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Chômeurs et précaires : On se moque de nous !

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En avril, Actuchomage entame son huitième mois d’activité. Huit mois à relayer, commenter et parfois analyser l’actualité de l’emploi et du chômage. Huit mois à compiler patiemment les informations parues, vues et entendues ici et là, et les déclarations émanant de tout bord. Huit mois à décrypter les mesures annoncées, celles qui sont mises en œuvre et celles qui ne verront jamais le jour. Huit mois à dénoncer les effets d’annonce, les omissions et les mensonges.

Nous avons aujourd’hui sous les yeux un concentré de tout ce qui a été prononcé et entrepris ces 8 derniers mois. Et quel bilan pouvons-nous tirer de cette activité quotidienne, minutieuse et… bénévole ? Il peut se résumer à une phrase : Chômeurs/précaires, on se moque de nous, on nous méprise !
Rapide retour en arrière :

• Le scandale des Recalculés

Tout a commencé pour nous avec l’affaire des Recalculés, gagnée quand le gouvernement a réintégré dans leurs droits les 800.000 personnes concernées par cette mesure scélérate du «recalcul des Assédic» entérinée par François Fillon, ministre du Travail à l’époque.
Pourtant, aujourd’hui, l’Unedic poursuit la bataille en portant l’affaire devant la Cour de cassation, contre les Recalculés de Marseille qui furent les premiers à brandir l’étendard de la révolte en gagnant leur procès en première instance et en Appel.
Comment expliquer cet acharnement juridique de l’Unedic (dont les frais sont supportés par les cotisations de tous les salariés) alors que le gouvernement a tranché, si ce n’est la volonté de «rappeler» aux chômeurs qu’ils doivent rester à leur place et subir sans jamais se révolter (notons que les chômeurs, premiers concernés par la gestion de l’Unedic, ne sont pas représentés au Conseil d’administration de cet organisme paritaire qui accuse 12 milliards d’euros de déficit cumulé). Recalculés, en savoir plus ?

• ASS, la promesse non tenue de Chirac !

Puis il y a l’annonce de Jacques Chirac, le 1er avril 2004 face aux caméras de télévision, de suspendre la réforme de l’ASS (Allocation spécifique de solidarité), un engagement solennel prononcé devant des millions de Français au lendemain de la débâcle des élections régionales. Malgré cette promesse présidentielle, la réforme est appliquée et des milliers de bénéficiaires ont vu leur allocation réduite (de 13 euros par jour à 4 euros) quand ils n’ont pas été purement et simplement radiés de ce dispositif, basculant ainsi au RMI (dans le meilleur des cas). ASS, en savoir plus ?

• Taux de chômage : Une sous-évaluation mensongère

Et que dire de ce taux de chômage (de catégorie 1) qui, selon l’Insee, est à 10% depuis octobre 2003 alors que Jean-Pierre Raffarin et Jean-Louis Borloo annoncent sur tous les toits sa «stabilisation» et clament sa décrue (J.-P. Raffarin s’est engagé à le faire reculer de 10% en 2005). Résultat ? Le chômage était à 10,1% en janvier 2005, et les derniers chiffres sont tombés ce matin (le 31/03/05) : + 12.800 demandeurs d’emploi en février !!! Chômage sous-évalué, en savoir plus ?

Tout un contingent d’autres indicateurs clignotent dans le rouge : celui de la précarisation généralisée, avec un accroissement constant des «petits boulots mal payés», des missions de courte durée (qui sortent pour un temps des centaines de milliers de demandeurs d’emploi des «statistiques officielles»), et l’apparition de cette nouvelle et infamante catégorie socio professionnelle : les travailleurs pauvres et les SDF qui travaillent mais qui ne gagnent pas assez pour «se payer» un logement !
Et voilà que le nombre de Rmistes a augmenté de 10% en un an, à 1,1 millions de bénéficiaires (alors même que les moins de 25 ans n’y ont pas droit !).

Et que dire des prix qui, selon les associations de consommateurs, ont connu une envolée spectaculaire (évaluée entre +12 et +17%) depuis le passage à l’euro !
Tous ces indicateurs laissent à penser que les choses vont de mal en pis en France...

...Tout va mal ? C’est archifaux !

Les prix de l’immobilier ont fait la culbute depuis 1998 : 100% d’augmentation en 6 ans sur Paris (la province suit le mouvement) ! Et que dire des loyers ? Immobilier en hausse, en savoir plus ?

Les valeurs boursières du Cac 40 ont aussi fait la culbute en 10 ans, malgré le krach des années 2000/2001 : 100% d’augmentation depuis 1994, soit 7% de plus-value par an !

Les grandes entreprises ont enregistré des bénéfices historiques en 2004. 9 milliards d’euros de bénéfices pour le seul groupe Total – 60 milliards d’euros de profits pour les 40 premières entreprises françaises (le double de 2003) ! Bénéfices historiques, en savoir plus ?

Si on ajoute à cela la santé florissante des marchés de l’automobile (+14% de véhicules vendus en novembre et décembre 2004) et de la navigation de plaisance (+18% de bateaux à moteur vendus en 2003 – source : Le Figaro)…

Entre 1990 et 2004, le produit intérieur brut par personne a progressé de 20,1 % contre seulement 4,6 % pour le pouvoir d'achat du RMI - une divergence spectaculaire. En 1990, le niveau de vie moyen en France représentait environ 3,8 fois celui d'un Rmiste. En 2002, ce rapport était passé à 4,2 ; et il a encore progressé depuis cette date (le revenu moyen français s’établit autour de 2.000 euros par mois, soit plus de 13.000 francs). Source : Jean Gadrey – Le Monde du 23/03/05.

• «Chômeurs fainéants», une hérésie bien ancrée !

Et alors que se creusent un peu plus les inégalités, qu’entend-on sur les bancs de l’Assemblée nationale ? «Ils ne veulent pas travailler les chômeurs. Etre payés à ne rien faire, voilà ce qui les intéresse !», de la bouche de Jean Auclair, député UMP de la Creuse (diatribe prononcée dans l’Hémicycle le 2 février 2005). Chômeurs fainéants, en savoir plus ?

Et pendant ce temps, des chômeurs et précaires sont condamnés à des peines de prison ferme pour délit de fraude habituelle dans le train ou le métro, en application de la LSQ (Loi de Sécurité Quotidienne) ; des enfants de chômeurs sont interdits de cantines et de centres aérés, comme à Vaires-sur-Marne 77 (où le problème semble réglé grâce, notamment, à notre action), à Carrières-sur-Seine 78 (affaire en cours) et dans beaucoup d’autres villes administrées par la gauche ou la droite. Enfants de chômeurs privés de cantines, en savoir plus ?

• Le Code pénal et le Code du Travail bafoués

Et pendant ce temps, des milliers d’annonces discriminatoires (17% des annonces sont illégales selon l’Observatoire des Discriminations) sont diffusées dans les journaux et sur les sites internet (emailjob.com, monster.com…) dans l’indifférence générale des politiques et de la justice alors qu’elles tombent sous le coup des articles 225-1 et 225-2 du Code pénal et L122-45 du Code du travail.
Ainsi, on exclut les plus jeunes et les Seniors (les + de 45 ans) de façon arbitraire et illégale, car les fauteurs savent bien que ces «discriminés» n’ont pas les moyens (financiers) de saisir la justice et de poursuivre les entreprises, les cabinets de recrutement et les médias qui pratiquent cette délinquance sociale !

À LIRE : 7 chômeurs - membres d'APNÉE/Actuchomage - portent plainte pour discrimination à l'embauche - cliquez ici.

Pendant ce temps aussi, on institue la HALDE (Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité), on la dote de 10 millions d’euros de budget et d’un président cumulard, Louis Schweitzer, alors que la loi est bafouée sans que ça n’offusque personne ! Halde, en savoir plus ?

• Un dumping social savamment organisé

La France bat des records européens en matière de chômage des moins de 25 ans et des plus de 45 ans (seuls 3% des cadres recrutés en 2004 avaient plus de 45 ans – Source : APEC).

La France compte 2,5 millions de chômeurs de catégorie 1 (4 millions de chômeurs selon… le préambule du Plan de cohésion sociale de Jean-Louis Borloo !), 1,1 millions de Rmistes, des millions d’intermittents du travail et de travailleurs pauvres…

Et que se passe-t-il ?
Monsieur de Villepin, ministre de l’Intérieur, planche actuellement sur la création d’un «service public de l’immigration» qui devra anticiper les besoins de main d’œuvre dans les années à venir (source : Les Échos du 22/03/05). Son objectif ? Faire entrer sur le marché du travail des jeunes étrangers diplômés et formés. Pourquoi ? Pour les mettre en concurrence avec ceux auxquels, en France, on refuse toute formation, toute reconversion, toute réinsertion ! Loin de nous l’idée d’incriminer ces «futurs immigrés» qui ne sont en rien responsables de cette volonté politique dictée par le patronat qui veut instaurer le dumping social à l’intérieur même de nos frontières. Un service public de l’immigration, en savoir plus ?

Mais de qui se moque-t-on ?

De qui se moque-t-on quand, petit à petit, avec une efficacité redoutable, on organise la précarisation, la mise en concurrence des travailleurs, la casse des acquis sociaux obtenus de longue lutte par nos aînés !
De qui se moque-t-on quand on enrichit par cette accumulation de mesures scélérates le terreau du «vote protestataire» d’extrême droite, comme celui qui ébranla la République en 2002, afin de susciter l’inquiétude de la population, le repli sur soi, et générer la résignation afin d’orienter les votes des électeurs vers la moins pire des solutions (en l’occurrence Jacques Chirac en 2002) !

De qui se moque-t-on quand les courriers recommandés de Christian, «Recalculé de l’ASS», jugé «trop vieux» pour travailler et «trop jeune» pour prétendre à une retraite «peau de chagrin» se heurtent à un mur d’indifférence en dépit des promesses chiraquiennes !
De qui se moque-t-on quand les mails adressés à Gérard Larcher, ministre des Relations du travail, par le Collectif Seniors Action pour dénoncer les annonces discriminatoires sur des critères d’âge «s’égarent» dans les disques durs des ordinateurs du ministère du Travail !

De qui se moque-t-on quand on est «bon à rien» à moins de 25 ans et «bon à plus rien» à plus de 45 ans, alors qu’il faut cotiser 42 anuités pour s’ouvrir des droits à la retraite !
De qui se moque-t-on quand on se retrouve définitivement exclu du marché du travail à 50 ans (et parfois moins) alors qu’on a peut-être devant soi 30, 40 et même 50 ans d’espérance de vie !

De qui se moque-t-on quand les demandes de rendez-vous adressées par Actuchomage (au nom de ses 60.000 lecteurs depuis le lancement du site en septembre 2004) au cabinet de Jean-Louis Borloo n’appellent pas même une réponse négative ! Borloo botte en touche et Larcher fait le mort, en savoir plus ?

Mais que se passe-t-il dans ce pays ?

On privatise «l’accompagnement des chômeurs», on offre sur un plateau aux sociétés d’intérim (Manpower, Adia, VediorBis…), au cabinet australien Ingeus…, la manne financière du «placement» des chômeurs, alors que l’ANPE se débat dans ses difficultés à remplir sa mission de service public.

On incite (on contraint !) ceux qui travaillent déjà à travailler plus alors que des millions d’autres sont à la recherche d’un emploi qui leur permettrait de survivre (à défaut de vivre décemment).

On refuse à celles et ceux qui en ont besoin, des formations longues et véritablement qualifiantes pour exercer les «métiers de demain» tout en organisant des filières d’immigration sélectives et contingentées de personnes diplômées.

On rejette (temporairement), sous la pression des réseaux militants, une directive (Bolkestein) qui s’apprêtait à ouvrir au dumping social la quasi totalité des activités de services.
On nous vante les mérites d’un vaste marché européen régenté par les seules règles de la «saine» concurrence en nous laissant croire que nos systèmes de protection sociale n’en souffriront pas.

On nous annonce à grand renfort de déclarations une loi de «Cohésion sociale» qui ne fait que se substituer à des mesures existantes qui ont déjà montré leurs limites (et parfois même leur inutilité).
On organise des transferts de compétences – via la décentralisation – vers des institutions qui, à ce jour, ne sont pas dotées des moyens financiers nécessaires à en assumer la charge.
On entretient dans la population le sentiment «qu’on fait quelque chose» alors que tout n’est qu’approximations, gâchis et gabegies depuis des années (la Cour des comptes a récemment dénoncé l’absence de suivi et d’efficacité des politiques d’insertion et de réinsertion professionnelles).

Voici donc résumé, dans les grandes lignes c’est certain, les événements de ces 12 derniers mois et de 8 mois d’activité d’Actuchomage.

Un communiqué officiel APNÉE/Actuchomage - Paris, le 31/03/05.

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