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La France est-elle une démocratie ?

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Plusieurs "indicateurs" (et pas des moindres !) nous invitent à nous poser cette question : "La France est-elle une démocratie ?". En juillet, Le Figaro, qu’on ne peut soupçonner d’activisme subversif, nous révélait que 78% des Français estiment que l'Assemblée nationale ne les représente pas. En août, Franck Borotra (ex-numéro 2 du RPR) affirmait dans les colonnes du Nouvel Obs : "Nous n'avons plus aucune légitimité !" (1).

Et, derniers épisodes en date :

• En septembre, Arnaud Montebourg, un des chefs de file du NPS - Nouveau Parti Socialiste - publiait "sa" constitution de la VIe République (2) qui, selon lui, est le seul moyen de sortir la France du déclin démocratique.

• Le 2 octobre, Marie-Anne Montchamp (UMP) était élue députée de la 7e circonscription du Val-de-Marne lors d’une législative partielle marquée par un taux d’abstention de 76 % !
Quant à Patrick Devedjian (UMP), il retrouvait son siège de député des Hauts-de-Seine avec 53% d’abstention.

• Le 10 octobre, Le Parisien/Aujourd'hui en France faisait sa Une sur "Le sondage choc : les Français jugent les politiques". On y apprenait que :
- 78% pensent que les élus ignorent leurs problèmes (ce résultat est étonnamment comparable à celui obtenu par Le Figaro).
- 76% ne leur font pas confiance (39% plutôt pas confiance - 37% pas confiance du tout).
- 22% des Français ont une bonne image de leurs élus (71% une mauvaise).

Avec le sondage du Figaro (mené par BVA les 1er et 2 juillet), on aurait pu s’attendre à un 55/45% (55% de défiants, 45% de confiants sur la représentativité de l’Assemblée), comme le laissait présager le récent référendum sur la Constitution européenne. Mais non, le clivage entre les Français et les «élus du peuple» est encore plus profond qu’on imagine ! Ce résultat stupéfiant – disons-le – est révélateur d’une situation que nous dénonçons déjà depuis quelques temps sur Actuchomage.

Le malaise démocratique gangrène la France

Revenons aux origines de ce désamour parlementaire qui renforce un peu plus le malaise démocratique qui gangrène notre pays et dont nous estimons être les victimes, nous autres chômeurs, précaires, intermittents du travail et «bas salaires».

En 2002, Jacques Chirac a été réélu avec 82% des suffrages après avoir récolté un piteux 19% au premier tour des élections. Ces 19% de votes exprimés correspondent à moins 12% des Français en âge de voter quand on prend en compte les abstentionnistes. Donc en première intention, ce 21 avril 2002, 12 Français sur 100 ont accordé leur «confiance» au candidat Chirac, Président sortant. Un score misérable !

Lors des élections législatives qui ont suivi, l’UMP a obtenu la majorité ABSOLUE à l’Assemblée nationale, grâce à un mode de scrutin qui ne comporte pas de «proportionnelle», donc qui exclut d’office toutes les «petites formations», y compris le Front national qui a réuni 18% des suffrages au second tour des présidentielles.

Quatre dénis de démocratie - Quatre facteurs d'exclusion politique

Aujourd’hui, à l’Assemblée, l’UMP dispose d’une autonomie de décision totale, unilatérale, qui lui permet même de s’affranchir du soutien de ses «alliés» de l’UDF. Une projection des plus simplistes nous donne l’équation suivante : 30% d’abstentionnistes (taux moyen généralement observé) + 15% d’électeurs frontistes + 10% d’électeurs d’extrême gauche (LO, LCR) + 3 à 4% d’électeurs des «petites listes» = 55 à 60% de la population non représentés à l’Assemblée !
Premier déni de démocratie : seuls 40 à 45% des Français sont véritablement représentés !

Après, quand on visite un peu les arcanes de l’Hémicycle, on se rend rapidement compte que toute une cuisine se mijote dans notre dos. En septembre 2004, Michaël Moreau, journaliste et auteur du livre «Le gouvernement des Riches», nous confiait : «Ernest-Antoine Seillière a réussi à transformer le CNPF (ancien sigle du Medef) en une grosse machine performante. Il y a créé, entre autres, une Direction des relations avec les pouvoirs publics chargée de mener des actions de lobbying. Composée d'énarques, celle-ci rédige des propositions de lois et les soumet aux députés afin qu'elles soient discutées à l'Assemblée Nationale… et votées mot pour mot.» Plus loin, Moreau enfonce le clou : «J'évoque également la création des Clubs de Défense des Entrepreneurs, une action de lobbying menée au sein même de l'Assemblée nationale.»
Deuxième déni de démocratie : tous les Français ne bénéficient pas des mêmes «moyens» pour influencer celles et ceux qui sont sensés débattre et voter les lois.

Et puis, quand on scrute les bancs de l’Assemblée, on a le sentiment de se retrouver sous la IIIe République ; seul l’accoutrement vestimentaire des députés a changé ! Par qui sont représentés les millions de Français d’origines portugaise, espagnole, italienne, polonaise, et plus encore, algérienne, tunisienne, marocaine, sénégalaise, malienne, vietnamienne, chinoise… ? L’Assemblée nationale compte dans ses rangs bien peu d’hommes et de femmes «de couleur», exceptés celles et ceux qui représentent les Dom-tom (Antilles, Guyane, Réunion…).
Troisième déni de démocratie : où sont les représentants des Français d’origines étrangères ?

Pour poursuivre dans le même registre, combien de DÉPUTÉES représentent les 33 millions de Françaises (au bas mot) ?
Et combien défendent les droits et intérêts des millions de chômeurs, de précaires et d’intermittents du travail ? Combien d’élus du peuple, de gauche comme de droite, connaissent la réalité de nos situations ?
Laissons à Martine Billard, députée Verts de Paris, le soin de nous éclairer sur ce thème : «Depuis trois ans que je suis à l'Assemblée, j'ai le sentiment que ces lacunes sont liées au milieu social des politiques : les députés font majoritairement partie d'une classe à part, ils ne se sont jamais retrouvés dans des situations de chômage ou de précarité financière, ils ne peuvent donc pas s'imaginer comment ça se passe dans la vraie vie. Il y a à l'Assemblée une réelle méconnaissance des réalités.» Et à la question suivante : «Étiez-vous présente le 2 février 2005 à l'Assemblée quand Jacques Auclair, député UMP de la Creuse, a lancé lors d'un échange avec Maxime Gremetz : "Être payés à ne rien faire, voilà ce qui les intéresse, les chômeurs" ? Que vous inspire cette stigmatisation ?», Martine Billard répond : «Non, je n'y étais pas. Mais le problème, c'est qu'ils le pensent vraiment ! C'est un discours qui revient très régulièrement et c'est dramatique ! Ils vivent dans une telle bulle sociale, ils ont une telle méconnaissance des réalités qu'ils s'imaginent que les chômeurs sont des fainéants et que les RMistes roulent en BMW !!! Ça, on vous le sort constamment, c'est une catastrophe !» Different slot games online on Bookofraplaycom for everyone.
Quatrième déni de démocratie : les «élus du peuple» sont pour la plupart issus de milieux préservés et méconnaissent les réalités. Certains même méprisent ceux qu’ils «représentent».

Et nous arrivons à ce qui s’est passé le 29 mai dernier quand 55% des Français exprimèrent leur opposition au projet de Traité de Constitution européenne soumis à référendum. 90% des députés, eux, l’auraient accepté si Jacques Chirac – rendons-lui cet hommage – ne l’avait soumis au suffrage universel.

Les diversités de la France sont marginalisées

La démocratie française est malade. À tel point que l’on peut aujourd’hui se poser la question de savoir si nous sommes encore en démocratie...
Les chômeurs se comptent par millions (4 millions selon l’introduction du plan de cohésion sociale de Jean-louis Borloo) ; les précaires, intermittents du travail et les bas revenus (les smicards) se comptent aussi par millions. Par qui sont-ils représentés à l’Assemblée ? Par une petite poignée de députés communistes ?
Et ces Français d’origines étrangères, notamment d’Afrique du Nord et d’Afrique de l’ouest, par qui sont-ils représentés ? Quant aux femmes qui constituent plus de la moitié de la population, leurs élues occupent-elles la moitié des sièges de l’Hémicycle ?

Femmes, chômeurs, Français d’origines étrangères, électeurs LCR, LO ou FN, abstentionnistes (qui le sont pour des raisons souvent motivées par un découragement légitime : «mon vote ne sert à rien !», «il ne changera rien !»)… toutes les diversités de la France d’aujourd’hui sont marginalisées. Toutes ces MAJORITÉS de la France d’aujourd’hui sont exclues de la représentation nationale !

Le résultat du sondage Le Figaro/BVA traduit une juxtaposition de dénis de démocratie qui met en péril la cohésion nationale. Par les petits jeux du découpage électoral, du mode de scrutin et des alliances politiques, les partis de l’establishment (principalement l’UMP, l’UDF, le PS) refusent à une majorité de Français d’être équitablement représentée à l’Assemblé. Ces mêmes qui sont de plus en plus influencés dans leurs choix et leurs votes par les lobbies (principalement économiques).

80% des Français estiment que l’Assemblée nationale ne les représente pas ! Ce seul désaveu suffit à motiver la refondation démocratique de la France qu’APNÉE/Actuchomage – comme beaucoup d’autres – appelle de ses vœux et pour laquelle il va valoir activement militer avant les élections présidentielles et législatives de 2007.

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(1) "NOUS N'AVONS PLUS AUCUNE LÉGITIMITÉ !"

«La fracture sociale s’est élargie. De plus en plus de gens entrent dans le champ de la précarité (…). Notre démocratie est en danger car le contrat de confiance entre électeurs et élus a été rompu : NOUS N'AVONS PLUS AUCUNE LÉGITIMITÉ».

De qui sont ces commentaires «subversifs» relayés par le "Nouvel Observateur" du 11/08 ?
De Franck Borotra, 68 ans, ex-numéro 2 du RPR, ministre sous Alain Juppé, ancien Président du Conseil général des Yvelines.

Ce "NOUS N'AVONS PLUS AUCUNE LÉGITIMITÉ", de la bouche d'un pilier du gaullisme et du RPR (ex-UMP)… un homme très proche de Jacques Chirac, est tout simplement remarquable d'honnêteté, de probité intellectuelle, et renforce la portée de la question que nous posons ici :

"La France est-elle encore une démocratie ?"

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(2) "La Constitution de la 6e République", par Arnaud Montebourg et Bastien François.
Odile Jacob, 191 p., 19 €. Le site : www.c6r-fr.org

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Nous invitons les intéressé-E-s à lire et signer - le cas échéant - notre APPEL POUR UNE REFONDATION DÉMOCRATIQUE.


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