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BANLIEUES, QUELS SONT LES VRAIS FAUTEURS DE TROUBLES ?

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Ce qui se passe aujourd’hui dans les cités du «9-3» et du «9-2» n’est qu’un triste remake des incidents qui, il y a une quinzaine d’années, embrasèrent les banlieues lyonnaises et celles du «7-8», du côté de Poissy et de Mantes-la-Jolie. Aux mêmes maux, les mêmes conséquences… décuplées au fur et à mesure que le temps passe et que rien ne se passe.

La ghettoïsation, son lot d’injustices et de frustrations, de colères et de violences, ne peuvent que conduire à une situation explosive, insurrectionnelle même, qui, un jour, pourrait embraser notre pays si d’aventure tous les exclus – notamment ces dizaines de milliers de «jeunes» des banlieues – agissaient de concert (ce qui commence à se dessiner depuis quelques jours). Il n’est pas nécessaire de s’interroger bien longtemps pour trouver les ferments de cette rébellion annoncée. Depuis 30 ans, ce sont toujours les mêmes.

=> Premier fauteur de troubles : l’aggravation des inégalités qui se traduit par une France fonctionnant à deux vitesses. D’un côté, celle des privilégiés préservés des aléas économiques et financiers qui s’enrichissent des dérives de l’ultralibéralisme, de la déréglementation, de l’individualisme forcené, et qui sont – de surcroît – surreprésentés dans les instances dirigeantes. De l’autre, cette France des déshérités, des petits, des sans-grade, qui fait les frais des avantages énormes que s’octroie la première. Ainsi en était-il à la veille de la Révolution française, ainsi en est-il de nouveau aujourd’hui…

=> Deuxième fauteur de troubles : le système qui sacralise la réussite financière et l’argent roi qui, seul, serait en mesure de monnayer une reconnaissance sociale. Sans argent, on n’existe pas ! Alors tout est bon pour en faire, même en toute illégalité. Trafics en tous genres (drogues, armes à feu, véhicules volés…), rackets, travail au noir, escroqueries diverses… alimentent un système parallèle qui échappe à tout contrôle, un système mafieux qui est la quintessence de l’ultralibéralisme que certains s’acharnent pourtant à promouvoir encore.

=> Troisième fauteur de troubles : le chômage de masse qui jette à la rue une jeunesse en perdition, sans repère, sans espoir, sans but, qui ne trouve rien d’autre à faire que d’exprimer sa colère, son impuissance à voir émerger durablement un vrai changement.

=> Quatrième fauteur de troubles : la ghettoïsation, le repli communautaire, la réapparition des «castes sociales» que tout oppose, avec en haut de l’échelle cette «nouvelle aristocratie» (que dénonce Lionel Jospin dans son ouvrage "Le monde comme je le vois") et en bas, cette France des caves et des parkings (évoquée par François Desanti de la CGT Chômeurs dans son livre "Les sous-sols de la République").

=> Cinquième fauteur de troubles : la radicalisation des discours, le populisme à visées électorales, le dérapage des mots prononcés par certains «représentants du peuple» qui devraient pourtant jouer la carte de l’apaisement. Ces «racailles» et autres «nettoyages au Kärcher» attisent les incompréhensions, les oppositions, et mettent de l’huile sur le feu là où les réservoirs d’essence s’embrasent déjà.

=> Sixième fauteur de troubles : la négation des diversités nationales qui marginalise des pans entiers de la France contemporaine. Toutes ces minorités qui, peu à peu, constituent de vraies majorités, ne trouvent pas de tribune où s’exprimer. Cette marginalisation se traduit par la non émergence de représentants, de leaders, d’interlocuteurs valables, de médiateurs en cas de conflit, et livre à elles-mêmes des millions de nos concitoyens exclus de toute représentation, notamment à l’Assemblée qui ne joue pas son rôle de tribune des diversités.

=> Septième fauteur de troubles : les «politiques d’immigration» inadaptées. Depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, la France accueille sur son territoire des millions d’immigrés venus d’Europe, d’Afrique et d’Asie, sans que n’aient été projetées de vraies politiques d’accompagnement vers une installation harmonieuse de ces populations sur le territoire. Les autorités se sont contentées de les «parquer» dans des cités, dans des quartiers qui se sont logiquement transformés en ghettos, sans anticiper les besoins spécifiques et les problèmes qui ne manqueraient pas d’apparaître à moyen terme. Le système éducatif tout aussi rigide – fondé sur des schémas inadaptés – n’a fait qu’amplifier cette «fracture ethnique» entre Français d’origine et Français «d’adoption».

=> Huitième fauteur de troubles : la panne de «l’ascenseur social» qui fige l’ensemble de la société dans des archaïsmes d’un autre temps. Depuis les années 70, les «castes sociales» ont refait leur apparition. Les passerelles qui permettaient à un enfant d’ouvrier de voir évoluer sa condition dans les années 50 ou 60 sont aujourd’hui coupées. L’origine socioprofessionnelle des parents conditionne de plus en plus l’avenir des enfants. Une telle restriction ne peut conduire qu’à plus d’exclusion, plus de défiance – voire de haine – à l’égard d’un système qui ne place plus l’égalité des chances au cœur de ses priorités.

=> Neuvième fauteur de troubles : l’immobilisme de nos dirigeants et de nos élites politiques qui se satisfont d’une France qui fonctionne dans un cadre datant des années 50. En 2008 ans, nous fêterons les 50 ans de la Ve République voulue par Charles de Gaulle. Si de grandes réformes, notamment la décentralisation, ont participé à la prise en compte de quelques diversités régionales, les institutions issues de la Constitution de 1958 tombent aujourd’hui en désuétude dans un monde où seules les capacités d’adaptation aux fluctuations démographiques, sociales, politiques et économiques peuvent garantir la légitimité et la stabilité d’un système.

=> Dixième fauteur de troubles : la verticalité de la société française qui segmente ses composantes, leur impose une hiérarchie pyramidale désuète qui s’oppose à toute volonté d’élévation collective et individuelle. L’horizontalité des relations sociales a été négligée aux seules fins de maintenir en place des élites qui se refusent à partager ses pouvoirs. À trop vouloir s’accaparer les fruits d’une croissance qui – malgré tout – ne faiblit pas depuis des décennies, on sème la révolte.


Ce qui se passe aujourd’hui dans les banlieues est un signe supplémentaire du déclin démocratique que nous dénonçons. Ce qui se passe dans les banlieues corrobore tous les arguments qui nous incitent depuis plusieurs mois à exiger une rénovation démocratique :

• Ces 50 à 60% de Français qui ne sont pas représentés à l’Assemblée nationale (abstentionnistes, électeurs du FN, de LO, de la LCR, et des petites formations politiques). Auxquels s'ajoutent ces millions d’étrangers présents légalement sur le territoire national qui n’ont pas le droit de vote.

• Ces sondages (du Figaro en juillet, du Parisien en octobre) qui attestent que 70 à 80% des Français ne font pas confiance à leurs élus et estiment que l’Assemblée nationale ne les représente pas.

• Ces commentaires, ceux de Franck Borotra (ex-numéro 2 du RPR, ancien ministre sous Juppé, ancien député, ancien Président du Conseil général des Yvelines) qui attestent que : «La fracture sociale s’est élargie. De plus en plus de gens entrent dans le champ de la précarité (…). Notre démocratie est en danger car le contrat de confiance entre électeurs et élus a été rompu : Nous n’avons plus aucune légitimité».

• Ces indicateurs qui soulignent l’augmentation généralisée de la précarité, de la pauvreté, alors qu’une frange très importante de la population française poursuit sans défaillir son ascension sociale et financière.

Nous réitérons donc notre Appel à une rénovation qui seule peut contrer le déclin démocratique dont on ne peut nier l’évidence.
Pour lire et signer notre Appel : www.actuchomage.org/petition

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Mis à jour ( Jeudi, 03 Novembre 2005 17:07 )  

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