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Accueil Social, économie et politique René Monory : un défunt atypisme

René Monory : un défunt atypisme

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N'ayant pas à son égard une affection particulière, nous notons tout de même que cet ancien président du Sénat qui, à l'âge de 85 ans, vient de quitter ce bas monde après une existence bien remplie, n'en demeure pas moins le symbole d'une ère révolue.

René Monory, fils unique d'un mécanicien compagnon du tour de France et d'une employée de ferme qui avait commencé à travailler à 9 ans, a lui-même débuté à 16 ans comme apprenti dans le petit garage paternel. Muni d'un simple certificat d'études mais doué en affaires, il a bénéficié d'un «ascenseur social» qui fonctionnait à plein : l'ambitieux jeune entrepreneur est devenu maire de sa ville, puis conseiller général, puis sénateur, puis ministre de l'Industrie, de l'Economie, de l'Education, puis président du Conseil général de la Vienne... Un parcours «exemplaire», digne des grands principes républicains. Qualifié d’«humaniste», de l'huile de vidange aux ors du Palais du Luxembourg, le «garagiste de Loudun» — surnom dont l'affublèrent les élites bourgeoises et qui lui a toujours collé à la peau — fut un autodidacte, et son irrésistible ascension est le reflet d'un temps que les moins de 40 ans ne peuvent pas connaître...

Vous êtes maintenant déconnecté !

En effet, de nos jours, combien peuvent se vanter d'être des élus issus d'un milieu «populaire» ? Qui considère aujourd'hui qu'entrer par la petite porte et arriver au sommet est un parcours aussi sain, logique que bénéfique ? Combien de politiques, de dirigeants d'entreprises ou de «managers» se sont hissés à leurs postes sans être passés par des grandes écoles qui les ont inexorablement formatés, éloignés du terrain et de toute base humaine ? Pourquoi, chez eux, un âge avancé est-il signe de respectabilité alors que, partout ailleurs, il est un critère d'obsolescence ?

Pourquoi, pour travailler dans une banque, faut-il être minimum Bac+3 alors qu'autrefois un CAP suffisait ? Laisse-t-on seulement une chance aux profils «atypiques», aux «autodidactes» dans les procédures de recrutement actuelles ? Quand cessera la surenchère des études et des diplômes qui, par leur imbécile tyrannie, interdit à ces profils de prétendre à autre chose que des boulots asservissants doublée d'une stagnation professionnelle, à moins de flatter régulièrement l'ego de leurs supérieurs hiérarchiques ? Quand reviendra le temps où ceux qui ont du potentiel pourront vraiment réussir, même s'ils osent dire non et aller à contre-courant, même s'ils ne sont pas nés avec une cuiller en argent dans la bouche ?

La planète des singes

Mais, comme disait la pub Mc Cain, «c'est ceux qui en parlent le plus qui en mangent le moins» : ainsi va le marketing de «l'égalité des chances» et son cuisant aveu d'échec, la «discrimination positive», slogan qui n'a, d'ailleurs, pas fait long feu.

Par sa mort, René Monory, peu connu des nouvelles générations et qui, lui-même, fuyait les «dîners en ville», nous rappelle que ce monde tourne de moins en moins rond, que la démocratie, la représentativité et la diversité s'effacent au profit d'une oligarchie plus ou moins glamour, de moins en moins brillante, de plus en plus déconnectée du monde réel, mais qui tient pourtant les rênes de notre économie et de nos vies.

Les vrais talents sont ailleurs, placardisés. Fut un temps où, modeste mais talentueux, on pouvait assouvir ses désirs de revanche sociale — comme René Monory ? — ou, tout simplement, réaliser ses rêves. Quelle maison de disque signerait aujourd'hui des artistes comme Alain Bashung ou Leonard Cohen ? Bienvenue dans une ère où l'origine sociale, la capacité de soumission et de racolage effacent le talent et la volonté : désormais, on juge et on promeut les individus non sur leurs compétences, leur originalité et leur richesse humaine, mais sur leur aptitude à fermer les yeux sur ce qui les entoure, à écraser les autres et à renier durablement ce qu'ils sont. TF1, Photoshop, leurs clones et leurs moutons sont les nouveaux parvenus. C'est ça, la «modernité» ! René Monory, que tout le monde honore avant de l'enterrer, est, finalement, un regrettable archaïsme.

SH

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Mis à jour ( Dimanche, 12 Avril 2009 05:38 )  

Commentaires 

 
0 # tristesir 2009-04-12 14:00 A propos de René Monory que les gens de ma génération ont un peu connu en 1986:


Ministre de l'Éducation nationale de 1986 à 1988, attaché à la formation des jeunes, son mandat est marqué par de nombreuses contestations étudiantes suite au projet de réforme universitaire de son ministre-délégué Alain Devaquet et où un étudiant, Malik Oussekine, trouve la mort le 6 décembre 1986.


source:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Ren%C3%A9_Monory

Je me rappelle aussi la souricière de la place des invalides où des jeunes à terre encerclés et ne pouvant plus quittés cette place, se sont fait matraqués. Et il me semble, sauf erreur, que des jeunes aient été gravement blessés par l'explosion de grenades lacrymogènes.


Lire l'article sur le projet de loi Devaquet:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Projet_de_loi_Devaquet

Et à faire le parallèle avec les réformes en cours dans l'université.

Finalement, ils ont réussi après plus de 20 ans à imposer leur idéologie.
Ils sont patients mais arrivent à leur fins.
(C'est la même chose avec la construction européenne)
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0 # superuser 2009-04-12 15:58 Si, un jour, un magnifique séquoia se dressait sur le chemin que vous vous êtes fixé et que vous considériez qu’il est impensable de dévier de ce chemin de quelque manière que ce soit, vous trouveriez sans doute très efficace d’employer contre cet arbre magnifique une bonne tronçonneuse ou une bonne dose d’explosifs. Bien sûr, tous les amis des arbres en général et des séquoias en particulier vous tomberaient sur le dos, mais vous auriez déjà abattu cet obstacle magnifique et pourriez poursuivre le chemin que vous vous êtes fixé.

Sauf que, parfois, la manière la plus efficace d’abattre un obstacle n’est pas toujours la plus rapide et la plus expéditive. Surtout s’il n’y a que vous qui savez où mène le chemin et que vous n’êtes guère pressé que les personnes qui vous suivent (de gré ou de force, qu’importe !) en voient la destination finale.

C’est pour cela que face à l’abominable obstacle du Droit du travail, notre gouvernement a choisi la stratégie de la hache de pierre.

Quoi de plus inefficace qu’une hache de pierre, je vous le demande ? A chaque petit coup, vous ne faîtes sauter qu’un ridicule copeau, un fétu de bois, tant et si bien que votre action semble dérisoire, vouée à l’échec, indolore et sans conséquence. Mais vous, avec votre petite hache de pierre, à l’instar du castor qui ronge patiemment l’arbre qu’il veut abattre, vous savez qu’au bout du compte vous allez rogner la base de l’édifice, la creuser, la déstabiliser, saper ses fondations, tant et plus qu’à force, l’arbre entier s’écroulera d’un coup d’un seul, dans un lugubre craquement.

(Source : Le Monolecte)
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