Actu Chômage

samedi
24 juillet
Taille du texte
  • Agrandir la taille du texte
  • Taille du texte par defaut
  • Diminuer la taille du texte
Accueil Social, économie et politique Retraite, protection sociale : un marché de dupe et une spoliation en règle

Retraite, protection sociale : un marché de dupe et une spoliation en règle

Envoyer Imprimer
Alors que le Conseil constitutionnel a validé jeudi la possibilité de cesser son activité professionnelle à 70 ans, le Journal du Dimanche publie un sondage — comme souvent limitatif, si ce n'est orienté — sur les Français et leur retraite, réalisé par l'Ifop pour la CNAV (Caisse nationale d'assurance vieillesse)...

D'abord, à juste titre, 61% des personnes interrogées ne pensent pas qu'elles auront la garantie de bénéficier, le moment venu, d'une pension de retraite satisfaisante par rapport au revenu. Alors que 45% des 55 ans et plus ne semblent pas trop inquiets, chez les jeunes c'est carrément l'angoisse : 75% des moins de 35 ans ne sont pas du tout confiants.

Ensuite, alors que des millions d'actifs aimeraient déjà avoir un emploi qui leur permette de vivre, 33% des sondés expriment le désir de quitter le monde du travail entre 50 et 55 ans, 41% entre 56 et 60 ans : seulement 15% voudraient partir entre 61 et 65 ans, et 2% au delà de 66 ans. L'âge moyen souhaité de départ à la retraite est donc de 57 ans, ce qui colle avec la réalité puisque cet âge moyen réel est actuellement de 57,5 ans. Pour autant, face au déficit croissant des caisses d'assurance vieillesse qui justifierait qu'on cotise de plus en plus longtemps, 48% pensent qu'ils partiront entre 61 et 65 ans, et 18% «après 66 ans», l'âge moyen estimé de départ étant de 63 ans.

Selon l'Ifop, pour avoir une bonne retraite, les Français seraient prêts à travailler jusqu'à 62 ans. Mais en ouvrant des vannes au travail des «seniors» (considérés comme tels et exclus des entreprises dès l'âge de 40 ans), que ce soit par la possibilité de continuer à exercer «volontairement» jusqu'à 70 ans ou avec la promotion du cumul emploi retraite, le gouvernement nous prépare à des choses bien pire.

Inévitablement, ce sondage évoque la réforme de notre système de retraite par répartition... Le modèle actuel n'est jugé «équitable pour chacun, quels que soient ses revenus» que par 42% des sondés, tandis que 47% l'estiment encore «solide et fiable». Seuls 9% pensent qu'il faut l'abandonner au profit d'un système d'épargne individuel. Même si ce message est patiemment distillé dans la tête de nos concitoyens, le système de retraite par répartition n'est toujours pas remis en cause par la grande majorité des Français.

Mais l'Ifop avance que, si 21% des personnes interrogées considèrent qu'il faut le conserver en l'état, 70% pensent tout de même qu'il faut le «réformer» pour «mieux le préserver» : nous y voilà ! Et parmi les solutions «souhaitées», on trouve : cotiser davantage (54%), travailler plus longtemps (50%, mais 38% chez les ouvriers) ou percevoir une plus petite retraite (19%). On imagine que les options de réponse proposées aux sondés se sont limitées à quelques «solutions» prédigérées et inspirées de l'UMP, l'Ifop ne souhaitant pas élargir le débat aux raisons profondes du malaise. Encore moins s'aventurer sur le terrain de la répartition des richesses, qui est de plus en plus inégalitaire dans nos pays riches et se situe, pourtant, au cœur du fonctionnement de toute la protection sociale.

Entre 1980 en 2006, la part de la masse salariale dans la valeur ajoutée des entreprises est tombée de 67% à 57% en moyenne dans les quinze pays les plus riches de l’OCDE. On le rappelle : cette chute de 10 points qui a été mesurée en France, en Allemagne, en Italie, au Japon, en Finlande, en Grèce, aux Pays-Bas, en Espagne et en Suède, équivaut à 10 points de PIB; en France, cela représente 160 milliards d’€ issus des salaires — et donc de la protection sociale (retraite, chômage, santé, famille) — qui ont été siphonnés par le grand Capital. Pour l'usage particulièrement délirant et malhonnête qui a été fait de cette manne financière, ainsi spoliée à ceux qui participent à l'économie réelle à grands coups de salaires gelés et de conditions de travail toujours plus dégradées, on que peut qu'être révolté.

Un point de masse salariale en moins correspond à environ 2 milliards d'euros de recettes en moins pour la protection sociale. Or, on rappelle que depuis plus de vingt ans notre masse salariale a été constamment malmenée et réduite grâce au chômage de masse, outil économique par excellence institué par un capitalisme financier qui, loin de considérer «la valeur travail», s'est servi de l'emploi comme variable d'ajustement et ambitionne sa précarisation — pardon… sa flexibilisation — complète. La masse salariale est également tributaire des ralentissements économiques, qu'ils soient organisés ou non. Dans ce contexte de crise dont les racines battent, cette fois-ci, des records d'immoralité, elle va encore être sacrifiée et reculer dangereusement.

Avec ces 160 milliards d’€ captés depuis les années 80, il n'y aurait pas aujourd'hui de «problèmes de pouvoir d'achat», de «trou de la Sécu» (15 milliards en 2008 pour son régime général, dont 8 milliards pour la branche vieillesse) ni de «déficit de l'Unedic» (assurance chômage, 5 milliards), et il ne serait pas nécessaire de «réformer» toujours plus à la baisse un système de protection sociale qui s'appuie exclusivement sur les revenus du travail. Les financiers et les spéculateurs ont volé l'argent de ceux qui triment : ils l'ont même dilapidé. Tant que le discours ambiant — qui émane des politiques, des médias et… des instituts de sondage — taira soigneusement cette vérité, les Français croupiront dans une logique d'acceptation et ne se mobiliseront pas afin de récupérer ce qui leur appartient.

En attendant, pour les années à venir, ce sont des légions de pauvres qui vont réapparaître, qu'ils soient retraités ou dans la force de l'âge. Et leur mobilisation, si elle surgit un jour, aura la violence du désespoir.

Lire aussi :
Articles les plus récents :
Articles les plus anciens :

Mis à jour ( Dimanche, 14 Décembre 2008 17:49 )  

Commentaires 

 
0 # superuser 2008-12-14 18:38 Décidément, les femmes sont dans le collimateur. Après la suppression de la demi-part à celles qui ont élevé seules leur(s) enfant(s), est envisagée la réduction des deux années de cotisation validées offertes aux mamans salariées pour le calcul de leur retraite.


Selon le quotidien économique La Tribune, le Conseil d’orientation des retraites s’apprête à rendre un rapport qui réforme les retraites des mères de famille. Des propositions qui doivent encore être discutées mercredi, mais dont certaines font déjà débat.

Ainsi, le COR propose de réduire de deux à un an la majoration des annuités offerte aux mères de famille pour le calcul de leur retraite. Une réduction qui serait compensée par une majoration de leur pension : LIRE LA SUITE

Encore un marché de dupes !
Répondre | Répondre avec citation |
 
 
0 # superuser 2008-12-15 14:37
Outre la captation des revenus du travail par le capital, l'Etat et quelques mauvais payeurs ont accumulé des dettes colossales vis-à-vis de notre Sécurité sociale :

LIRE ICI
Répondre | Répondre avec citation |
 
 
0 # superuser 2008-12-15 14:45
Aujourd'hui, 60% des entrées au chômage résultent de la fin de contrats précaires (intérim, CDD…), principale cause du déficit de l’Unedic qui s'élève actuellement à 5 milliards d’euros. En effet, sur les 24 milliards annuels consacrés à l’indemnisation des chômeurs, 7 milliards viennent secourir une partie des salariés précaires, pour qui le chômage est typiquement récurrent, tandis que le produit des cotisations issues de ces types d’emplois n’atteint qu’1 milliard.

Avant de songer à baisser les cotisations chômage pour satisfaire un gouvernement incompétent sur le problème des retraites, il faudrait peut-être oser multiplier par dix celles des employeurs qui, usant et abusant de la précarité, font supporter leurs choix économiques à la collectivité tout entière.
Répondre | Répondre avec citation |
 

Votre avis ?

Que vous souhaiter pour 2021 ?
 

Zoom sur…

 

L'ASSOCIATION

Présentation de l'association et de sa charte qui encadre nos actions et engagements depuis 2004.

 

ADHÉRER !

Soutenir notre action ==> Si vous souhaitez adhérer à l’association, vous pouvez le faire par mail ou par écrit en copiant-collant le bulletin d’adhésion ci-dessous, en le ...

 

LES FONDATEURS

En 2004, une dizaine de personnes contribuèrent au lancement de l'association. Elles furent plusieurs centaines à s'investir parfois au quotidien ces 16 dernières années. L'aventure se pou...