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Accueil La revue de presse Une critique libérale du capitalisme

Une critique libérale du capitalisme

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Le mot «libéralisme» a été récupéré et détourné de son sens par les conservateurs qui nous dirigent. Décryptage d'une imposture parmi tant d'autres.

Economiste, chercheur au Fonds national belge de la recherche scientifique et professeur à l'Université catholique de Louvain, Christian Arnsperger publie «Ethique de l'existence post-capitaliste. Pour un militantisme existentiel» (Ed. du Cerf, 316 p., 23 €). Entretien.

La crise actuelle confirme, selon vous, l'impératif absolu de sortir du capitalisme. Pourquoi estimez-vous que, au-delà de la dimension technique, la clé du problème est "anthropologique" ?

Le capitalisme fonctionne selon une règle simple : tout capital investi doit être rendu aussi rentable que possible. On en voit quotidiennement les conséquences sur nos manières de vivre ensemble et de nous définir comme humains. Ce système a sécrété un Homo capitalisticus dont le niveau de conscience et même le fonctionnement psychique et corporel sont marqués par la logique de rentabilité - qu'on pense aux effets de la mentalité concurrentielle ou aux dégâts causés par l'alimentation agro-industrielle.

Ce que nous devons d'abord laisser derrière nous, c'est un certain type d'humanité. Il y a donc bien un enjeu anthropologique. Le capitalisme s'enracine dans nos angoisses existentielles les plus profondes, mais offre à nos inquiétudes des réponses perverses. A nous de comprendre ce mécanisme et d'en tirer les implications si nous voulons être plus pleinement humains.

Votre essai prône un "militantisme existentiel" pour sortir du capitalisme, renouant avec les "exercices spirituels" qui remontent à l'Antiquité. Un projet anticapitaliste sérieux implique-t-il un renouveau de la spiritualité ?

Que nous soyons croyants ou pas, nous sommes tous fragiles et mortels. Notre spiritualité, c'est notre réponse à cet état de fait. Le spirituel n'est donc pas optionnel, même s'il peut prendre des formes très diverses. Spiritualité ne veut pas nécessairement dire religion ! Les spiritualités athées et les philosophies - y compris antiques - ont énormément de ressources à apporter au militantisme politique. En réalité, le capitalisme est déjà une forme de spiritualité, mais tronquée, tordue et même dangereuse. Il faut en combattre les mensonges, notamment dans la sphère du "développement personnel" qu'il a si bien confisquée...

Les militants existentiels sont ceux qui, ayant vu que le capitalisme ne fait qu'attiser nos angoisses alors qu'il promet de les alléger, cherchent à se soutenir mutuellement pour promouvoir une triple éthique : la simplicité volontaire, un revenu de base égal pour tous, et une démocratie radicale étendue à l'économique. Ces militants oeuvrent à une refondation profonde de nos existences personnelles et collectives. Il s'agit de modifier toute notre façon de penser l'économie, donc de concevoir nos institutions éducatives et les idéaux qu'elles transmettent aux jeunes générations. Nous en sommes loin ces temps-ci....

Vous pointez les limites de la social-démocratie tout en vous réclamant d'un "libéralisme existentiel". Pour beaucoup, à gauche comme à droite, se dire à la fois libéral et anticapitaliste serait incohérent. Pas nécessairement, pour vous ?

Non, pas du tout. Mon livre propose bel et bien une critique libérale du capitalisme. Le libéralisme prône la libération humaine dans toutes ses dimensions. L'idéal moderne de liberté est le bon, mais le capitalisme a fini par aller à son encontre. Il nous empêche de réfléchir sur le sens même de notre libération. La logique actuelle étouffe d'immenses potentiels humains. C'est pour libérer ces potentiels que nous devrions remplacer la croissance par l'approfondissement, la surconsommation par la simplicité choisie, la rentabilisation du savoir par la quête de soi. Ne poursuivons pas seulement l'égalité des chances de "réussir" en tant qu'Homo capitalisticus aliéné !

Militons dans nos écoles et nos universités pour une vraie égalité d'accès au sens critique et à la lucidité existentielle, exigeons un soutien public pour pouvoir créer librement des façons non capitalistes de consommer et de produire, et descendons dans la rue pour demander, sur cette base toute neuve, des institutions libératrices. C'est ça, le vrai libéralisme !

Propos recueillis par Serge Audier pour Le Monde

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Mis à jour ( Dimanche, 27 Septembre 2009 23:48 )  

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