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Denis Clerc démystifie le modèle social-libéral sarkozien

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Souhaitez-vous, Monsieur le ministre, que le tiers le plus défavorisé de la population travaille davantage tout en étant encore plus pauvre ?

«Le meilleur modèle social est celui qui donne du travail à tous, pas celui qui produit deux fois plus de chômeurs qu’ailleurs.» Le ton péremptoire, l’affirmation sans nuance, qui se veut iconoclaste, mais qui est surtout provocatrice : pas de doute, la phrase est bien de Nicolas Sarkozy. Prononcée aux journées portes ouvertes de l’UMP qu’il organisait les 19 et 20 novembre, elle est symbolique de cette nouvelle démarche libérale qui, plutôt que d’attaquer de front la protection sociale, s’avance masquée, en l’accusant d’inefficacité, voire de perversité.
Car comment ne pas approuver, au moins en partie, l’idée que le chômage est, pour le corps social, une plaie à vif qu’il convient, sinon d’éliminer, du moins de réduire en faisant en sorte que tout demandeur d’emploi puisse trouver ou retrouver rapidement un emploi convenable ? Sauf que ce n’est pas ce que déclare le président de l’UMP, qui parle de «travail pour tous», pas d’emploi convenable.

Manifestement, il a en tête l’exemple des Etats-Unis ou celui du Royaume-Uni. Dans les deux cas, le taux de chômage y est deux fois moindre qu’en France, respectivement à 5% et à 4,6%. Et, dans les deux cas, les dépenses de protection sociale y sont également moindres : en 2002, rapportées au produit intérieur brut (PIB), elles pèsent en effet 30,6% en France contre 27,8% au Royaume-Uni, et sans doute nettement moins de 25 % aux Etats-Unis (1). Conclusion sarkozyste : non seulement l’argent de la protection sociale ne fait pas le bonheur, mais il aggrave le chômage.

On savait Sarko gonflé, mais je ne pensais pas que ce soit à ce point. D’abord, parce que le sens de la liaison lui paraît évident, alors que c’est loin d’être le cas. Pardonnez-moi, Monsieur le ministre d’Etat, de vous paraître impertinent, voire casse-pieds, mais – si je peux me permettre – vous est-il arrivé de penser que ce pourrait être le niveau élevé du taux de chômage qui occasionne des dépenses sociales plus élevées de ce côté-ci de la Manche que de l’autre côté ? Mais surtout, avez-vous déjà eu l’occasion de regarder de près les chiffres, Monsieur le ministre d’Etat ? Pour votre gouverne, en voici quelques-uns.
En 2004, le seuil de pauvreté aux Etats-Unis pour une personne seule était de 9.645 dollars, soit de l’ordre de 8.000 euros annuels. On dénombrait alors 37 millions de personnes qui vivaient dans des familles dont le revenu total était inférieur à ce seuil : soit 12,7% de la population américaine. En France, malheureusement, les chiffres datent un peu : en 2002, 3,6 millions de personnes – soit 6% de la population – devaient vivre avec moins de 7.400 euros. Ce qui, grosso modo, représente un peu moins de 7.800 euros de 2004. Les données sont donc suffisamment proches pour qu’on puisse les comparer.

Souhaitez-vous que j’enfonce le clou, Monsieur le ministre ? Ce pays que vous admirez tant se paye le luxe – si j’ose dire – d’avoir deux fois plus de pauvres que chez nous, alors même qu’il compte deux fois moins de chômeurs et que le PIB par tête y est de 30% plus élevé. Au Royaume-Uni, la même année, 11% de la population vivait en dessous du seuil de pauvreté (2), d’un montant de 8.000 euros. Voilà donc deux pays qui donnent du travail à (presque) tous comme vous l’appelez de vos vœux. Deux pays qui, au surplus, ont un PIB par tête supérieur à celui de la France. Et qui, malgré cela, comptent proportionnellement plus ou moins deux fois plus de pauvres qu’ici.

Ne croyez pas que je veuille chanter cocorico : nous n’avons pas lieu d’être fiers du chômage, des discriminations et des injustices sociales qui gangrènent notre pays. La France connaît déjà en partie la dérive américaine : saviez-vous que 1,2 million de demandeurs d’emploi travaillent officiellement, mais pas assez pour sortir de la nasse ? Pour eux, davantage de travail et moins de protection sociale, c’est déjà le cas : demandez-leur ce qu’ils en pensent. J’essaye d’imaginer ce que notre pays deviendrait si la protection sociale y était au niveau américain, s’il n’y existait pas une couverture maladie universelle, des allocations familiales et des minima sociaux. Et, à supposer que cette réduction de la protection sociale permette de renouer avec le plein-emploi – ce qui reste à démontrer, Monsieur le ministre –, à supposer qu’elle permette de produire plus de richesses, le jeu en vaudrait-il la chandelle ? Souhaitez-vous vraiment que le tiers actuellement le plus défavorisé de la population travaille davantage tout en étant encore plus pauvre ? Si c’est cela, le «modèle» qui a votre faveur, alors dites-le clairement. Appelez-nous à verser «du sang, de la sueur et des larmes», comme le disait Churchill. Mais au moins, lui appelait à lutter contre la barbarie nazie, pas contre les fragiles barrières qui protègent partiellement de la pauvreté.

(1) Sans doute, car ces chiffres proviennent d’Eurostat, qui ne fournit pas de données pour les Etats-Unis. Comparer les prélèvements obligatoires de sécurité sociale (ce que fait l’OCDE) n’aurait pas grand sens, dans la mesure où certaines fractions de la protection sociale ne sont pas considérées comme des prélèvements obligatoires aux Etats-Unis, car il s’agit d’engagements conventionnels.
(2) Il s’agit, pour la France comme pour le Royaume-Uni, du taux de pauvreté mesuré à partir d’un seuil fixé à 50% du revenu médian.

(Source : Alternatives Economiques)

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Mis à jour ( Jeudi, 08 Décembre 2005 20:53 )  

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