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Accueil Social, économie et politique RSA, PPE : mise en concurrence de deux pis-aller

RSA, PPE : mise en concurrence de deux pis-aller

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On déshabille Pierre, le Smicard, pour habiller Paul, le RMiste : le Revenu de solidarité active sera bien généralisé en 2009, mais au détriment de la Prime pour l'emploi qui devrait faire l'objet d'un «redéploiement partiel».

Car il s'agit de trouver les «1 à 1,5 milliard d'euros» nécessaires au financement intégral du RSA de Martin Hirsch, a dit Nicolas Sarkozy : «On n’a pas beaucoup de moyens et on les disperse sur tout un tas de gens. J'aimerais recentrer le produit de cette prime pour l'emploi sur ceux de nos compatriotes qui en ont vraiment besoin»...

Comme il n'est pas question de revenir sur le «paquet fiscal» voté l'été dernier en faveur des ménages les plus aisés (14 milliards d’€), ni de supprimer vraiment la plupart des 486 «niches» qui exonèrent de riches contribuables du paiement de l'impôt et seraient à l'origine d'un manque à gagner de 73 milliards d’€ en 2007, ni de s'attaquer sérieusement à la fraude fiscale qui grève les finances publiques de quelque 40 milliards d’€ par an, encore moins de «redéployer» et de contrôler l'attribution des 65 milliards d'euros d'aides publiques accordées chaque année aux entreprises, le Président choisit, une fois de plus, de mettre à contribution les plus modestes. En dépit de son mea culpa d'hier soir, où il a lâché du bout des lèvres qu'il allait «tirer les conséquences» du reproche des Français qui ont le sentiment que, jusqu'ici, il n'a œuvré que pour une poignée de nantis… en laissant tomber tous les autres.

La Prime pour l'emploi, «impôt négatif» créé en 2001 sous Jospin, consistait à redistribuer du pouvoir d'achat aux salariés au plus bas de l'échelle. Elle a été augmentée par le gouvernement Raffarin en 2003, puis doublée par Dominique de Villepin entre 2005 et 2007. Ce dernier vantait son principe, claironnant qu'elle était «un 13e mois pour les Smicards» : un 13e mois bel et bien offert par la collectivité à près de 9 millions de foyers, au grand bonheur de leurs employeurs qui peuvent ainsi, en toute quiétude, continuer à les sous-payer ! Comme l'essentiel des dispositifs d'aide à l'emploi, exclusivement ciblés sur les bas salaires, cette solution dégradée a pour effet pervers de les perpétuer : avec nos 15% de Smicards, nous pulvérisons le record d’Europe des travailleurs abonnés au salaire minimum !

Le Revenu de solidarité active est un autre pis-aller : basé sur l'intolérable constat que l'on peut perdre de l’argent en reprenant un travail, son objectif affiché est de permettre aux personnes les plus «éloignées de l'emploi» de reprendre une activité salariée sans perte de revenu et de droits… pour un temps limité, et un seuil de revenu n'excédant pas «1,1 ou 1,2 Smic» (on n'en décolle pas !). Et si, au final, l'employeur ne joue pas le jeu - embauche définitive avec rémunération conséquente -, l'aide apportée sera réduite à néant.

Une fois de plus, il s'agit de faire assumer par la collectivité les défaillances des patrons qui offrent des salaires qui ne permettent même pas de vivre !!! Comme pour la PPE où aucun effort ne leur est demandé, le RSA va au contraire favoriser le développement du sous-emploi tout en maintenant ses victimes dans l'assistanat. Son objectif caché étant purement statistique : à quelques euros près, les personnes aujourd'hui comptabilisées sous le seuil de pauvreté passeront légèrement au-dessus, ce qui fera mécaniquement baisser le taux de pauvreté (comme on fait baisser le taux de chômage en rabotant la définition du chômeur), sans résoudre le fait crucial qu'aujourd’hui, c'est le travail qui ne paie plus !

Quelle alternative à ces deux options ? Aucune... Sinon une mise en concurrence de deux populations défavorisées : les Pierre qui travaillent, et les Paul qui voudraient travailler. Pourtant, en France, ce sont les employeurs qui sont les plus assistés (32 milliards d'exonérations de «charges» en 2008, au total 65 milliards d'aides publiques diverses et variés versées chaque année aux entreprises). A eux, aucun sacrifice, aucune contrepartie ne sont exigés. Aucun contrôle, aucune sanction ne sont prévus.

Mais on va chipoter sur le coût exorbitant de ces dispositifs de «bricolage» que sont la PPE (4,5 milliards) et le RSA (1,5 milliard), en dressant au passage les bénéficiaires de l'une contre les futurs bénéficiaires de l'autre. On reconnaît là une tactique sarkozyenne classique : tant que les pauvres s'écharpent entre eux sur la distribution des miettes qu'on leur jette, l'impunité des vrais profiteurs du système demeure préservée.

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Mis à jour ( Vendredi, 25 Avril 2008 16:08 )  

Commentaires 

 
0 # tristesir 2008-04-25 15:15

SMIC = Salaire Maximum Imposé par le Capital

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0 # Pili 2008-04-25 16:25 Le gouvernement fin décembre 2007 a demandé un rapport au Conseil d’analyse économique sur le SMIC, afin d'envisager un affaiblissement de celui-ci et sa désindexation.

Dans ce rapport que le Conseil d'analyse économique n'a pas encore publié, les trois économistes, Pierre Cahuc, Gilbert Cette et André Zylberberg,en charge de ce rapport, recommandent au gouvernement de remettre en cause les règles d'indexation du salaire minimum.

Contre cette analyse, Philippe Askenazy (économiste) a publié une contre analyse en défense du salaire minimum, tordant le coup à quelques idées trop reçues.

==>Faut-il réformer le SMIC ?

==>Le salaire minimum est-il le fait de sociétés « trop » égalitaires ?

==> Le court et prudent avis rendu par le conseil d’orientation de l’emploi
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0 # Pili 2008-04-25 17:10 Très belle analyse !

C'est tout à fait cela, déshabiller les mêmes et organiser ainsi par les pouvoirs publics la solidarité portée par les plus démunis aux plus privilégiés !

Car comme tu le conclues si bien "tant que les pauvres s'écharpent entre eux sur la distribution des miettes qu'on leur jette, l'impunité des vrais profiteurs du système demeure préservée."
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0 # superuser 2008-04-25 19:31 Alors que l'annonce du financement du revenu de solidarité active par une partie de la prime pour l'emploi fait polémique, Hélène Périvier, économiste à l'OFCE (Centre de recherche en économie de Sciences Po), explique en quoi le dispositif de Martin Hirsch est de toute façon insuffisant en l'état… Interview.

Après avoir failli disparaître, le RSA va finalement être généralisé en 2009. Une bonne nouvelle ?

Tout dépend dans quelles conditions ce nouveau revenu minimum va être mis en place. Il faudrait qu'il s'accompagne de toute une politique d'insertion dans le monde du travail. De nombreuses études de la DREES (service de statistiques du ministère du Travail) ont prouvé que la majorité des bénéficiaires des minima sociaux ne retrouvaient pas de travail non pas pour des raisons financières, mais pour des problèmes de santé, de logement, de transport ou de garde d'enfants. Si l'on veut vraiment s'attaquer à ces facteurs et lutter contre la pauvreté, ce n'est pas 1 milliard d'euros qu'il faut, mais 10 milliards.

Mais ne fallait-il pas réformer le système actuel ?

C'est vrai qu'il peut paraître compliqué. On compte neuf minima sociaux en France, dont trois qui auraient vocation à être remplacés par le RSA : le revenu minimum d'insertion (RMI), l'allocation de parent isolé (API) et l'allocation de solidarité spécifique (ASS). Mais comme chacun d'entre eux correspond à une situation différente, on se contentera de les fusionner sous un seul nom (RSA), sans changer les barèmes. La seule différence, c'est qu'on pérennisera le principe d'intéressement, qui veut qu'on continue à percevoir son aide sociale un certain temps après avoir retrouvé un travail. Avec le RSA, on la percevra tant qu'on reste en dessous d'un certain seuil de revenu [«1,1 ou 1,2 smic» a indiqué Nicolas Sarkozy, ndlr].

Selon vous, ce ne sera pas suffisant pour augmenter le taux d'emploi des RMIstes ?

Non, car comme je l'ai dit, la plupart cumulent plusieurs freins au retour sur le marché du travail : rupture familiale, peu de qualifications, problèmes de garde… Pour tous ceux-là, il faut une politique d'accompagnement, via les contrats aidés par exemple. Or, entre 2007 et 2008, 100.000 ont été supprimés. Et puis je crois qu'il faut reconnaître qu'une partie des RMIstes, peut-être un tiers sur 1 million, n'est pas insérable. Mieux vaudrait l'admettre comme l'a fait le Royaume-Uni et leur donner malgré tout les moyens de vivre.

Que pensez-vous du fait de financer le RSA par une partie de la PPE ?

Il est vrai que la prime pour l'emploi est moins redistributive, car elle est calculée de façon individuelle. Ainsi, deux smicards peuvent cumuler deux PPE élevées alors qu'ils ne sont pas pauvres, mais modestes. Mais tout de même, est-ce bien cohérent de prendre au smicard pour donner au demi-smicard ? Quand on met en place une politique de redistribution, on regarde l'ensemble de la population, pas les plus modestes.

(Source : 20 Minutes)
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0 # laurent-Dycha-PCF-Aude 2008-04-25 22:21 Très belle analyse !

Le RSA est une fausse solution !

Le RMI est déjà un cache misère évitant que les gens se révoltent parce qu'ils ont faim et de surcroît, financé par les impôts locaux et donc, plus du tout par les entreprises… C'est effectivement un bon moyen de mettre Paul qui travaille pour son SMIC de misère contre Jacques qui lui, pleure le droit de travailler pour le SMIC justement !
Nous arions besoin d'un RSA pour que le retour à l'emploi, pendant quelques temps, ne coûte plus !? Et le smicard, lui, va payer plein pot puisque qu'on lui enlève la prime à l'emploi qui venait plus ou moins (plutôt moins d'ailleurs) rattraper les 20% d'abattement sur la feuille d'impôt qui ont été enlevés (IRPP) !!!!!
ET après ? Si l'employeur ne nous emploi pas on ne nous donne rien ? On nous reprend les sous peut être ?

STOP !

[Fin du commentaire effacé - Pas de prosélytisme ici SVP - La rédaction]
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0 # tristesir 2008-04-26 20:07
De nombreuses études de la DREES (service de statistiques du ministère du Travail) ont prouvé que la majorité des bénéficiaires des minima sociaux ne retrouvaient pas de travail non pas pour des raisons financières, mais pour des problèmes de santé, de logement, de transport ou de garde d'enfants.


Et surtout pas parce qu'il n'y a pas d'emplois, ou en nombre insuffisant n'est ce pas?


Et puis je crois qu'il faut reconnaître qu'une partie des RMIstes, peut-être un tiers sur 1 million, n'est pas insérable. Mieux vaudrait l'admettre comme l'a fait le Royaume-Uni et leur donner malgré tout les moyens de vivre.

Dans l'idéologie du "sacrifice au travail", du "travail qui rend libre" qui a bonne presse en ce moment, dire aux Français qu'une partie de la population aurait le droit de se soustraire à l'exploitation serait reçu avec jalousie de la part des autres français et indignation. Je le crains.
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0 # superuser 2008-04-27 23:57 Le créateur du RSA a annoncé lui-même le «redéploiement» de la PPE…

Le plafond de ressources pour bénéficier de la Prime pour l’emploi, actuellement à 1,4 Smic, va baisser pour financer la généralisation du Revenu de solidarité active.

Le gouvernement va "reconsidérer" à la baisse le plafond de ressources exigé pour bénéficier de la Prime pour l'emploi (PPE), indique le Haut Commissaire aux Solidarités actives dans un entretien au Parisien/Aujourd'hui en France de samedi. Afin de contribuer au financement du Revenu de solidarité active (RSA), "nous allons reconsidérer le plafond de la PPE qui est actuellement de 1,4 fois le Smic (1.792 € brut)", déclare au quotidien Martin Hirsch. "Ce recentrage ne me choque pas du tout", ajoute-t-il.

"La recentrer pourrait consister à ne plus en faire bénéficier ceux pour qui elle ne représente pas plus de 1% du revenu global du foyer. On va en débattre avec nos partenaires comme nous le faisons jusqu'à présent", précise-t-il. Le RSA sera versé "aux travailleurs pauvres qui touchent jusqu'à 1,1 (1.408 € bruts) ou 1,2 fois (1.536 € brut) le montant du Smic, ce point n'est pas encore tranché", rappelle Martin Hirsch.

A la question : "Certaines personnes cumuleront-elles RSA et PPE ?", il répond que "logiquement non". "Pour certains, cela ne changera rien. En revanche, d'autres vont toucher davantage", ajoute-t-il. "Pour ceux qui gagnent entre 1,2 et 1,4 Smic et qui perçoivent la PPE, on va regarder comment faire évoluer les choses. Aujourd'hui, je ne peux pas vous dire combien de personnes toucheront la PPE à terme. C'est un point sur lequel on va maintenant travailler", souligne-t-il.

"Aujourd'hui, un ménage avec 50.000 € de revenus annuels peut toucher la PPE, alors qu'il y a des gens qui travaillent mais sont considérés comme trop pauvres pour la percevoir. Le système a débordé, il faut le corriger", estime-t-il. Interrogé sur le budget dont il dispose, Martin Hirsch indique qu’"aujourd'hui, il y a les 4,2 milliards de la PPE auxquels s'ajoute 1 à 1,5 milliard d'euros sur le budget de l'Etat, comme l'a indiqué le président de la République".

Critiques de Bayrou et Fabius

Cette décision fait réagir au Modem comme au PS. François Bayrou, président du Mouvement démocrate (MoDem), a jugé samedi que les réformes étaient "indispensables", mais qu'elle "ne peuvent pas se payer au prix de l'injustice. (…) Nous ne considérons pas qu'il soit socialement juste ni acceptable de faire payer la solidarité par les plus pauvres", s'est-il exclamé au sujet du financement de la généralisation du RSA par un redéploiement partiel de la PPE.

De son côté, le socialiste Laurent Fabius, qui a créé et fait voter la PPE, estime "inacceptable" le redéploiement partiel annoncé jeudi par Nicolas Sarkozy. "Si l'on prélève 1 à 1,5 milliard d'euros (sur les 4 milliards d'euros de la PPE) pour la généralisation du RSA, cela veut dire que c'est la fin de la PPE, telle qu'elle existe", explique Laurent Fabius.

(Source : Libération)
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