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Accueil Social, économie et politique «Il va probablement falloir réintroduire de la dégressivité dans les allocations chômage»

«Il va probablement falloir réintroduire de la dégressivité dans les allocations chômage»

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Glissée dans son interview au Figaro, c'est la petite phrase à retenir de Patrick Bernasconi (Medef), qui rêve d'une dictature du patronat.

L'ex-lieutenant de Laurence Parisot, candidat à sa succession et défenseur autoproclamé des entreprises, estime dans Le Figaro qu'«on ne peut pas laisser les entreprises avec un tel niveau de charges».

En clair, there is no alternative : au nom de leur «compétitivité», il faut condamner notre protection sociale (car ce qu'il appelle «charges» sont les cotisations sociales qui garantissent notamment un revenu aux salariés quand ils cessent de travailler pour cause de maladie, chômage ou retraite. Mais pour le Medef, un individu qui ne dispose que de sa force de travail pour subsister doit être une marchandise éternellement rentable, vouée à s'échiner non-stop pour un employeur, même s'il tombe malade, même jusqu'à la mort; et quand son employeur l'a mis au chômage, il peut crever aussi).

Revenir un siècle en arrière et en finir avec cet énorme progrès civilisationnel que fut la création de notre sécurité sociale, mettre à bas cet «amortisseur de crise» pourtant avéré, est l'objectif du Medef. En 2007, Denis Kessler, ex vice-président du lobby patronal, le disait clairement : «C'est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Il s'agit aujourd'hui de sortir de 1945 et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la résistance». Dont acte. Peu à peu, aidé par des politiques et autres "experts" idéologiquement orientés, le patronat a remplacé dans le langage courant le mot "cotisations" (positif pour les salariés) par le mot "charges" (négatif pour les employeurs), tellement martelé dans les médias que même les salariés l'utilisent et que certains, finalement persuadés que ces "charges" sont trop lourdes pour les patrons, en viennent à les plaindre...

Pourtant, les cotisations sociales font partie intégrante du salaire — c'est du "salaire différé", c'est-à-dire reversé ultérieurement en cas de pépin (maladie, chômage) ou lorsqu'on prend sa retraite. Si l'on baisse/supprime ces cotisations, non seulement on réduit drastiquement nos salaires, déjà gelés depuis un moment, mais on se retrouve à poil, sans ressources ni droits lorsqu'on ne travaille plus. Pour vous en instruire, visionnez ce cours [1] sur le contenu d'une fiche de paie :



«Nous avons besoin d'un dialogue social plus mature»

Quand Bernasconi dit «Il faut en appeler à la responsabilité de chacun»,  comprenez : Les salariés — et surtout les syndicats, censés les représenter et dégainer leur stylo face aux chantages patronaux — doivent être seuls "responsables" et renoncer à leurs "privilèges" passés (s'asseoir sur une protection sociale, subir toujours plus de flexibilité et de précarité, reculer encore l'âge de départ en retraite, etc). Ils doivent accepter d'être les seules variables d'ajustement et s'aligner sur les standards européens (qui sont, il faut le dire, moins évolués que le nôtre : mais avec l'UE, au lieu de niveler par le haut, on préfère niveler par le bas).

Surtout, en écho à son aïeul Yvon Gattaz qui voulait la disparition totale des syndicats, quand Patrick Bernasconi dit «Il va falloir laisser les entreprises déterminer elles-mêmes leur durée du travail», il contredit ses bonnes intentions en matière de «dialogue social renforcé». Pour lui, un dialogue social «plus mature» équivaut clairement à ce que l'employeur ait les pleins pouvoirs. En opposition à une "dictature du prolétariat" qui n'a jamais existé, il appelle de ses vœux une dictature du patronat.

«Réintroduire de la dégressivité dans les allocations chômage»

En ce qui nous concerne, nous, privés d'emploi, la baisse de l'indemnisation est actée. L'accord Medef/CFDT du 11 janvier, actuellement discuté au Parlement et qui devrait être retranscrit dans la loi d'ici fin mai, prévoit une «avancée» pour les chômeurs : l'instauration de «droits rechargeables», dispositif dont voici une description claire de La Tribune.

Mais cette «avancée», comme les rares autres vantées dans cet accord, n'est qu'une esbroufe...

La mesure devait être mise en œuvre en décembre par les "partenaires sociaux" de l'Unedic dans le cadre de la renégociation de la prochaine convention d'assurance chômage, pour application dès 2014. Sauf que ce soi-disant cadeau ne se fera pas sans cuisantes contreparties. En effet, «les droits rechargeables pour les chômeurs devront être financés à coût constant par le budget de l’Unedic. Rien n’a été arrêté sur leur paramétrage. La prochaine convention d’assurance-chômage devra définir la durée des droits, le taux d’indemnisation et la période que l’on retient pour les calculer. Ce qui est sûr, c’est que le Medef propose en contrepartie, pour ne pas grever le déficit de l’Unedic, de remettre en place la dégressivité de l’allocation pour tous les demandeurs d’emploi ou alors de baisser le niveau des allocations de 10 à 15% pour tous. Enfin, autre proposition, c’est de diminuer la durée des droits pour tous. Autrement dit, cela signifie qu’on déshabille Paul pour habiller Jacques», a averti Maurad Rabhi, négociateur de la CGT à l'Unedic.

Si la dégressivité des allocations n'est pas réintroduite, il y aura «probablement» (pour reprendre l'adverbe utilisé par M. Bernasconi), sinon sûrement, rabotage général de l'indemnisation pour les nouveaux entrants dans le régime. Quoiqu'il arrive, face à des organisations syndicales de plus en plus soumises "responsables"/"réformsites" et grâce à une crise économique qui justifie toutes les régressions, le patronat se frotte les mains.

SH


[1] Si vous avez aimé cet extrait, vous pouvez voir ici le spectacle en entier. Très instructif, très drôle; bref : indispensable.


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Mis à jour ( Dimanche, 07 Avril 2013 14:15 )  

Commentaires 

 
0 # superuser 2013-04-07 17:02 Assurance chômage : l'Assemblée a adopté la création de "droits rechargeables"

Le dispositif, voté samedi matin, permettra aux chômeurs qui retrouvent un emploi puis le perdent à nouveau de cumuler leurs droits d'indemnisation non consommés lors de la première période de chômage.

La mesure a été adoptée par tous les députés présents à l'exception des députés du Front de gauche qui se sont abstenus. Ceux-ci ont en effet considéré que ce nouveau droit s'inscrirait au détriment des autres demandeurs d'emploi.

Les députés ont ensuite voté un article permettant aux partenaires sociaux, gestionnaires de l'assurance-chômage, de moduler les taux de cotisations à l'Unedic en fonction de la nature du contrat de travail. L'accord sur l'emploi fixe en effet le principe d'une augmentation de la cotisation patronale d'assurance chômage sur les CDD inférieurs à trois mois. L'application de ce principe sera discutée entre syndicats et patronat lorsqu'il négocieront la future convention d'assurance chômage qui entrera en vigueur l'an prochain.

www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5gd6e2u8oJ03VTkRY-vN4HDVePYZQ?docId=CNG.b3340bf1b9923786b9ae358e109134f0.131

Ce que ne dit pas la dépêche AFP, c'est que 70% des CDD ne seront pas concernés par cette surcotisation…
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0 # Yves 2013-04-07 19:16 Ah, enfin une bonne nouvelle ! Dégressivité espérée, désirée, attendue. Et aussi, réduction des durées d'indemnisation. Et encore, baisse des allocations (lors du calcul des droits à l'assurance-chômage).

Enfin des mesures salutaires qui permettront de redresser les comptes de l'Unédic qui affichent des milliards de déficit cumulé.

On ne va pas continuer éternellement à dépenser l'argent qu'on n'a pas, hein ?

Et, pendant qu'on y est, il faudrait songer à baisser les cotisations à l'assurance-chômage pour redonner un peu d'air aux entreprises… aux pôôôôvres entreprises asphyxiées par le pouvoir "socialo-communiste" (ça rappellera des souvenirs aux plus de 45 ans) du Dictateur Rouge François Hollande, petit Pépère des People (selon Le Canard Enchaîné, pépère est son surnom à l'Élysée).

Enfin ça va bouger. Les chômeurs vont devenir plus pauvres que pauvres, et plus vite. Ils vont basculer par dizaines de milliers aux minima sociaux… Je sens pointer une vraie grogne à force d'appauvrir et de sanctionner les précaires.

Moi, toutes ces mesures de rigueur (de vigueur !) m'enchantent… On se rapproche de la grande pagaille !

De 2023 ? ;-)

J'veux voir ça avant de mourir !
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0 # hervé85 2013-04-08 12:11 Cela fait plus de 30 ans que le Medef ou l'ancien CNPF nous serinent le même langage: à savoir il faut baisser les charges des entreprises(sou s-entendu les grandes), ben oui, les petites et moyennes ça ne les interesse pas. Comme par magie les exonérations de charges qui nous coûtent des milliards d'euros par an sans contreparties se sont envolées au ciel de notre oubli. Envolés aussi les dividendes des actionnaires qui plombent les résultats des entreprises et font licencier des milliers de salariés.
Bref, toujours ce détournement d'attention par les mêmes personnes hypocrites et cyniques que nous retrouvons aux postes de pouvoir !
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0 # vieuxronchon 2013-04-08 15:00 Et si pour faire quelques économie on supprimait les 16 millions d'euros de subventions que perçoit le figaro, premier média à cracher sur ces salauds de profiteurs d'assistés ? Cette somme prélevée aux contribuables serait à coup sur mieux employée pour soulager la misère des chômeurs qu'à engraisser des privilégiés fiscaux. Répondre | Répondre avec citation |
 
 
0 # superuser 2013-04-08 15:48 Exact ! Il est bon de rappeler qu'en 2011, Le Figaro a touché 15.990.740 euros de subventions, ce qui place ce torchon assisté en deuxième position juste derrière Le Monde :

owni.fr/2012/10/25/la-presse-prend-cher/
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0 # superuser 2013-04-08 13:37 En attendant, si vous avez envie de grossir les cortèges demain contre cet accord de merde :

www.carte.cgt.fr/index.php
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0 # MartineG 2013-04-08 17:22 De son côté Pierre Gattaz, fils d'Yvon et autre candidat rétrograde à la présidence du Medef, appelle à revoir les 35 heures dans les PME :
www.lemonde.fr/emploi/article/2013/04/08/pierre-gattaz-appelle-a-revoir-les-35-heures-dans-les-pme_3155896_1698637.html
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