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Recrutement : De qui se moque-t-on ?

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Nous l'appellerons Catherine (une utilisatrice du site).
Catherine, la quarantaine, postule par mail à une annonce émanant du groupe immobilier Ancéa, localisé boulevard Magenta à Paris. Cette entreprise recherche un(e) responsable marketing âgé(e) de 28 à 35 ans.

• Le 24/02/05, dans la foulée de son envoi, Catherine reçoit la réponse suivante :

- Pour les 25/30 ans :
Merci de votre candidature, nous sommes actuellement en train de l'examiner. Nous convoquerons d'ici 15 jours pour un entretien les candidatures qui nous sembleront proposer l'expérience la plus proche possible du travail dans une équipe ressérée sur un marché similaire.
Si vous n'avez pas été contacté d'ici là, c'est que malgré toutes ses qualités, nous avons trouvé suffisamment de candidats à l'expérience plus proche de nos objectifs que la vôtre. Nous vous souhaitons bonne chance dans vos recherches.

- Pour les + de 30 ans, et les candidats non sélectionnés en développement :
Merci de votre candidature,
Nous vous remercions d'avoir pris la peine de postuler dans notre entreprise. Nous ne pouvons donner suite à votre candidature, votre profil étant différent du poste tel qu'il est défini aujourd'hui dans la structure de notre équipe.
Nous espérons que vous trouverez prochainement un poste plus conforme à vos talents et à votre expérience. Nous vous souhaitons bonne chance dans vos recherches.

…/…

• Catherine s'empresse de répondre à ce mail pour le moins fantaisiste et, surtout, discriminatoire sur le seul critère d'âge :

Monsieur,

En recevant votre réponse, je me suis demandée quelle différence pouvait bien exister entre une discrimination par l'âge et une discrimination en raison de l'origine ethnique ou du genre sexuel. Aucune je crois, si ce n'est que les deux dernières sont interdites ce que je trouve bien dommage. Cela vaut sans doute la peine d'attirer l'attention des médias et législateurs sur ce point.

J'ai travaillé avec tant de personnes de vingt ans qui étaient déjà des petits vieux sans tonus que le jeunisme obstiné des recruteurs ne cesse d'être pour moi un motif d'étonnement. Pourquoi rendre ce critère dirimant en effet ? Si au moins, il s'agissait de proposer à une jeune personne un poste qui lui permettra d'évoluer dans l'entreprise, d'y "faire carrière" comme on le disait autrefois. Mais personne n'est dupe. Le monde du travail n'a plus rien de ce genre à offrir. Celui ou celle que vous allez recruter a entre 25 et 30 ans aujourd'hui. Dans le meilleur des cas, si l'entreprise ne succombe pas à un quelconque scandale financier, s'il n'y a pas de restructuration, il ou elle travaillera chez vous jusqu'à la quarantaine, âge certes canonique auquel votre successeur (car vous-même aurez sans doute été victime de cette logique) décidera que le citron aura été suffisamment pressé et qu'il est temps de jeter l'écorce, selon l'heureuse formule de Voltaire.

Ne voyez dans ma lettre aucune acrimonie. J'avais seulement envie de vous offrir ces quelques remarques pour vous distraire de votre tâche qui, à bien des égards doit être mécanique.
Sans espoir d'un prochain contact, je vous prie d'agréer, Monsieur Nisenage, l'expression de mes salutations distinguées.

Catherine

…/…

• En guise de réponse, le 25/02/05, Catherine reçoit le mail suivant, toujours plus fantaisiste :

Madame, Monsieur,

Je vous informe par ce courrier que votre candidature est bien en cours de traitement et vous demande de ne pas tenir compte de notre réponse rendue suite à l’envoi de votre candidature.
Une erreur informatique des messages a malheureusement perturbée le contenu et l’envoi de ceux-ci.

Mahi Stagiaire

…/…

• Catherine réagit instantanément et adresse un mail à Philippe Bondurand, Chargé du recrutement de l'entreprise :

Cher Monsieur Bondurand,

Je vous sais un gré infini de mettre en place ce service de réponses types. Bien des entreprises négligent en effet d'installer un de ces répondeurs qui permettent aux demandeurs d'emploi, déjà bien accablés de se sentir inutiles, de justifier de leurs recherches auprès des Assedic.

Cependant, malgré toute votre courtoisie, j'ai néanmoins transféré notre échange épistolaire virtuel au courrier des lecteurs du Monde, et je compte bien l'adresser à d'autres journaux.

Encore une fois, ceci n'est pas dirigé contre votre entreprise, mais contre la bêtise des méthodes de management et de relations humaines dont trop de personnes sont victimes aujourd'hui. Il est temps d'y mettre un terme et que notre Europe cesse de scier la branche sur laquelle elle est assise en faisant fi des compétences dont elle est pourtant riche.

Outre le fait de mal maîtriser le français ("Une erreur informatique des messages a malheureusement perturbée le contenu et l’envoi de ceux-ci " : AVEC L'AUXILIAIRE AVOIR, LE PARTICIPE PASSÉ NE S'ACCORDE PAS), votre stagiaire incompétent (ou incompétente) vous a mis dans une situation embarrassante. Ne vaudrait-il pas mieux créer de véritables postes occupés par des personnes responsables plutôt que de multiplier les stagiaires pour préserver les intérêts de vos actionnaires dont le portefeuille est un tonneau des Danaïdes ?

Pour conclure, je vous remercie de vos encouragements dans mes démarches ultérieures. Je vous souhaite à mon tour de tirer profit de nos échanges de ce jour pour vos prochains recrutements. Très cordialement,

Catherine

…/…

• Le 25/02/05, Philippe Bondurand lui répond :

Chère Madame,

Suite à une erreur de manipulation d'un assistant, vous avez reçu par erreur deux des réponses types que nous avons adressé aux candidats pour le poste de responsable du marketing de notre enseigne. Je vous prie d'excuser cette erreur.

Vous n'êtes pas sans savoir qu'hélas, de nombreuses entreprises ne prennent même pas la peine de répondre aux candidats non retenus. Nous avons tenu à respecter un minimum de courtoisie, ce qui, ajouté à la maladresse d'un employé, nous vaut votre réaction. Cette réaction est naturelle, compte tenu que vous n'avez pas connaissance de l'ensemble des étapes de notre processus de recrutement, qui a consisté à trier parmi pas moins de 250 candidatures.

Notre annonce spécifiait une tranche de 28 à 35 ans, et nous avons, devant l'abondance des candidatures privilégié les candidats les plus expérimentés, les candidats retenus de plus de 30 ans ont été convoqués en priorité. Afin de ne pas allonger notre délai de réponse nous avons choisi d'envoyer une réponse d'attente aux plus jeunes et un refus définitif aux plus expérimentés non-retenus.
J'espère que ces précisions vous aideront à pardonner cette maladresse et que vos recherches seront rapidement couronnées de succès.

Bien cordialement,

…/…

Commentaire d'Actuchomage :

Les "précisions" fournies par ce Philippe Bondurand sont d'une telle opacité que nous avons du nous y reprendre à trois fois pour les décrypter… et n'y rien comprendre. Dans cet imbroglio, nous ne retiendrons qu'une chose : Catherine semble ignorer (tout comme son interlocuteur chez Ancéa) que la discrimination par l'âge est sanctionnée au même titre que toute autre forme de discrimination (sexe, origine ethnique, préférence sexuelle…). Elle aurait donc pu rétorquer à ce Philippe Bondurand que :

Dans le paragraphe «Profil requis», votre annonce stipule que le candidat devra être «âgé de 28 à 35 ans». Je vous rappelle que l’article L122-45 du Code du travail précise que : «Aucune personne ne peut être écartée d'une procédure de recrutement (…) en raison de son origine, de son sexe, de ses mœurs, de son orientation sexuelle, DE SON ÂGE, de sa situation de famille, de ses caractéristiques génétiques, de son appartenance ou de sa non appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation ou une race (…)».
L’article 225-1 du Code pénal indique que : «Constitue une discrimination toute distinction opérée entre les personnes physiques à raison de leur origine, de leur sexe, de leur situation de famille, de leur apparence physique, de leur patronyme, (…) de leurs mœurs, de leur orientation sexuelle, DE LEUR ÂGE, de leurs opinions politiques, de leurs activités syndicales, de leur appartenance ou de leur non appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée».
L’article 225-2 rappelle enfin que «la discrimination définie à l'article 225-1, commise à l'égard d'une personne physique ou morale, est punie de trois ans d'emprisonnement et de 45.000 euros d'amende lorsqu'elle consiste : (…) À subordonner une offre d'emploi, une demande de stage ou une période de formation en entreprise à une condition fondée sur l'un des éléments visés à l'article 225-1 (…)».

Votre annonce et vos courriers laissent donc apparaître une orientation discriminatoire condamnable. Votre recherche d’un candidat ne saurait être fondée sur des critères autres que les seules compétences requises pour ce poste.
Au regard de ces éléments, je me réserve le droit d’engager toute procédure visant à faire respecter les dispositions juridiques prévues en matière de recrutement.

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Mis à jour ( Mardi, 01 Mars 2005 19:39 )  

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