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La solitude touche plus les chômeurs que les personnes âgées

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Les chômeurs sont de loin ceux qui souffrent le plus de l’isolement et les ouvriers ont près de deux fois plus de risques de se sentir seuls que les cadres.

On pense souvent que la solitude frappe avant tout les personnes âgées. En réalité, elles ne seraient pas les premières à souffrir de cette situation.

Selon l’enquête «Isolement et délitement des liens sociaux» de la Société Saint-Vincent-de-Paul, les personnes sans diplôme, les ouvriers et les précaires, sont en première ligne, avec une souffrance particulièrement aiguë chez les chômeurs.

Ce programme de recherche, placé sous la direction du sociologue Serge Paugam, a d’abord porté sur l’agglomération de Strasbourg. Il sera étendu à l’échelle nationale à l’automne prochain. Mais, déjà, ses résultats sont édifiants. Les 506 questionnaires récoltés en 2014 ont passé au crible les mécanismes conduisant à l’isolement.

À Strasbourg, 32% des retraités et 6,7% des chômeurs vivent seuls. Mais les personnes privées d’emploi se sentent bien plus isolées (45,2%) et déprimées (35,5%) que les retraités (12,1 et 10,1%). «Ces actifs disqualifiés ont une détresse plus grande à niveau d’intégration égal, car ils se retrouvent en décalage avec ce que la société attend d’eux, c’est-à-dire travailler», explique Serge Paugam.

L’étude révèle bien d’autres inégalités sociales face à la solitude. Le niveau d’étude est l’un des facteurs les plus discriminants : 23% des personnes dépourvues de diplôme se sentent seules, contre 13% de celles qui ont un bagage dans le supérieur. On retrouve le même type d’écart entre les ouvriers (20%) et les cadres (12%). Les quartiers riches semblent relativement à l’abri du sentiment de solitude (8,6% des habitants) par rapport aux quartiers pauvres (21%), de même que les zones urbaines abritant des classes moyennes (7,9%) : «Cela montre à quel point la mixité sociale joue dans la préservation du lien», ajoute Serge Paugam.

Dès septembre, le même travail sera mené à Bordeaux, Lille et dans la périphérie rurale de Caen. Au total, en comptant Strasbourg et Paris, où une enquête similaire avait été menée, l’échantillon de l’enquête comptera 2.000 Français. Bertrand Ousset, président de la société Saint-Vincent-de-Paul, veut s’appuyer sur ce travail pour «donner aux bénévoles des indications fiables pouvant les aider à mieux cibler leurs actions contre la solitude». Ce responsable est aussi président de l’opération nationale «Monalisa», lancée l’an dernier par plusieurs associations pour lutter contre l’isolement des personnes âgées.

Concernant les chômeurs, des actions ont bien été mises en place dans le réseau de Saint-Vincent-de-Paul, mais elles sont plus éparses. Avec cette enquête, Bertrand Ousset souhaite aussi convaincre le gouvernement : «En tant qu’organisation de solidarité, nous n’avons pas vocation à faire de la recherche fondamentale sur la solitude. Nous voudrions que notre initiative serve de base pour un Observatoire des liens sociaux financé par les pouvoirs publics

Source : La Croix du 11 mars 2015

Rajout d'Actuchomage : Depuis la création du site en 2004, nous avons fait de la dénonciation des souffrances psychologiques du chômage une de nos priorités. Nous avons consacré une multitude d'articles, de dossiers, d'enquêtes, de reportages vidéo à ce thème. Nous déplorons depuis plus de 10 ans la surmortalité des chômeurs et précaires, victimes de lourdes dépressions pouvant conduire au suicide. À plusieurs reprises, nous avons rencontré le Professeur Michel Debout (auteur du livre : "Le Traumatisme du Chômage").

Nous estimons qu'un site comme Actuchomage contribue, à son petit niveau, par l'entremise de ses forums, à rompre un peu l'isolement de certaines et certains. Virtuellement mais pas que ! Il arrive (trop rarement) que nos utilisatrices et utilisateurs se fréquentent dans la vraie vie après avoir échangé par messages personnels sur le site.

Nous ne pensons pas qu'un "Observatoire des liens sociaux" présente une utilité (sauf à drainer des financements publics permettant à quelques permanents d'en vivre). L'argent devrait être investi dans le renforcement d'initiatives comme la nôtre, qui passerait par l'ouverture de lieux d'accueil et d'échanges. Pour notre part, APNÉE/Actuchomage, nous n'avons jamais eu les moyens de mettre en place pareilles structures qui contribueraient à briser la solitude dont sont victimes, principalement, chômeurs et précaires.

Lire aussi le commentaire ci-dessous. Il est très instructif.

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Mis à jour ( Mardi, 24 Mars 2015 16:13 )  

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