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Foutez la paix aux Chômeurs qui ne veulent plus travailler

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La France manque cruellement d'emplois. Que nos dirigeants procurent du travail à ceux qui en cherchent - la très grande majorité ! - et foutent la paix à ceux qui n'en veulent plus.

(Suite de l'épisode 9)… Par les disponibilités qu’il libère, le chômage devrait être une période particulièrement propice à l’engagement militant en faveur de la Défense des droits collectifs et individuels. Malheureusement, notre expérience indique, au contraire, que les victimes du chômage et de la précarité ont plutôt tendance à se replier sur elles-mêmes.

Quand elles s’investissent dans le mouvement associatif, c’est généralement pour échapper à leur condition, oublier pendant une heure ou une journée le fardeau de leurs préoccupations de chercheurs d’emploi. Le chômeur privilégiera alors un domaine qui le délivrera un temps de ses tracas quotidiens. Et les possibilités sont illimitées : sports, activités culturelles et artistiques, défense de l’environnement, aide humanitaire à l’autre bout du monde… Tout est bon à prendre, excepté l’engagement associatif sur les questions de chômage.

Comme nous l’avons évoqué dans un chapitre précédent, le chômeur ou le précaire ne tient pas à s’inscrire dans le statut qu’il cherche à fuir. Quand il lui arrive de militer dans une association ou un collectif de défense des privés d’emploi, son engagement est généralement ponctuel et répond à un problème personnel qu’il cherche à solutionner. Chose faite, il se détournera rapidement de celles et ceux qui l’auront informé et soutenu. C’est un fait indiscutable que nous observons, au quotidien, dans les activités qui nous animent.

En cela, l’engagement militant en faveur des chômeurs et des précaires est particulièrement ingrat. Celles et ceux qui y consacrent leur temps, leur énergie, leurs compétences, ont droit à notre reconnaissance. Ils et elles se reconnaîtront. Ils et elles ne sont pas nombreux. Certainement moins que les militants qui s’engagent pour l’éradication de la faim dans le monde, un combat légitime auquel nous nous associons, qui jouit d’une visibilité, d’une reconnaissance et même de moyens sans commune mesure avec l’engagement en faveur des chômeurs et des précaires, porté par quelques associations et collectifs désargentés et sous équipés. Nous savons de quoi nous parlons.

Cependant, de ce tableau un peu sombre émergent parfois quelques éclats de mobilisations comme le mouvement des Recalculés de l’Assedic en 2003/2004. Cette affaire emblématique a mobilisé plusieurs centaines de chômeurs issus de tous les horizons socioprofessionnels, sur les quelque 840.000 concernés par le recalcul de leurs droits à l’assurance-chômage.

Une dizaine de tribunaux furent donc saisis par des demandeurs d’emploi soutenus par les organisations Agir ensemble contre le chômage, CGT Chômeurs, APEIS et MNCP. Les mêmes engagèrent aussi une action devant le Conseil d’État qui, au terme de la procédure, donna gain de cause aux associations de chômeurs.

Et ce que les médias baptisèrent la «Bataille des Recalculés» aboutit à une victoire sociale mémorable, par la réintégration dans leurs droits d’un million de chômeurs, pour un montant de près de 2 milliards d’euros débloqué par l’État, si notre mémoire ne nous trahit pas. Ainsi, tous les concernés touchèrent leurs allocations sur la période convenue à l’ouverture de leurs droits, alors que, justement, l’Unedic envisageait un «recalcul» rétroactif de cette durée d’indemnisation. Le sujet étant plutôt ardu, nous ne nous hasarderons pas plus dans son exposé.

Si l’affaire des Recalculés reste la mobilisation d’envergure la plus emblématique par son issue favorable, d’autres initiatives ont été prises ces 20 dernières années, comme les Marches contre le chômage et la précarité qui ont parcouru la France et l’Europe, de multiples occupations de lieux symboliques (agences ANPE, siège social des Assedic à Paris…), des réquisitions de victuailles dans les grandes surfaces à l’approche des fêtes de fin d’année et leur redistribution aux exclus, ou encore, l’obtention de la fameuse Prime de Noël versée aux chômeurs relevant des minima sociaux… La liste des actions menées est longue.

En définitive, à chaque fois que les chômeurs et précaires se sont mobilisés pour de bon, ils ont arraché des avancées. Parfois minimes, comme la condamnation d’entreprises pour discriminations à l’embauche après que plusieurs adhérents à Actuchomage aient porté plainte. Parfois symboliques, comme la suppression de la surtaxation du 3949 de Pôle Emploi, obtenue au terme d’une guérilla menée par quelques irréductibles (chômeurs et conseillers solidaires). Parfois notables, comme la victoire des Recalculés évoquée plus haut.

En ces temps d’abdications syndicales, de résignations et de défaites sociales à répétition, ceux qui ne reculent pas avancent.

Les mobilisations du passé et leur dénouement parfois favorable devraient convaincre les défaitistes de tout poil. Non, tout n’est pas joué. Oui, se mobiliser permet d’obtenir des avancées significatives ou de conserver des droits qu’on vous conteste.

Quoi qu’il en soit, l’engagement militant porte des vertus et valeurs structurantes, dynamisantes, par l’énergie qu’il impulse, la confiance en soi qu’il distille, le partage des compétences et des expériences qu’il nécessite, ce travail collectif qu’il exige, et la fierté du devoir accompli que l’on tire de son aboutissement favorable ou non. Là n’est pas la question ! On en retient des enseignements qui se révèleront utiles en d’autres circonstances, plus tard. L’engagement paie toujours à un moment ou un autre.

En conséquence, nous invitons celles et ceux qui nous lisent à méditer ces propos, tant nombre de nos camarades chômeurs et précaires y ont retrouvé confiance en soi et énergie, de celles qui permettent de surpasser les épreuves et les périodes de doute. Au travers de leur implication, ils ont retissé ce lien social distendu par l’isolement et le repli sur soi. Ils ont réappris à échanger, à partager, à faire front… Et, au terme de leur apprentissage, ils ont, pour beaucoup, insufflé un nouvel élan à leur existence qui les accompagnera longtemps.

Cette invitation à l’engagement militant est protéiforme. Les plus déterminés, parfois les plus lucides, revendiqueront le Droit à ne pas travailler et à ne pas être traités comme de mauvais citoyens. Ces réfractaires au travail argueront que leur posture ne pénalise en rien la société dès lors qu’ils ne perçoivent pas ou plus d’allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE) et se contentent des minima sociaux.

Ils estiment, à juste titre, qu’il n’y a pas de travail pour tout le monde, notamment pour ceux qui y aspirent et se battent depuis des années pour en obtenir un. Leur leitmotiv s’impose alors d’évidence : «Que le gouvernement et le patronat fournissent du travail aux demandeurs d’emploi qui en cherchent vraiment. Et qu’ils foutent la paix à ceux qui n’en veulent pas ou plus».

Nous pousserons le raisonnement en affirmant que cette revendication à ne pas travailler et à laisser les emplois disponibles à ceux qui y aspirent est tout à fait respectable. Cette posture - que certains percevront comme une provocation - ne relève en rien d'une volonté de profiter du système. Par son auto-exclusion, le chômeur réfractaire au travail sacrifie son avenir professionnel et sa retraite, tout en accordant à ceux qui cherchent un emploi une chance supplémentaire d’en décrocher un. Dans le contexte que nous connaissons, ce sacrifice devrait être honoré. D’autant qu’il motive une minorité infime de demandeurs d’emploi.

Il est généralement porté par des chômeurs de très longue durée qui ont tenté, pendant des années et en vain, de réintégrer le monde du travail ; des personnes usées par leurs recherches et démarches infructueuses. Nombre d’entre elles seraient d’ailleurs aujourd’hui incapables de reprendre une activité normale tant elles en ont été sevrées pendant 5 ans ou plus.

Même si - par extraordinaire - 10% des chômeurs de catégorie A sur les 3,3 millions inscrits à Pôle Emploi étaient réfractaires au travail, il resterait à satisfaire les exigences de plus de 2,9 millions de demandeurs.

La tâche est énorme. Foutez donc la paix à celles et ceux qui ne veulent plus travailler !

Jean Aymard pour Actuchomage.org

Acte 1 : «De la Valeur Travail à la Valeur Chômage»
Acte 2 : «Chômage, Vertu refondatrice de la Société de demain»
Acte 3 : «Intellectualiser le chômage ne fait pas avancer le schmilblick»
Acte 4 : «Entretenir les mythes de la Valeur Travail, coûte que coûte»
Acte 5 : «Quarante ans de destruction de la Valeur Travail»
Acte 6 : «Quand la Valeur Travail ne permet plus de vivre»
Acte 7 : «Apprendre à bien vivre son exclusion professionnelle»
Acte 8 : «Le chômage est porteur de valeurs d’avenir»
Acte 9 : «Le chômage au cœur de tous les enjeux sociétaux»
Mis à jour ( Samedi, 03 Mai 2014 10:15 )  

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