquoi c'en est une…

Sarkozy à Gandrange : les limites du volontarisme industriel
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