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Dans la France des actifs qui galèrent

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Sous-smicards, en CDD, intérimaires, à temps partiel... Les précaires au revenu trop faible pour s'en sortir sont de plus en plus nombreux. Plongée dans la France des actifs qui galèrent.

Athis-Mons, le 1er décembre, 14 heures. A l'entrée du local du Secours populaire de cette commune de l'Essonne, la file d'attente s'allonge. Comme chaque jeudi, ils sont nombreux à venir chercher ici de quoi manger - fromage, conserves, yaourts, légumes, semoule, farine, viande surgelée... Croisés au hasard, ce jour-là : Nadine, aide-soignante à mi-temps ; Hamida, mariée à un vendeur d'électroménager ; Sandra, dont le contrat à durée déterminée de photographe se termine bientôt ; Sadiou, ouvrier dans une petite usine d'agroalimentaire ; Marie, femme de ménage quelques heures par semaine dans une PME ; Ahmed, carreleur ; Jeanne, vendeuse en boulangerie. La plupart hésitent à parler, refusent d'être pris en photo, demandent que l'on change leur prénom, partent vite. Trop honte que leur boulot ne leur permette même pas de nourrir leur famille, souvent nombreuse. Trop peur d'être reconnus par des proches ou des collègues qui ne savent rien de leurs difficultés.

Combien sont-ils, en France, comme eux, à trimer sans parvenir à joindre les deux bouts ? Aussi surprenant que cela soit, aucune donnée n'a été publiée depuis 2001. A l'époque, on comptait 1 million de «travailleurs pauvres», dont le labeur ne permet pas de gagner assez pour franchir le seuil de pauvreté, fixé en 2005 par les autorités françaises à 650 euros par mois pour un célibataire. Et ils étaient plus de 2 millions à toucher moins de 780 euros mensuels, le seuil européen «officiel». Mais depuis, pas besoin de statistiques pour se rendre compte que le phénomène s'aggrave, tant les signaux d'alerte sont nombreux.
D'abord, les cris d'alarme de toutes les grandes organisations caritatives, inquiètes de recevoir de plus en plus d'actifs. «Nous aidons même un nombre croissant de personnes dont les revenus dépassent ces seuils officiels, qui ne sont donc pas considérées comme pauvres au sens statistique», souligne Martin Hirsch, président d'Emmaüs-France. L'envolée des loyers et des prix de l'immobilier complique en effet la situation des plus modestes, dont le salaire est de plus en plus vampirisé par les dépenses de logement. Quand ils arrivent à en avoir un : selon la mission d'information sur la pauvreté et l'exclusion sociale en Ile-de-France, 40% des sans-abri accueillis dans des centres d'hébergement de la région l'hiver dernier avaient un travail. Mais c'est surtout la poursuite de la précarisation de l'emploi, avec l'augmentation continue depuis vingt ans du nombre de salariés à temps partiel ou en contrat temporaire, qui alimente le gros des bataillons de ces nouveaux pauvres.

Un job à mi-temps, un loyer exorbitant : c'est le quotidien de Nicole, 46 ans, originaire des Antilles. Arrivée en banlieue parisienne avec sa fille voilà cinq ans, sans qualification, elle n'a réussi à décrocher que vingt heures par semaine dans un McDo, pour 600 euros par mois. Trop peu pour se loger correctement. Après quelques mois chez des amis, à l'hôtel, et parfois dans la rue, une association lui a dégoté une chambre meublée. Tarif mensuel : 460 euros. Heureusement, elle touche 260 euros d'aide au logement. Mais avec 400 euros par mois pour vivre à deux (sa fille, 21 ans, chômeuse, est trop jeune pour toucher le RMI), payer l'électricité, les transports et la laverie, une aide alimentaire est indispensable.
La vie n'est guère plus rose pour Naïma, 40 ans, qui vient de retrouver un poste d'aide ménagère de cent quatorze heures par mois. Entre son salaire, le RMI de son ami et l'allocation versée pour son fils Nolane, 2 ans, la petite famille se débrouille avec 1.200 euros par mois, ce qui ne lui permet pas de quitter le centre d'hébergement où elle habite depuis deux ans et demi.

Comme 1,2 million de salariés à temps partiel (sur un total de 4 millions, pour la plupart non qualifiés et payés au smic horaire), Naïma et Nicole voudraient travailler plus. Un voeu difficile à exaucer : sur 90.000 postes créés entre 2003 et 2004, 55.000 proposaient moins de trente-cinq heures par semaine. En vingt ans, la part du temps partiel dans l'emploi total a plus que doublé, atteignant 16% en 2004. Un boom d'abord dû aux réductions massives de cotisations sociales appliquées à ces contrats de 1992 à 2002. «Les gouvernements espéraient réduire le chômage en partageant l'emploi, mais ils ont simplement transformé des chômeurs pauvres en travailleurs pauvres», déplore Hélène Périvier, de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).
Depuis, ces exonérations ont disparu, mais le temps partiel progresse toujours car les gisements d'emplois les plus importants se trouvent dans les services, où l'activité doit s'adapter aux horaires de la clientèle. Par exemple en fin de semaine dans le commerce (51.000 postes créés en 2004), au moment des repas dans la restauration (13.000 emplois nouveaux depuis mi-2004), ou en dehors des heures de bureau dans le nettoyage (40.000 jobs supplémentaires en cinq ans). «Dans les pays anglo-saxons, le ménage est fait pendant la journée, mais, en France, nos clients ne veulent pas en entendre parler», regrette Yann Gaudronneau, directeur régional à Onet et vice-président de la Fédération des entreprises de propreté. Pas étonnant dans ces conditions que «la probabilité de passage d'un temps partiel à un temps plein ne cesse de se réduire», comme le relève un récent rapport du Conseil de l'emploi, des revenus et de la cohésion sociale.

C'est bien là le drame des travailleurs pauvres : une fois dans la panade, ils ont beaucoup de mal à en sortir. Ainsi, un quart seulement des précaires (salariés en contrat à durée déterminée, en intérim ou en emploi aidé) parviennent à décrocher un contrat à durée indéterminée dans l'année qui suit, contre 50% en moyenne chez nos voisins, selon la Commission de Bruxelles. «Les CDI, trop protecteurs, rendent le coût des licenciements très incertain pour les entreprises, qui préfèrent multiplier les CDD, même au-delà des limites légales», explique l'économiste Pierre Cahuc (lire page 42). Pour l'instant, ces postes représentent à peine 10% de l'emploi total. Mais ils comptent déjà pour deux tiers des embauches, et leur nombre ne cesse d'augmenter, beaucoup plus vite d'ailleurs que dans les autres pays européens. (...)

La suite de l'article + d'autres témoignages sur ce sujet => www.lexpansion.com

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Mis à jour ( Jeudi, 29 Décembre 2005 05:54 )  

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