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Accueil Social, économie et politique Cinq Nobel d’économie américains jugent la France

Cinq Nobel d’économie américains jugent la France

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L'économie française face à la mondialisation, ses 35 heures ou son patriotisme économique ont été passés à la moulinette par cinq prix Nobel d'économie américains dans une série d'entretiens publiés aujourd'hui dans Les Echos.

Qu'est-ce qu'il ne faut pas entendre ! Le pays aux 415 milliardaires et aux 40 millions de pauvres, champion du monde des inégalités sociales au sein des pays développés, vient nous donner des leçons... Un florilège d'idées reçues pour appuyer la propagande néo-libérale.

L'économiste Edmund Phelps, prix Nobel en 2006, estime que «les Européens ne croient plus au travail comme moyen d'épanouissement» et classe les Français «parmi les habitants des pays du G7 les moins motivés au travail». Visiblement, il ne sait pas qu'en Europe les Français travaillent bien plus que d'autres. Quant à leur motivation, serait-elle déclinante qu'elle n'enlève rien à notre excellente productivité, d'ailleurs bien meilleure que celle des Etats-Unis...

Le vieux Paul A. Samuelson, prix Nobel de 1970, est le plus virulent, estimant que «la France fait partie des pays européens au modèle le moins efficace. Elle n'a pas su s'adapter aux nouvelles réalités de l'économie mondiale», dit-il, ajoutant que «les Français aujourd'hui devraient tolérer la remise en question de certains privilèges et accepter que leur société soit davantage inégalitaire». On est dans le gâtisme le plus complet ! Comment supprimer "certains privilèges" (lesquels, et qui profitent à qui ?) pour créer une société plus inégalitaire (ce qui revient à nier le principe républicain) ? En appauvrissant les plus pauvres, pardi ! Ça s'appelle la paupérisation, une spécialité outre-Atlantique.

Le taux de croissance de l'économie française n'est pas assez élevé, estime quant à lui l'économiste Gary Becker, prix Nobel 1992, pour qui la France est "handicapée" par un manque de réformes et un marché du travail pas assez flexible. «Les entreprises devraient notamment avoir davantage de marge de manœuvre pour licencier les employés qui ne leur conviennent pas. Les charges qui pèsent sur le travail sont également trop lourdes. Le salaire minimum, que certains candidats à la présidentielle veulent augmenter, est au contraire trop élevé», considère-t-il en jugeant que le principal atout de la France est son "capital humain", outre la créativité et une "excellente" fonction publique. Il est vrai que le nouveau modèle du «working poor» sans couverture maladie nous vient des Etats-Unis...

Son confrère Robert Solow, prix Nobel de 1987, estime que les 35 heures sont un échec et qu'elles ont eu un impact «minime», vu que «le nombre d'heures de travail en moyenne n'a guère évolué» : il a raison, la durée réelle du travail en France n'est pas de 35 heures par semaine mais de 39 heures pour l'emploi à temps plein, ou de 36,3 heures en moyenne pour l'ensemble des emplois (temps complet + temps partiel). Ceux qui osent encore se plaindre des effets néfastes des 35 heures pour les entreprises sont des escrocs.

Le plus optimiste, Edward Prescott, Nobel de 2004, juge que «l'économie française est en bonne santé». Il faudrait juste réduire "la forte pression fiscale" : «Si la France ramenait ses taux d'imposition au niveau américain, le produit des impôts serait du même ordre qu'aujourd'hui car après une période de transition, la production serait 40% plus élevée», explique-t-il en affirmant que notre pays a tort de craindre la mondialisation. Comparé aux pays nordiques, on connaît les effets de ce modèle sur le bien-être de nos enfants.

Et, d'abord, qu'est-ce que le prix Nobel ? Offert par la banque de Suède en l'honneur d'Alfred Nobel, ce n'est pas un vrai prix décerné par une vraie fondation scientifique, mais qu'importe ! Le Nobel est devenu un rituel qui sanctifie des économistes globalement incompétents (car l'économie, comme la météorologie, n'est pas une science exacte), manipulés par des politiques, et qui occultent les questions de partage et de pouvoir alors qu'elles sont essentielles.

Heureusement qu'il en existe de plus lucides : «En faculté de droit, vous enseignez que l'entreprise est une personne. Vous enseignez aussi qu'elle doit servir son propre intérêt. Je me suis demandé : quel genre de personne n'est programmée que pour servir son propre intérêt ? Un psychopathe», a déclaré Joël Bakan, professeur d'économie américain diplômé d'Oxford et de Harvard. Et «celui qui croit qu'une croissance exponentielle peut continuer indéfiniment dans un monde fini est un fou, ou un économiste», a dit un jour l'économiste américain Kenneth E. Boulding. Pas besoin de Nobel pour faire preuve de bon sens !

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Mis à jour ( Mardi, 13 Mars 2007 19:01 )  

Commentaires 

 
0 # superuser 2007-03-13 18:36

La fin du rêve américain par Christian Chavagneux pour Alternatives Economiques (octobre 2004).

Comment (ne pas) s'en sortir aux Etats-Unis par Benedetto Vecchi pour Le Courrier (avril 2002)
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0 # diety 2007-03-14 03:50
L'économiste Edmund Phelps, prix Nobel en 2006, estime que «les Européens ne croient plus au travail comme moyen d'épanouissement» et classe les Français «parmi les habitants des pays du G7 les moins motivés au travail». Visiblement, il ne sait pas qu'en Europe les Français travaillent bien plus que d'autres. Quant à leur motivation, serait-elle déclinante qu'elle n'enlève rien à notre excellente productivité, d'ailleurs bien meilleure que celle des Etats-Unis…


Pourquoi faire une con(fusion) entre le temps de présence sur le lieu de travail et la motivation que l'on a pour le travail? Il y a bientôt 20 ans, la "motivation" des cadres en France était "mesurée" par le temps de présence sur le lieu de travail. Venant d'un pays nordique cette "confusion" m'avait toujours étonné. Par convenance tacite le comptage devait toujours se faire vers le haut et jamais vers le bas. C'était "bien vu" de faire des heures supplémentaires et mal vu de ne pas en faire. Alors travailler moins… "beurk". Cela voulait dire qu'on n'était "pas motivé".

Celui qui a fait un peu de logique sait que (Quand on ne compte pas on aime) n'est pas l'expression logique équivalente à (Quand on aime on ne compte pas). J'avais des collègues qui restaient tard, à discuter, à faire semblant d'être très occupés, il y avaient de longues pauses de café, le midi au moins une heure, et on avait vite fait 10, 11, 12 heures de présence. Résultat des courses: on avait fait des "heures supplémentaires " (bravo!), rentrer, diner, dormir. Quel épanouissement! Est-ce qu'un médecin à l'hôpital qui fait deux permanences de suite et qui tombe de sommeil "n'est pas motivé" ou "n'aime pas son travail" parce qu'il a envie de dormir ou de rentrer chez lui?

Quand j'aime une activité, cela ne veut pas dire que je ne veux faire que ça. Voulez-vous faire l'amour 45 heures par semaines, 47 semaines par an? C'est idiot de supposer que si on s'intéresse encore à une autre chose qu'à son travail que l'on n'aime pas son travail. Voilà pour le travail qu'on aime.

Maintenant le travail que l'on aime pas: Je ne sais pas vous, moi j'essaie de l'éviter. Peut-on s'épanouir dans un travail où on se fait chier comme un rat mort ou qui va contre votre nature? Et pourtant ça existe. Pouvoir s'épanouir dans un travail est même assez rare. Donc si on n'a pas cette chance et on doit faire un travail alimentaire, alors il y a moins de dégats psychologiques si on est bien organisé, si on travaille de façon efficace, puis on rentre pas trop tard à la maison pour voir ou faire encore autre chose. Tout le monde n'a pas la chance d'être un prix nobel. Pourtant la plupart des boulots peu qualifiés rendent bien service à la société. Donc ayons déjà la reconaissance de leur utilité, ayons de la reconnaissance pour celles et ceux qui les font, et ne les critiquons pas juste parce qu'ils s'intéressent encore à autre chose. Heureusement ils comptent et ils font aussi autre chose, sinon la vie deviendrait vite insupportable.

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