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En Europe, lourde menace pour les plus pauvres

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Le sort du Programme européen d'aide aux plus démunis (PEAD) se joue aujourd'hui à Bruxelles, à l'occasion de la réunion d'un conseil des ministres de l'agriculture des Vingt-Sept.

Est-ce la fin du PEAD ? Créé dès 1987 sous l'impulsion du président de la Commission européenne de l'époque, Jacques Delors, et à la suite de l'appel du fondateur des Restos du cœur, Coluche, le fonds permet, pour le moment, de distribuer une aide alimentaire à plus de 13 millions de personnes dans 19 des 27 Etats de l'UE. Principaux bénéficiaires : l'Italie, la Pologne et la France.

Aujourd'hui remis en question, ce fonds devra passer de 480 millions d'euros annuels à 113,5 millions d'euros, soit une diminution de 76% en 2012. La part de la France sera réduite de 80%, passant à 15 millions contre 72 millions prévus initialement. Une réduction considérable donc, qui prendra lieu si aucun accord n'est trouvé mardi 20 septembre, lors d'une réunion de "la dernière chance" prévue à Bruxelles entre les ministres européens de l'agriculture.

Une aide "du ressort des Etats membres" ?

En cause dans cette décision : le programme, visant des stocks européens de la politique agricole commune (PAC), pâtit d'un niveau de stock si bas depuis ces deux dernières années que l'UE a dû le compenser par d'importants achats de nourriture à destination des banques alimentaires. Du coup, l'Allemagne a porté plainte. S'en est suivie une décision de la Cour européenne de justice de Luxembourg en avril, qui a estimé que ces achats étaient incompatibles avec la politique agricole de l'UE.

Depuis, les Etats européens s'opposent sur le sujet. D'un côté, selon un diplomate européen, l'Allemagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la République tchèque, le Danemark et la Suède se seraient opposés à un maintien du PEAD à son niveau actuel pour 2012 et 2013. "Nous n'avons rien contre l'aide aux nécessiteux, mais cela relève de la politique sociale, qui est du ressort des Etats membres", a commenté un diplomate d'un de ces Etats. De l'autre, plusieurs Etats européens se livreraient à un intense lobbying auprès de ces Etats pour faire "sauter" cette minorité de blocage et mettre en œuvre une solution transitoire permettant de maintenir l'aide en 2012.

Tollé chez les ONG

La perspective a provoqué un tollé, le président Nicolas Sarkozy allant même jusqu'à s'en émouvoir en juin lors d'un sommet européen. La FNSEA, premier syndicat agricole en France, qui soutient notamment les Restos du cœur, s'est également engagée en faveur du maintien de l'aide alimentaire européenne. C'est ce qui ressort d'une lettre rendue publique lundi et adressée dès le 27 juillet au ministre de l'agriculture, Bruno Le Maire.

Mais c'est surtout chez les associations caritatives que les réactions se sont vivement fait ressentir. Lundi, quatre d'entre elles – les Restos du Cœur, le Secours populaire, la Croix-Rouge et la Fédération française des banques alimentaires – ont averti que la baisse drastique des fonds européens consacrés aux plus démunis risquait de provoquer un "tsunami alimentaire" dans des pays de l'Union européenne.

"Nous sommes face à une situation inédite. Alors qu'il n'y a jamais eu autant de demande, il n'y a jamais eu autant de menace sur notre action", a expliqué Olivier Berthe, président des Restos du Cœur. "En vingt-cinq ans que le programme existe, c'est la première fois que nos quatre associations se réunissent pour pousser un cri d'alerte. Si demain une décision n'est pas prise, il y aura une crise humanitaire, une crise alimentaire dans ce pays", s'est-il alarmé.

130 millions de repas en moins

Cette coupe du PEAD devrait se traduire par 130 millions de repas distribués en moins en 2012, selon Didier Piard, responsable de l'action sociale à la Croix-Rouge. Car le PEAD représente 23 à 55% des denrées collectées par les associations françaises.

Les coupes devraient entraîner des conséquences encore pire dans d'autres pays européens : "En Espagne, c'est 50% des approvisionnements des banques alimentaires; en Italie, les deux tiers; en Pologne et en Hongrie, 90%", souligne Alain Seugé, président du réseau français de ces banques et vice-président de la Fédération européenne.

La perspective est d'autant plus inquiétante qu'en 2013 le risque est de voir le PEAD disparaître complètement, craint M. Lauprêtre. Le tout en période de crise économique et de progression de la pauvreté. "C'est indigne de l'Europe", a dénoncé Alain Seugé, président de la FFBA.

(Source : Le Monde)


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Mis à jour ( Vendredi, 21 Octobre 2011 13:17 )  

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