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Accueil Social, économie et politique La complainte du DG de Pôle Emploi

La complainte du DG de Pôle Emploi

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«Arrêtons de caricaturer injustement Pôle emploi !» s'élève-t-il dans une tribune au Monde publiée vendredi. Selon lui, «les critiques systématiques mettent en danger les agents». Vraiment ?

D'abord, pour vous faire une idée, lire sa tribune.
Ou alors, si vous avez la flemme, ce résumé de Libé.

Un patron qui défend l'honneur de son personnel et lui rend hommage, c'est toujours sympa. Et il a raison : nombre d'entre eux font de leur mieux malgré le contexte actuel.

Pourtant, ils ne sont pas franchement aidés ! Et Jean Bassères, par ses décisions en tant que successeur de Christian Charpy, contribue malgré ses dires (notamment, «mettre fin à la dictature des indicateurs»…) à leur compliquer la tâche :

Compétition et performance sont au menu de son «plan stratégique 2015» visant à redresser un service public laminé par une fusion inopportune opérée dans l'urgence et un remarquable aveuglement. Le paquebot étant lancé, les agents devront faire toujours mieux avec toujours moins («réduire les frais de fonctionnement, maîtriser la masse salariale»…) via un «pilotage par les résultats». De nouveaux indicateurs chiffrés de «performance» sur le placement et l'accueil seront mis en place, la supervision des managers sur les conseillers sera renforcée, et une compétition sera organisée entre les agences. Des méthodes éculées qui n'ont jamais fait leurs preuves.

• Pire : Jean Bassères est en train d'ouvrir la porte au «lean management», dont on connaît les importants risques psycho-sociaux. Compte-t-il ainsi remettre au goût du jour une «mode des suicides» dans son établissement ?

De même, ses réactions face aux événements ne sont pas irréprochables :

• Suite à l'immolation de Djamal Chaar le 13 février dernier devant son agence de Nantes, Jean Bassères a aussitôt diffusé des instructions dont l'extrême froideur saute aux yeux, aussi bien vis-à-vis des chômeurs en détresse, considérés comme une «menace imminente», qu'envers ses personnels à qui il demande d'enclencher des procédures répressives pouvant aboutir à des abus.

Présent aux côtés de Michel Sapin le 15 mars dernier lors d'un comité national de liaison où parole devait être enfin donnée aux organisations de chômeurs, pas plus que le ministre qui s'est tiré au bout d'une heure, Jean Bassères ne les a écoutées, bien qu'il prétende «demander à comprendre ce que les associations font remonter»...

Pôle Emploi, bouc émissaire de la crise

L'affirmation est vraie et le phénomène éternel, selon le bon vieil adage confucéen qui veut que, «quand le sage montre la lune, l'idiot regarde le doigt». Les chômeurs et les RSAstes connaissent déjà cette stigmatisation indigne, savamment attisée par le gouvernement précédent; et d'autres populations l'ont subie bien avant, par exemple aux heures sombres de l'Histoire qui ont suivi la crise de 1929... 

Oui, Pôle Emploi est sous le feu des critiques et il y a de quoi, que l'on soit des deux côtés du guichet. Radiations abusives, indus non motivés et autres dysfonctionnements administratifs sont le lot que doivent supporter les chômeurs dans un cadre de plus en plus déshumanisé qui les rend paranos. Informatique défaillante, budgets inexistants, automaticité des procédures et perte de sens, sous-effectif chronique et épuisement sont le lot que doivent supporter les personnels d'un service public censé aider des millions de personnes à retrouver un boulot qui n'existe pas. Alors quand Jean Bassères, serviteur de l'Etat, déplore dans sa tribune que son établissement soit présenté «comme une machine déshumanisée, radiant automatiquement, falsifiant ses statistiques, incapable d'aider les demandeurs d'emploi et les entreprises», on a envie de rire. Il croit nous montrer la lune, mais en réalité il se contente de pointer l'arbre qui cache la forêt !

Chômeurs et salariés de Pôle Emploi sont des victimes : les premiers du chômage (qui est voulu et organisé), les seconds de l'institution pour laquelle ils travaillent et dont la désorganisation est, elle aussi, voulue. Car instaurer puis maintenir un minimum de chaos est utile à ceux qui tirent les ficelles : le «diviser pour mieux régner», ça marche à tous les coups tant que sont majoritaires les idiots qui regardent le doigt plutôt que la lune. Ainsi l'Histoire nous montre que les boucs-émissaires les plus vilipendés sont en réalité innocents et que les vrais coupables (le patronat, la finance et tous leurs serviteurs : Etats, gouvernements, médias…), grâce à leurs talents de marionnettistes, sont rarement inquiétés.

«Les critiques systématiques mettent en danger les agents»

Et c'est là où l'on tique. Ce seraient donc les critiques envers l'organisme qui mettraient en danger ses salariés. En revanche, les bugs informatiques, les désastreuses conséquences de la fusion à marche forcée de l'ANPE et des Assedic, la hausse ininterrompue du chômage depuis deux ans (pour ne pas dire 2009), le manque de personnel, sa précarisation et/ou sa formation insuffisante (renseignements incomplets ou erronés), l'externalisation du traitement dans des "usines à dossiers" (centres TSA), les changements incessants de directives n'y seraient donc pour rien ?

Jean Bassères, énarque qui a arpenté les couloirs de Bercy et les cabinets ministériels jusqu'à devenir chef de l'Inspection générale des finances — institution bien huilée qui fait rarement parler d'elle — avant d'atterrir dans cette poudrière placée régulièrement sous les projecteurs, a tout du traditionnel haut fonctionnaire à la langue de bois dont le schéma de pensée s'appuie sur l'inversion des effets et des causes. Non, ce n'est pas le système Pôle Emploi qui met ses agents — et les chômeurs — en danger mais ceux qui le critiquent, y compris légitimement, et deviennent à leur tour… les boucs émissaires de M. Bassères. Bien joué !

Jean Bassères veut «simplifier» : c'est le cas de le dire. En attendant les promesses de nécessaires améliorations qui feront de Pôle Emploi «un service public de référence» où les chômeurs n'iront pas la peur au ventre et les salariés le nœud à l'estomac, on peut continuer à boire de l'eau — ou la tasse, c'est selon.

SH

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Mis à jour ( Lundi, 25 Mars 2013 14:45 )  

Commentaires 

 
0 # Paulina1 2013-03-24 21:32 Pour éviter de voir les dysfonctionneme nts et d'apporter des solutions, il préfère mettre la faute sur ceux qui critiquent. Ainsi il se dégage de toute responsabilité. Mais à trop tirer sur la corde, à la fin elle se casse.. Répondre | Répondre avec citation |
 
 
+3 # bla bla bheurk 2013-03-25 11:30 Tant qu'on lira cette machine à précariser en termes de "dysfonctionneme nts" on ne saisira pas sa logique, le fonctionnement qu'elle implique et on laissera de l'espace à tous les technocrates qui prétendent l'améliorer sans mettre en cause sa finalité : fabriquer de la concurrence pour garantir l'exploitation.

Pour ne relever que quelques fragments de l'enfumage de Bassères :

• Pôle indemnise. Faux, Pôle n'indemnise plus que 42% des chômeurs, un taux de (non) couverture qui atteint un seuil absolument inédit depuis la création de l'Unedic en 1958, et même depuis celle des filières d'indemnisation (qui lient plus étroitement durée d'emploi et ouverture de droits) en 1982, sous Mauroy, époque à laquelle la majorité des chômeurs bascule dans la non indemnisation (voir Trois critiques des années Mitterrand, www.cip-idf.org/article.php3?id_article=5633).

• Les agents de Pôle subissent les effets de la crise. Dire ça c'est énoncer une vérité partielle pour occulter la violence du management, de la logique comptable qui s'applique à Pôle, voir cette analyse par une syndicaliste SUD des conditions de travail : "'Pôle Emploi : La violence et l¹ennui"
(www.cip-idf.org/article.php3?id_article=5981)

• Les agents accueillent. Partiel et faux, la politique de Pôle n'est pas d'accueillir mais de convoquer pour radier, pour caser les chômeurs à des prestataires, faire travailler gratuitement (EMT, EMPTR, AFPR, etc., travail gratuit, travail forcé, www.cip-idf.org/article.php3?id_article=5877) ou à pas cher. De fait Pôle a mis en place une politique de dématérialisation de la relation (39 49, voir www.cip-idf.org/article.php3?id_article=5095, téléphone, sms) qui va à l'inverse de tout souci d'accueil.

• Pole emploi bouc émissaire ? Beau renversement de perspective ! Qui donc si ce n'est les chômeurs, les assistés, les grévistes, les Roms, sert effectivement de bouc émissaire ?

• La "qualité du service" commence par celui rendu aux employeurs. Les chômeurs ne sont évoqués que secondairement à titre d'alibi humain (la ligne a été énoncée par Michel Sapin, ministre du travail et de l'emploi, le jour de la mort de Djamal : "Les règles d¹indemnisation ont été appliquées avec l¹humanité qui convient"…)

• "Nous devons mettre fin à la "dictature des indicateurs""… admet le DG, en effet, comme le prouve par exemple cette intox publiée dans Le Monde - parce que la presse a été CONTRAINTE par la mort volontaire de Djamal a dire deux ou trois choses sur Pôle - les indicateurs quantitatifs ne sauraient suffire à la dictature de Police emploi, bref, on compte encore raffiner (cf "Pôle 2015") le contrôle.
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0 # sophie stef 2013-03-25 14:07 Oui Police Emploi en effet, qui devrait en principe faire en sorte que nos droits soient respectés et nos allocations versées sans avoir à les réclamer…police du respect des lois et des droits!!!
D'où l'importance de le rappeler chacun, chacune sans cesse,via tous les moyens possible…téléphon e, mails et courriers…voire présence physique dans les agences …
Sachant que la plupart des employés croulent voire s'ecroulent sous les dossiers…et ont hélas d'autres contraintes policières!!! contraintes de la traque des éventuels "fraudeurs"notamment..
Alors qu'ils sont pour la plupart favorables à l'idée de plus d'humanité et demandeurs de moins de contrôle pour plus de liberté de rencontres avec ceux qui en ont le plus besoin…
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0 # superuser 2013-03-25 15:19 Ayrault vient d'annoncer 2.000 nouveaux CDI à Pôle Emploi. Il veut que ces nouveaux conseillers soient opérationnels en septembre (lol) :

lexpansion.lexpress.fr/economie/jean-marc-ayrault-annonce-2000-nouveaux-cdi-a-pole-emploi_377469.html
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0 # nounourse 2013-03-25 15:39 Merci à "bla bla bheurk" pour son commentaire critique et constructif à la fois ! Répondre | Répondre avec citation |
 
 
0 # superuser 2013-03-25 15:47 Le rôle de Pôle Emploi consiste à fabriquer de la concurrence pour garantir l'exploitation : telle est la phrase-clé. Bravo, c'est bien dit ! Répondre | Répondre avec citation |
 
 
0 # carl 2013-03-25 20:51 Je reste dubitatif sur ces fameux 2000 CDI. En cette période d'austérité, je vois mal le gouvernement recruter 2000 agents, de surcroit en CDI.

Encore une opération d'enfumage. Et puis, qui pourra réellement vérifier que ces recrutements ont bien eu lieu ? Personnes !
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0 # Michel Abhervé 2013-03-26 09:55 Réponse à Jean Bassères

sur http://alternatives-economiques.fr/blogs/abherve/2013/03/26/reponse-a-jean-basseres/
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0 # Paulina1 2013-03-26 11:49 Bonne analyse. En espérant que le DG puisse en tirer un enseignement. Certaines personnes par orgueil préfèrent ne rien entendre et sombrer dans le naufrage que de changer leur position. Répondre | Répondre avec citation |
 
 
+1 # bla bla bheurk 2013-03-26 17:21 Ça se résume pas plus une affaire de "personne" que la mort publique de Djamal. Le DG publie son truc car l'acte de Djamal et ses suites publiques l'y CONTRAIGNENT, et il écrit à ses agents en disant qu'il existe des “attentes parfois démesurées de [certains] demandeurs d’emploi vis-à-vis de Pôle Emploi”. Je partage ce point de vue. En conséquence je me contrefous de l'union nationale à laquelle il nous appelle et considère qu'il faut que ce Bassères DEGAGE, lui et la logique qu'il sert, pour que les besoins et aspirations de chômeurs se concrétisent.
Y a pas de dialogue (cf. le cr ministériel du dernier "comité de liaison" où ne figure pas un mot sur ce qu'ont dit ce jour là les "assos de chômeurs"), il y a les manoeuvres à la Bassères, il y a le mensonge à la Hollande qui ose annoncer une fausse hausse du RSA, (www.cip-idf.org/article.php3?id_article=6461). Il y a une politique du capital qui a pour nom l'économie et la nécessité de s'y opposer.
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