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Chômage de décembre : une explosion des radiations bien mystérieuse...

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S'il n'y a eu que 300 chômeurs de cat. A en plus — 10.200 au total avec les catégories B et C de France métropolitaine —, on note en revanche plus de 20.000 sorties de listes supplémentaires totalement inexpliquées.

Vaguement étonnée mais toujours aussi moutonnière (et indigente), la presse écrite ou télévisée s'empresse de titrer sur une "stabilisation" du chômage... Personne n'a cherché à comprendre pourquoi ce "répit" (Michel Sapin compris), sauf certains qui connaissent la musique ou font preuve de conscience professionnelle, tels Marc Landré du Figaro et Jean-Baptiste Chastand du Monde.fr qui ont tout de suite pointé cette anomalie.

En effet, quand on regarde de plus près la dernière note mensuelle de la Dares/Pôle Emploi, on s'aperçoit que les radiations ont explosé : +24,5% de «radiations administratives» et +6% de «cessations d'inscriptions pour défaut d'actualisation» (voir détail plus bas au chapitre des sorties). Des variations très surprenantes qui ont tout de même permis d'escamoter ponctuellement plus de 20.000 inscrits.

Le phénomène n'est, hélas, pas nouveau. Les «évolutions particulièrement erratiques et inexpliquées de certains chiffres» sont récurrentes. En novembre, une grossière erreur du même acabit a visiblement été commise au chapitre des «offres collectées par Pôle Emploi» avec un écart assez délirant (voir plus bas). Même remarque pour les «demandeurs d'emploi ayant un droit payable au RSA». 

En outre, si l'on élargit aux catégories ABC, c'est-à-dire à l'ensemble des demandeurs d'emploi «tenus d'accomplir des actes positifs de recherche», ce ne sont pas 300 mais tout de même 10.200 chômeurs supplémentaires qui se sont inscrits le mois dernier à Pôle Emploi en métropole; +3.700 de catégorie A et +12.600 en ABC avec les DOM.

Donc pas de quoi se réjouir : ce "répit" n'est qu'un trompe l'œil. Le chômage a augmenté pour le 20e mois consécutif, et ce n'est pas terminé. 2012 fut une année noire et 2013 le sera aussi, quoique certains en disent.

Passons à notre décryptage mensuel.

Catégorie A (chômeurs officiels, sans activité aucune) : +300
Ils sont désormais 3.132.900 en métropole, 3.389.400 avec les DOM (+3.700).
Progression annuelle : +10%

Du côté des chômeurs qui sont restés inscrits tout en exerçant une activité réduite, faute d'emploi véritable :

Catégorie B (chômeurs en activité réduite inférieure à 78h/mois) : -5.800
Ils sont 612.400 en France métropolitaine.
Progression annuelle : +8,9%

Catégorie C (chômeurs en activité réduite supérieure à 78h/mois) : +15.700
Ils sont 882.300 en France métropolitaine.
Progression annuelle : +2,4%

Pour rappel, la Cour des comptes vient de critiquer notre système d'indemnisation qui permet à «ces chômeurs qui travaillent en toute légalité» d'alterner/cumuler allocation chômage et revenu d'activité réduite, comme si c'était de leur faute si leur nombre a doublé en vingt ans et que 90% des offres d'emplois proposées actuellement sont précaires ! A l'instar du RSA "activité" — complément de revenu pour les travailleurs pauvres — qui a ôté tout scrupule aux patrons qui sous-payent leurs salariés, à l'instar du régime des intermittents du spectacle dont les vrais bénéficiaires sont les employeurs du secteur, chaque fois que l'Etat-providence s'emploie à adoucir certaines situations (précarité, bas salaires…), le patronat saute sur l'aubaine et tire sur la corde, s'arrangeant pour que le remède aggrave le mal. Mais c'est aux victimes de ces abus qu'on menace de s'en prendre alors qu'elles rêvent toutes d'avoir un emploi digne.

Au total, en décembre, le nombre des inscrits en catégories ABC — c'est-à-dire l'ensemble des demandeurs d'emploi «tenus d'accomplir des actes positifs de recherche» — a crû de 10.200 en métropole.
Ils sont désormais 4.627.000 en France métropolitaine (+8,8% sur un an) et 4.917.500 avec les DOM (+12.600).

Passons maintenant aux voies de garage...

On note que le nombre des contrats aidés, prestations occupationnelles et autres CSP a reculé :

Catégorie D (chômeurs non disponibles car en arrêt maladie ou en maternité, en stage, formation ou convention de reclassement) : -1.800
Ils sont 265.400 en France métropolitaine.
Variation annuelle : +11,8%

Catégorie E (chômeurs non disponibles car en contrat aidé) : -1.500
Toujours en France métropolitaine, ils sont 355.800 ainsi occupés.
Variation annuelle : -1,9%

Au total, fin décembre 2012, toutes catégories confondues (ABCDE), le nombre de chômeurs inscrits à Pôle Emploi en métropole s'élève à 5.248.800 (+6.900 personnes sur un mois et +8,1% sur un an). Avec les DOM, on arrive à 5.560.100, soit 9.100 personnes de plus par rapport à novembre : un chiffre atténué par 20.000 radiés providentiels.

A ces 5.560.100, il convient d'ajouter les 100.400 "seniors" indemnisés de métropole (chiffre non précisé pour les DOM) bénéficiant toujours de feu la dispense de recherche d'emploi, non catégorisés.
Ainsi, on atteint 5,66 millions d'inscrits.

Dans le détail...

L'ancienneté moyenne des inscrits des catégories ABC de métropole augmente légèrement à 477 jours (contre 459 il y a un an), soit 16 mois. La moyenne d'inscription des sortants reste stable à 255 jours (254 le mois dernier, 246 il y a un an).

A noter que la durée moyenne d'inscription des sortants en ABC baisse à 139 jours (-5) pour les moins de 25 ans, et augmente à 442 jours (+4) pour les plus de 50 ans.

Du côté des chômeurs de longue durée, ils sont désormais 1.816.300 rien que dans les catégories ABC de métropole (+18.400 en un mois), 1.965.100 avec les DOM (+21.000), auxquels on peut rajouter les 355.000 chômeurs de catégorie E et les 100.000 seniors en DRE. Ainsi, le volume des "DELD" — comme on les appelle — dépasse 42% de l'ensemble des inscrits à Pôle Emploi.

En glissement annuel, le volume des inscrits depuis plus d'un an a augmenté de 12,5%. Celui des inscrits de plus de 3 ans — enkystés dans la crise depuis 2009 — a progressé de 18,6%, et celui des inscrits entre 1 et 2 ans de 11,9%.

Parmi eux, toutes catégories confondues, 770.300 sont indemnisés au titre du RSA — là aussi, avec un étonnant recul de 19.400 allocataires sur un mois ramenant leur progression à +10,9% sur un an, alors qu'ils étaient 17.300 de plus en novembre et 772.400 en octobre — et 392.500 perçoivent une allocation de solidarité de l'Etat (ASS, AER… +14,4% sur un an).

Du côté des seniors, les inscriptions de chômeurs de plus de 50 ans dans les catégories ABC de métropole ne mollissent pas : +9.700 par rapport à octobre.
Ils sont 996.800 dont 520.000, soit 52%, sont des femmes.
Progression annuelle : +15,2% (et +16,9% pour les seniors de catégorie A, sans aucune activité).

En comparaison, les moins de 25 ans en ABC sont 700.000 (+9,2% sur l'année).

Du côté des sorties, on note un bond de 5,9% des «cessations d'inscriptions pour défaut d'actualisation» : +11.700 (contre +4.200 en novembre) pour un total de 209.700. On note une explosion de 24,5% des radiations administratives : +9.200 (contre -100 en novembre) pour un total de 46.700. Les «autres cas» augmentent aussi un peu : +800 (contre +4.200 en novembre) pour un total de 51.300.
Ces trois motifs représentent 66,4% — donc les deux-tiers — du volume des sorties.

Du côté des entrées, les fins de CDD et de mission d'intérim représentent à elles deux 30,6% des motifs.

Du côté des offres, en décembre, Pôle Emploi en a collecté 17.700 de plus, soit 248.100 au total, mais la progression annuelle demeure négative : -11,8%. Les emplois dits "durables" (plus de 6 mois) ne représentent toujours que 41% du total, le reste étant "temporaire" ou "occasionnel". Et sur le compteur d'offres en ligne de pole-emploi.fr, c'est la bérésina : il en affiche bravement 112.937.

Puisqu'on parlait de variations importantes et inexpliquées à propos des radiations de décembre, il est à noter que sur la note de novembre, le nombre d'offre récoltées s'était miraculement gonflé à 286.100. Or ce mois-ci, correction a été faite : elles ne sont plus que 230.400… soit une variation/erreur… de 55.700.

Allez, bon courage ! Le chômage, c'est maintenant (et le changement, c'est du vent).

SH

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Mis à jour ( Mardi, 29 Janvier 2013 10:16 )  

Commentaires 

 
0 # BR 2013-01-26 09:42 ce que personne n'anticipe plus dans les hautes sphères c'est que ces années de vaches maigres vont avoir un coût pour la collectivité; si on regarde les chemins programmés par ceux qui jouent avec notre fric, on peut vite comprendre que le smicard, les rsastes, les femmes, les familles monoparentales… ne vont pas pouvoir agir avec les retraites dérisoires calculées sur les revenus dérisoires pour tous ces citoyens qui n'en peuvent plus de vivre quotidiennement dans la précarité !
rendez vous dans pas longtemps pour voir en direct les effets de ces périodes pénalisantes pour trop de gens ! quelle solution vont-ils apporter ?
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0 # MacG 2013-01-26 13:46 Si seulement "ils" étaient là pour servir les citoyens et apporter des solutions en anticipant.
Tout comme la destruction en cours de l'hôpital public/sécurité sociale, par exemple, programmé depuis des décennies, il s'agit de jouer sur une tout aussi longue période pour détruire le salariat et le système social tel que les Anciens l'ont connu. C'est un travail de longue haleine (cf. la fable de la grenouille que l'on cuit à petit feu), ce qui n'est pas un problème pour eux qui se paient grassement (regardez les rémunérations indécentes des politiciens aux niveaux national et européen) avec des régimes de retraites et autres avantages bien à part. Ce sont des décennies de vaches maigres qu'ils veulent imposer.

Des nantis nous bassinent hypocritement avec la planète que l'on va laisser à "nos" enfants alors qu'"ils" oeuvrent au sacrifice des générations actuelles et futures en les vouant à une pauvreté totale (financière, sociale, intellectuelle) .
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0 # BR 2013-01-26 14:15 oui mais pourquoi acceptons nous qu'une poignée de gens nous malmènent sans broncher ? Répondre | Répondre avec citation |
 
 
+2 # MacG 2013-01-26 16:37 C'est simple (donc très compliqué ^^). Quelques pistes dont certaines ont déjà été énoncées ici même par Sophie et d'autres membres :
-"nous" sommes minoritaires ;
-TINA (cf. merdias) ;
-l'espoir fait vivre ;
-le système de reproduction des élites avec son corollaire, l'obstruction aux nouveaux entrants et aux idées (cf. Bourdieu et autres), donc à tout changement ;
-le rôle des mass media contrôlés par les puissances d'argent ;
-les gens sont trop claqués à la fin de leur journée de boulot ;
-on pense que les politiciens pro sont plus compétents et puis, "la politique c'est chiant" ;
-on privilégie, jusqu'au plus haut niveau, la production d'agents économiques malléables, adaptables et incapables de se penser ou de penser son environnement, donc de faire preuve d'imagination pour changer celui-ci (neutralisation de la jeunesse) ;
-si vous faîtes ce qu'on vous dit, vous êtes dans le camp des gentils, des courageux, etc. ;
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+2 # MacG 2013-01-26 16:40 -c'est confortable de ne pas avoir à se saisir de questions politiques et économiques, ce qui laisse aux gens le temps de regarder le JT de j.p pernaut sur leur ipad fabriqué par des esclaves qu'ils ne verront jamais et dont ils pensent que si ces derniers étaient à leur place, ils feraient comme eux (l'"autre") ;

-la plupart des gens ont un travail, même merdique et qui paie mal, et sans travail, ils ne sont plus rien et ne peuvent plus jouer de ce levier de valorisation sociale (entre autres choses) ;

-les pauvres, comme la classe moyenne, votent contre leurs intérêts (le socialisme, c'est le mal leur dit les merdias) ;

-les pauvres sont minoritaires et la plupart des gens gagnent, et ont, de l'argent en réserve, cotisent ou ont cotisé pour la retraite (publique et complémentaire) et ils flippent comme des malades à l'idée que le système en place s'écroule et que la monnaie de singe amassée jusque-là ne vaille plus rien (cf. merdias) ;

-nombreux sont ceux qui ont des crédits en cours et donc peur d'avoir payé une partie pour rien en cas de problème (genre se retrouver avec les gueux du RSA et perdre leurs possession dont ils ne sont pas encore propriétaires de plein droit).

J'arrête là. Désolé du flood.
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0 # pouic-pouic 2013-01-27 16:12 Exact, il faudrait aller les chercher par la peau du cul la ou ils se trouvent dans leurs palais dorés et les couvrir de plumes et de goudron bien chaud… Répondre | Répondre avec citation |
 
 
0 # Paulina1 2013-01-26 12:17 Moi aussi j'ai été très étonnée de ce chiffre = + 300 !!!

285 000 chômeurs de plus en un an, cela fait une moyenne de 23 750 par mois. En lisant + 300, on pense que la courbe du chômage va déjà commencer à s'inverser.
Illusion d'optique sans doute, parce que toutes ces radiations sont étonnantes.
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0 # superuser 2013-01-26 18:51 Et ces 285.000 ne sont que la catégorie A…

Rendez-vous le mois prochain : on en retrouvera 20.000 de plus.
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0 # superuser 2013-01-26 21:22 Forte augmentation du chômage dans les zones jusqu'ici préservées

2012 a été une année terrible sur le front du chômage. En un an, le nombre de demandeurs d'emploi a bondi de 10,4% en France. Mais cette explosion n'a pas été ressentie partout de la même manière sur le territoire : les zones les plus fortement touchées sont celles où le chômage était jusqu'ici le plus bas.

www.lemonde.fr/emploi/article/2013/01/25/forte-augmentation-des-demandeurs-d-emploi-dans-les-zones-jusqu-ici-preservees_1822509_1698637.html
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0 # superuser 2013-02-14 19:10 La France a détruit près de 67.000 emplois en 2012

lexpansion.lexpress.fr/economie/66-800-emplois-en-moins-en-2012_372545.html
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