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Le chômage progresse, pas la qualité des statistiques

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Les dernières font apparaître des variations pour le moins étonnantes sur certains indicateurs. Et ce, sans qu'elles soient expliquées.

La fiabilité des chiffres du chômage est-elle à nouveau à remettre en cause ? Alors qu'une longue polémique avait déjà eu lieu en 2007 sur le sujet, les statistiques de Pôle Emploi et du ministère du Travail, dont les dernières publiées le 25 juillet, font en tout cas apparaître des variations pour le moins étonnantes — et inexpliquées — sur certains indicateurs. A tel point que certains spécialistes du secteur ne cachent plus leur énervement.

Marie-Claire Carrère-Gée, la présidente du Conseil d'orientation pour l'emploi (COE), se fend ainsi à chaque publication mensuelle d'un communiqué qui relève ces incohérences. En juin, elle s'inquiétait d’"évolutions particulièrement erratiques et inexpliquées de certains chiffres". "Pour des données aussi cruciales que le chômage, je trouve particulièrement grave qu'il y ait des zones grises aussi importantes sur les motifs d'entrée et de sortie des listes", alerte-t-elle notamment.

"Nous n'avons pas d'explication"

Entre avril et mai, le nombre d'entrées en stage a fait par exemple un bond, inédit, de plus de 12.000 personnes. Une variation de 37% ; c'est du jamais-vu de mémoire de statistiques en ligne, à savoir depuis 1996. Si une telle hausse n'avait pas eu lieu, le nombre de chômeurs aurait augmenté non pas de 33.000, comme annoncé officiellement, mais de près de 45.000. Dans les chiffres publiés mercredi, ces entrées en formation… reculent à nouveau sans explication de 10%.

Autre exemple : au mois de mars, les sorties de liste pour défaut de déclaration de situation mensuelle ont chuté de 25.000 personnes, pour se rétablir tout aussi brutalement dès le mois suivant. Cette fois-ci, l'impact est inverse puisque ces 25.000 personnes viendront s'ajouter temporairement au nombre total de demandeurs d'emploi.

Pôle Emploi fournit des explications pour le moins minimes à ces variations. Sur la baisse brutale des défauts de déclaration ? "Nous n'avons pas d'explication", indique-t-on sans ambages. Sur la hausse soudaine des entrées en stage ? "Elle s'explique pour moitié par la hausse tendancielle des entrées en formation, et pour l'autre par les modalités de correction des variations saisonnières". Cette argumentation est pourtant fermement contestée à la Dares, le service statistique du ministère du Travail chargé, justement, d'effectuer ces corrections : "Il n'est pas possible d'affirmer que ces variations sont dues à de tels facteurs techniques". Un agent lâche même : "Quand on connaît les services statistiques de Pôle emploi, il ne faut pas s'étonner de ces variations inexpliquées"...

Même Paul Champsaur, le président de l'Autorité de la statistique publique, ne cache pas qu’"il s'agit sûrement de la statistique qui pose le plus de problèmes. Il en existe d'autres qui sont de mauvaise qualité, mais elles ne sont pas aussi visibles. La statistique de Pôle Emploi devrait d'abord respecter un certain nombre de principes avant d'être certifiée «statistique publique»". Un gage de sérieux qu'elle ne possède pas encore.

Pour obtenir la certification, il faudrait déjà que ces chiffres cessent d'être communiqués plusieurs jours avant leur publication au ministère du Travail, ce qui occasionne régulièrement à leur sujet des commentaires des ministres en poste. Cette habitude alimente par ailleurs le soupçon que l'exécutif a toujours la possibilité de les corriger à sa guise. "Le pouvoir politique est en prise directe sur Pôle Emploi", rappelle Paul Champsaur. Début 2007, en pleine campagne présidentielle, les chiffres du chômage avaient ainsi été l'objet d'une large polémique quand l'Insee avait décidé, à la dernière minute, de repousser de six mois la publication du taux de chômage pour l'année 2006. En cause : un trop grand décalage entre ses chiffres et ceux du ministère. Immédiatement, les accusations de manipulations politiques avaient fusé.

"Il n'y a pas de chiffre exact du chômage"

Après un rapport de l'Inspection générale des finances (IGF), il avait finalement été décidé que les chiffres de l'Insee ne se baseraient plus du tout sur ceux de l'ANPE, mais uniquement sur une enquête menée par téléphone. Mais le taux de chômage de l'Insee, publié seulement tous les 3 mois, passe au second plan derrière ces si fraîches statistiques mensuelles de Pôle Emploi. L'Insee travaille bien à les mensualiser, mais l'institut n'est pas en mesure de dire quand il sera prêt à le faire.

"Il n'y a malheureusement pas de chiffre exact du chômage. Les chiffres de Pôle Emploi sont très précis, mais ils sont incomplets car ils passent à côté de tous les chômeurs qui ne sont pas inscrits. Ceux de l'Insee sont beaucoup plus complets, mais moins précis", rappelle toutefois Jean-Baptiste de Foucauld, qui avait animé à la suite de la polémique de 2007 un groupe de travail sur les chiffres du chômage dans le cadre du Conseil national de l'information statistique (CNIS). Pour lui, "il faudrait aussi que les journalistes ne prennent pas uniquement en compte le seul chiffre mensuel". Car le problème de cette focalisation va bien plus loin que pour la qualité du travail des commentateurs. "Elle conduit malheureusement trop souvent les ministres à mener des politiques de l'emploi qui utilisent les contrats aidés davantage comme moyen de faire baisser le nombre de demandeurs d'emploi que comme véritable outil d'insertion."

(Source : Le Monde)

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Mis à jour ( Jeudi, 16 Août 2012 22:19 )  

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