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Accueil Mobilisations, luttes et solidarités Vers un nouveau 21 Avril ?

Vers un nouveau 21 Avril ?

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Un communiqué de François COLCOMBET, président de la C6R, et Nicolas DELAUNAY, responsable de la C6R-Ile de France.

«Comment éviter un nouveau 21 avril ?», s’interrogent légitimement Guy Carcassonne et Olivier Duhamel dans Le Monde du 8 mars. En fait, leur tribune aurait tout aussi bien pu s’intituler «Comment sauver la Vème République ?»…

On est frappé, en effet, par l’absence de toute analyse politique de fond sur les raisons même du 21 avril 2002 et sur les conséquences de cet événement sur l’ensemble de notre système politique. Ou plutôt, on décèle dans leur propos la résurgence de la fameuse thèse de «l’accident» ou du manque de responsabilité civique dont aurait fait preuve un certain nombre d’électeurs de gauche, et qui aurait provoqué l’élimination du candidat socialiste dès le premier tour. Ainsi il suffirait, pour répondre à cette situation, de mettre en œuvre un simple ajustement technique, une simple révision de l’article 7 de la constitution, nous indiquent nos deux juristes qui proposent – attention, restez concentrés - la création d’un «tour intermédiaire» si moins de deux candidats ont réuni chacun 20% des suffrages exprimés au premier tour, et auquel pourraient concourir les quatre candidats qui ont obtenu le plus de suffrages.

L’inventivité de nos deux éminents constitutionnalistes n’est guère contestable et mérite d’être saluée. Mais pour être ingénieuse, leur proposition aura tout de même du mal à ne pas apparaître pour ce qu’elle est : une tentative désespérée et un peu dérisoire de rafistolage d’un système politique à bout de souffle et dont on voit bien qu’il prend l’eau de toute part.
Que le seuil de qualification à un second tour de l’élection présidentielle se situe désormais autour de 15 ou 16% pose assurément un grave problème démocratique dans la mesure où elle ne nous met pas à l’abri de devoir un jour choisir entre deux candidats extrémistes. Elle a également de lourdes conséquences en matière d’exercice du pouvoir, car un candidat élu président avec le soutien au premier tour de moins d’un électeur sur dix voit évidemment sa légitimité remise plus rapidement en question, et sa capacité de mener des réformes gravement amoindrie.

Mais ces questions profondes ne peuvent se régler par un espèce de tour de passe-passe ou le maniement habile du mécano institutionnel. Poussons le raisonnement de Guy Carcassonne et d’Olivier Duhamel jusqu’à l’absurde : dans l’hypothèse où nos quatre prétendants qualifiés pour le tour intermédiaire obtiendraient chacun aux alentours de 25%, faudra-t-il alors instaurer un tour supplémentaire pour éviter de nouveaux «accidents» lors du tour final ?

Il serait en vérité plus honnête intellectuellement de reconnaître que le 21 avril 2002 traduit un profond rejet par les Français de notre système politique et qu’il appelle sa refondation profonde. Dommage que nos deux auteurs rejettent toute réflexion approfondie à ce sujet et évacuent en moins d’une phrase la question, en réalité centrale, de la place et du rôle que joue l’élection présidentielle dans nos institutions.
Les commentateurs avisés de la vie politique n’ont de cesse de nous rappeler l’attachement inoxydable de nos concitoyens à l’élection au suffrage universel direct du président de la République, traditionnellement présenté comme le socle de nos institutions. Mais cet attachement est-il aussi viscéral qu’on se plaît à le dire ? L’augmentation continue de l’abstention et de l’émiettement des votes lors de ce scrutin n’enfonce-t-elle pas un sérieux clou dans cette idée sans cesse rabachée et finalement jamais réellement discutée ? Les citoyens ne sont-ils pas de plus en plus nombreux à nous dire qu’ils en ont assez de cette parodie de débat démocratique qu’est devenue l’élection présidentielle, qui obéit davantage aux règles d’un concours de beauté ? Et, pour reprendre une analyse formulée récemment par Jérome Jaffré dans le Monde, l’émergence même du phénomène Ségolène Royal – sans préjuger en rien ni de sa pertinence, ni de sa pérénité - n’est-elle pas également le signe chez les citoyens d’une conception nouvelle de la façon de présider, moins monarchique, plus concrète, plus démocratique et plus modeste ?

Alors, que nos éminents spécialistes en droit constitutionnel le veuillent ou non, ce sera bien à ces questions qu’il faudra répondre dans les mois à venir si nous ne voulons pas revivre un nouveau 21 avril.

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Mis à jour ( Lundi, 13 Mars 2006 22:27 )  

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