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Accueil Mobilisations, luttes et solidarités Nouveauté Livre : Le quai de Ouistreham

Nouveauté Livre : Le quai de Ouistreham

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Pendant six mois, dans le plus grand secret, Florence Aubenas s'est inscrite au Pôle Emploi de Caen, puis immergée dans le quotidien des travailleurs précaires de la région.

Même si elle a couvert le Rwanda, l'Irak (où elle fut prise en otage), l'Algérie, le Kosovo, cette journaliste de 49 ans n'a pas l'arrogance des grands professionnels des médias. Alors qu’Internet les plonge dans la panique et qu'une majorité écrasante de Français les honnit, déplorant leurs accointances avec le pouvoir et l'argent, on en a vus certains montrer leur vrai visage dans la Ligne J@une, émission du site Arrêt sur Image à l'occasion de l'affaire Peillon (sur abonnement; attention, sortez vos sacs à vomir !), puis sur Arte dans le documentaire «Huit Journalistes [soi-disant] en colère» qui n'a laissé ni l'excellente Mona Chollet, ni le décapant Seb Musset sans voix face à ce répugnant déballage...

Paresseux ? Conformistes ? Moutonniers ? A la botte du pouvoir politique et des intérêts économiques ? Le spectacle ahurissant que nous livrent ces professionnels, caste indéboulonnable qui tue la démocratie à petit feu, confirme à lui seul les accusations qu'on leur porte.

Mais, heureusement, certain(e)s continuent à exercer leur métier avec indépendance et conviction, relevant ainsi le niveau d'une corporation de plus en plus méprisable. Florence Aubenas fait partie de ces oiseaux rares qui, mûs par un devoir de vérité, tentent de combattre l'injustice en l'exposant au grand jour, au lieu de la taire ou de l'effleurer.

Dans la peau d'une femme de ménage

L'actualité, depuis plus d'un an, c'est «la crise» — qui, entre nous, sévit depuis des lustres… — et ses répercussions dramatiques sur «la France d'en bas». De février à juillet 2009, elle est donc partie incognito enquêter en Normandie, s'inscrivant comme chômeuse au Pôle Emploi de Caen avec un faux CV de quadragénaire bachelière sans qualification, mais sous son vrai nom, sans jamais être reconnue. Elle a accepté un stage bidon et suivi les conseils du sous-traitant de Pôle Emploi qui, faute de mieux, lui a proposé de devenir «agent de propreté», fait la tournée des boîtes d’intérim, puis enchaîné des missions en tant qu’employée au nettoyage à bord du ferry pour l’Angleterre, à Ouistreham. Des mois à récurer les cabines et les toilettes pour un salaire de misère (du travail en miettes pour moins de 700 € par mois) et dans des conditions infâmes (horaires plus qu'atypiques, déplacements incessants, prestations chronométrées, douleurs physiques et fatigue nerveuse…). Un univers sans espoir où le «travailler plus pour gagner plus» n'est qu'un leurre au cynisme consommé, et où la seule règle en vigueur est de se faire exploiter en fermant sa gueule, au nom de la sacro-sainte «concurrence».

On pense au livre d’Elsa Fayner «Et pourtant je me suis levée tôt», sorti l'année dernière. Cette jeune journaliste était, elle aussi, partie à Lille s'immerger dans le quotidien des précaires afin de démontrer que les pauvres ne sont pas des tire-au-flanc et qu'ils rêvent, tous, d'un CDI même payé au Smic. Constat identique chez Florence Aubenas : pour ces femmes exploitées par des patrons sans états d’âme, abandonnées des syndicats, un CDI de caissière au Smic est un rêve inaccessible.

A l'heure où le nombre de demandeurs d'emploi «en activité réduite» explose, que le gouvernement veut faire la peau au salaire minimum et institutionnalise le travail précaire et sous-payé par le biais de «contrats aidés» qui ne permettent pas de vivre tandis que Pôle Emploi, grâce au PPAE et à l’«offre raisonnable», s'évertue à déclasser des chômeurs diplômés ou expérimentés en les orientant vers des métiers dégradés, l'enquête de Florence Aubenas tombe à pic.

Sa maison d’édition compare cette expérience à celle de Georges Orwell «Dans la dèche à Paris et à Londres»... Bienvenue dans le lumpenprolétariat de la cinquième puissance mondiale où les otages du terrorisme économique, plongés dans la misère sociale, se comptent par millions.


Le quai de Ouistreham par Florence AUBENAS - Ed. de L’Olivier - 270 p - 19 €
Sortie le 18 février 2010.
Extraits à lire dans Le Nouvel Obs
Mis à jour ( Mercredi, 17 Février 2010 16:31 )  

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