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Accueil Social, économie et politique L'«employabilité» est un critère discriminatoire

L'«employabilité» est un critère discriminatoire

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A l'heure où l'on compte plus de 2 millions de chômeurs de longue durée, il serait temps de ce pencher sur cette notion qui fleure bon l'imposture.

C'est bien connu, les employeurs/DRH excluent d'office les candidats restés un peu trop longtemps au chômage (voire, au chômage tout court), jugés «inemployables» sans autre forme de procès. C'est pourquoi nombre de demandeurs d'emploi n'hésitent plus à maquiller leur CV — trichant non seulement sur des dates pour boucher les trous, mais aussi sur leurs qualifications quand ils sentent qu'ils sont "surdimensionnés" pour un poste — afin de ne pas rebuter les recruteurs.

Il est vrai que ces derniers n'ont que l'embarras du choix. Le tri peut donc s'effectuer de manière arbitraire, éliminant des postulants sur la base de critères de moins en moins avouables (comme l'âge, le sexe, l'apparence physique, l'origine…), punissables par la loi quand ils sont détectés — et surtout prouvables, ce qui est difficile. On le sait : l'ampleur de la discrimination à l'embauche est proportionnelle à l'ampleur du chômage.

La notion d'employabilité est rentrée dans les mœurs. Tout le monde admet qu'il est logique, pour ne pas dire naturel, d'écarter du processus de recrutement des personnes restées trop longtemps "inactives"… y compris les chômeurs qui finissent par en être persuadés. Et pour cause : partout, le mot «employabilité» est régulièrement asséné telle une vérité absolue, de la bouche d’"experts" aux acteurs du marché, de Pôle Emploi aux "partenaires sociaux"… en passant par les politiques. Un véritable lavage de cerveau.

L'exemple le plus marquant est celui de la loi de «modernisation du travail» du 1er août 2008 qui a acté, noir sur blanc, la notion d'«ancienneté dans le chômage» ayant prétexté l'élaboration de dispositifs régressifs tels que le PPAE (projet personnalisé d'accès à l'emploi) et ses ORE (offres raisonnables d'emploi) où, le temps passant, les prétentions du chômeur sont systématiquement revues à la baisse sous couvert de "réalisme", ce afin «d'accroître ses perpectives de retour à l'emploi». En clair : plus vous stationnez dans le chômage, plus vous êtes supposé "avoir perdu en employabilité" — une allégation incontestable, mais qu'aucune étude sérieuse n'a jamais validée —, donc en rabattre et accepter ce qui se présente, y compris un job précaire au Smic (au final, un misérable CUI), sous peine de sanction.

On le voit, outre sa charge dévalorisante — pour ne pas dire humiliante, puisqu'on vous considère comme une marchandise rapidement périssable —, l'employabilité est un outil psychologique qui permet de légitimer le déclassement, le chômage étant, lui, l'outil économique qui permet de tirer l'ensemble des salaires à la baisse et détruire un à un les acquis sociaux. Peur du chômage génère peur du déclassement. Et derrière toute peur il y a soumission, pour peu qu'une propagande efficace à base de contre-vérités, d'épouvantails et de tours de passe-passe sémantiques persuade l'opinion d'accepter l'inacceptable.

L'employabilité est un critère de dupes bâti sur un préjugé. En effet, si l'on veut pousser la comparaison avec la même indignité, on peut dire que nombre de salariés en poste, du fait de la médiocrité de leur travail voire leur incompétence, méritent d'être qualifiés d’"inemployables". Cependant, malgré leur flagrante "inemployabilité", beaucoup sont à l'abri du chômage et fort bien rémunérés...

En règle générale, tout salarié quittant une entreprise pour une autre (ou un service pour un autre en cas de promotion interne) a besoin d'un temps d'adaptation afin d'assimiler de nouvelles méthodes de travail, de nouvelles informations, s'habituer à de nouvelles têtes et se plier à un nouveau rythme. Les recruteurs, qui passent le plus clair de leur temps à cibler des personnes déjà en poste afin de les débaucher pour satisfaire leurs clients, ne s'inquiètent nullement de cette "inemployabilité" passagère considérée comme normale... Mais lorsqu'il s'agit de chômeurs restés sans emploi pendant un an ou plus, souvent même seulement quelques mois, d'emblée ils estiment que ces candidats périmés seront totalement incapables de reprendre une activité, bien qu'aucune preuve scientifique ne valide ce présupposé.

En quoi le chômage émousserait-il à ce point les capacités intellectuelles ou manuelles d'un individu alors qu'il est déjà une épreuve difficile qui demande de réelles capacités d'adaptation ? En quoi cette ancienneté dans le chômage annihilerait la motivation et l'intelligence des intéressés ? En principe, le travail, c'est comme le vélo : ça ne s'oublie pas. Pour peu qu'on lui donne sa chance, tout chômeur est capable de se remettre en selle et faire preuve d'une grande reconnaissance vis-à-vis de l'employeur qui lui a accordé sa confiance.

L'employabilité est une invention récente, et un mot à la mode. A une époque où
l'emploi n'était pas à ce point une denrée rare et où la dictature des diplômes était inexistante, les employeurs embauchaient en se donnant la peine de former leurs nouvelles recrues. Par exemple, nombre de femmes qui s'étaient arrêtées plusieurs années pour élever leurs enfants réussissaient à réintégrer le monde du travail. Quant aux hommes, ils pouvaient changer de boulot comme on change de trottoir.

Le mot "employabilité" (et son contraire, l’"inemployabilité ") est apparu avec le chômage de masse, quand il s'est mis à produire un chômage de longue durée qu'il fallait stigmatiser, faute de vouloir y remédier. Mais il y a vingt ans, ce critère n'existait pas ! Aujourd'hui, il est vendu à toutes les sauces : parler d'employabilité, ça fait savant et c'est tendance.

L'inemployabilité des chômeurs est entretenue. En effet, aujourd'hui
, les recruteurs exigent des profils de plus en plus pointus. Le candidat, même pour une paie de misère, doit correspondre parfaitement à nombre d'exigences plus ou moins justifiées et être opérationnel de suite : pas de temps à perdre, les profits doivent être dégagés immédiatement.

Mais pour rester «employable», il faut rester formé. Or, sur ce point, on note un désengagement croisant des entreprises vis-à-vis de leurs salariés, surtout lorsqu'ils atteignent la quarantaine, et les pouvoirs publics sont particulièrement défaillants puisque moins de 10% des chômeurs accèdent à une formation. Leur inemployabilité est donc entretenue (au même titre que le chômage et la précarité) et s'aggrave, puisque les salariés et privés d'emploi qui bénéficient de formations sont les mieux lotis tandis qu'on abandonne ceux qui en ont le plus besoin.

La pénurie d'emplois entretient le mythe. Juste avant la crise, une étude de l'ACOSS avait réparti la mobilité professionnelle comme suit : 40% s'effectuait en interne (changement de poste, mutation, promotion…), 30% en externe (quitter une entreprise directement pour une autre), tandis que seulement 2 postes libérés sur 10 bénéficiaient à des chômeurs (surtout les plus qualifiés), et 1 sur 10 à des jeunes entrant dans l'emploi... Depuis, la mobilité professionnelle serait au point mort et les rares emplois disponibles s'obtiennent par "cooptation" et "relations" (réseau). Plus que jamais, l'offre est dérisoire et la demande énorme. Dans ces conditions, les chances données aux chômeurs se rapprochent de zéro...

Plus ça va, plus le marché de l'emploi ressemble à un cercle fermé où les places disponibles sont réservées à ceux qui sont dedans. Un salarié débauché par un chasseur de têtes sera remplacé par un autre salarié fraîchement débauché ailleurs, etc, etc. Les employeurs disent ouvertement préférer recruter un salarié déjà en poste plutôt qu'un chômeur. Tant pis pour ceux qui ont été exclus de ce cercle très select : pestiférés, on les condamne à rester durablement dehors. Tout cela commence sérieusement à sentir le renfermé...

L'employabilité est un critère discriminatoire de plus. Qu'on se le dise : qu'il soit trop jeune, trop vieux, trop atypique, trop ou pas assez diplômé… donc pour ces mille raisons rejeté du marché du travail, un chômeur n'est pas "inemployable" mais d'office catalogué comme tel — et en plus, on le convainc qu'il l'est !

Face au choix immense des recruteurs, cette notion fallacieuse devrait se rajouter aux 18
critères constitutifs reconnus par la loi : origine nationale ou ethnique, patronyme, sexe, grossesse, situation de famille, apparence physique, âge, état de santé, handicap, opinions politiques ou activités syndicales, convictions religieuses, mœurs, orientation sexuelle, caractéristiques génétiques... Critères auxquels manque cruellement celui de la discrimination sociale, qui englobe le vulgaire «racisme anti-pauvres» et la discrimination socio-professionnelle comme la situation de chômage, où l'employabilité joue un rôle de caution en forme de paravent.

Pourtant, un chômeur n'est pas par définition un fainéant mais une personne qui a perdu involontairement son emploi et désire ardemment en retrouver un… jusqu'à ce que le découragement et le dégoût le gagnent avec, à la clé, soit la dépression (et parfois le suicide), soit la haine des patrons. Recruteurs, employeurs, un chômeur que vous sortirez d'une longue période de disette vous le rendra bien car, plus que d'autres, il sera heureux de reprendre le chemin de l'entreprise et vous montrer de quoi il est capable. Il est temps de réviser vos pratiques, car persister dans le préjugé et le clonage est non seulement imbécile mais digne… d'un "inemployable".

SH


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Mis à jour ( Mardi, 12 Mars 2013 14:45 )  

Commentaires 

 
+1 # Galuel 2013-03-10 10:02 C'est plus profondément les termes même d"emploi et de chômage qui sont une imposture.

"L'emploi" suppose qu'il y a au sein de l'économie "des employeurs". Mais pourquoi diable les uns seraient-ils "employeurs" et les autres "employés", et pas l'inverse ?

Chaque homme est symétriquement :

- Libre d'utiliser les ressources
- Libre de produire
- Libre d'échanger dans la monnaie

La dernière émission "Monnaie Libre n°28" avec Thierry Crouzet résume très bien ce qui existe, ce qui bloque, et ce qui est en cours de réalisation.

http://monnaielibre.creationmonetaire.info/monnaie-libre-n28-comme-un-jardin-deden/

S.I.Lex résume le tout de façon brillante en faisant le lien avec le flux temporel générationnel et les biens communs

http://scinfolex.wordpress.com/2013/03/09/du-domaine-public-comme-fondement-du-revenu-de-base-et-reciproquement/
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+1 # Paulina1 2013-03-10 12:36 Très bonne analyse Sophie. L'inemployabilité existe aussi parmi les salariés, j'an ai rencontré. Des personnes bien payés et pas motivés et qui se permettent de critiquer les chômeurs soit directement, soit de façon sous entendue. Répondre | Répondre avec citation |
 
 
0 # tristesir 2013-03-10 13:55 Citer:
puisqu'on vous considère comme une marchandise rapidement périssable


Pardon de me répéter, mais ce qui intéresse l'entreprise c'est votre force de travail (à prendre au sens large) pas votre humanité qui est considérée comme une sorte de déchet d'équarrissage.

Quand un employeur emploie quelqu'un qui était déjà en poste, il fait coup double, il prive des compétences (supposées) de ce salarié une entreprise concurrente 8-)

La notion d'"employabilité" rassure les gens en poste, cela permet d'éloigner le sparadrap de l'incompétence pour aller le coller dans le dos de celui des chômeurs de longue durée.

Cela pèse encore davantage sur l'esprit des gens leur imposant l'idée que tout ce qui doit compter pour eux est qu'ils soient "employables" .
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-1 # MacG 2013-03-10 15:37 Conclusion parfaite car, oui, le concept d'employabilité est un leurre qui révèle l'incompétence des "décideurs" qui cherchent effectivement des clones stéréotypés.

+1 tristesir
Ce concept (entrez dans une boîte d'intérim et il vous saute littéralement à la gueule) rentre dans les mœurs parce qu'il participe de la logique de "distinction" à laquelle souscrivent nombre d'individus. Un aspect déjà entériné sur le plan commercial par le mode de consommation "bovin" des gens (le soin apporté au look [spécialement en fRance], les pratiques "culturelles", le mode de vie, etc., uniformisés) et donc totalement fantasmé puisque dressés dans leur quotidien à se conformer à des standards de non-pensé, de comportement, de langage, etc. tout en s'imaginant supérieurs.

Le revenu universel ou de base, les gens n'en veulent pas précisément à cause de leur croyance dans la "valeur" du travail, comme des gamins qui croient encore au Père Noël.
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+1 # tristesir 2013-03-10 16:34 Citer:
Le revenu universel ou de base, les gens n'en veulent pas


Ils n'en veulent pas parce que la pente naturelle est de souhaiter de la souffrance et des épreuves pénibles aux autres. Leur principe "moral" est simple: si je suis dans la m… il n'y a pas de raison que je sois le seul.

Ce principe se retrouve partout: quand il s'agit de parler de salaires à quoi pensent les gens en premier , non pas à augmenter les revenus de tout le monde, non pas du tout, ils pensent seulement à limiter le revenu des autres même s'ils savent parfaitement que cela ne leur rapportera pas un franc (voir le référendum en Suisse) ou pas un euro de plus.
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-2 # MacG 2013-03-10 18:14 Je n'irais pas jusqu'à dire que les gens ont une tendance à souhaiter « de la souffrance et des épreuves pénibles aux autres ». Si d'autres souffrent, certes, ils s'en cognent, voire s'en frottent les mains pour certains. De plus ils n'ont pas besoin d'être dans la merde pour pratiquer le « Tout pour ma gueule », bien au contraire.

Je pense plutôt à une lâcheté ordinaire. La plupart sont installés socialement et professionnelle ment. Ils ne font que "profiter" d'un système qui les sert encore, tentant d'en tirer le meilleur parti. Sauf que des tensions qui ne les affectaient que marginalement jusque là se font bien davantage sentir depuis les 20 dernières années. La peur gagne la plèbe et il ne reste plus qu'à instrumentalise r celle-ci (Sophie parlait du déclassement).

Les "puissants" et leurs laquais n'ont qu'à manoeuvrer et actionner des leviers idéologiques ici et là, testant et sélectionnant ce qui marche. La nature humaine et l'instinct grégaire font le reste.
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+3 # tristesir 2013-03-10 18:53 Citer:
Je n'irais pas jusqu'à dire que les gens ont une tendance à souhaiter « de la souffrance et des épreuves pénibles aux autres


Ah bon?
Pourtant la phrase qui vient naturellement à l'esprit des gens pour s'adresser à un chômeur en dernier ressort est souvent:

Va bosser fainéant !

Alors qu'ils savent bien que le travail auquel ils voudraient te condamner (on voit régulièrement des gens applaudir de faire travailler des chômeurs pour rien ou presque) n'a rien d'une partie de plaisir et peut t'envoyer au cimetière plus vite qu'à ton tour.

Ce qu'ils veulent avant tout, n'est pas que leur situation s'améliore (ils savent qu'il faudrait se rebeller, se battre pour ça) mais que la situation de tout le monde soit comme la leur.
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-1 # MacG 2013-03-10 21:12 Pardon, mais tu disais « les autres » et non les chômeurs ou les pauvres. Je prends ça au sens général, c.-à-d. des membres de classes moyennes comme eux, majoritaires, qui ne sont pas à plaindre. Ils se tirent dans les pattes à coups de petites mesquineries mais c'est souvent le fruit d'un opportunisme malsain, pas d'un penchant naturel à voir son voisin souffrir.

Vis-à-vis des chômeurs et des pauvres (minoritaires), je confirme, ils font souvent bloc comme un seul homme.

Ce qu'ils veulent avant tout, n'est pas que leur situation s'améliore mais que la situation de tout le monde soit comme la leur

Heu, il se trouve que presque tout le monde est comme eux (classe moyenne donc). Dire ça c'est sous-entendre que la situation des classes moy. est objectivement difficile, ce qui n'est, la plupart du temps, pas le cas.

Pas compris pourquoi tu les amalgames (parce que certains pignent ou que les médias les présentent comme des survivants de l'holocauste ?) avec les pauvres.
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0 # tristesir 2013-03-10 22:07 Je ne comprends pas très bien l'objection.

Se lever tous les matins pour aller exercer un boulot de m… qu'on sait très bien être un boulot de m… pour se payer seulement un petit confort qui est donné sans 'aucuns efforts à ceux qui appartiennent aux plus hautes classes de la société, tu crois que c'est un sort enviable et que cela ne créée pas frustration et colère?

C'est cela qu'ils voudraient voir infliger à tout le monde. Pas à tout le monde, ils ont le respect de leur maîtres, mais à tous ceux qui sont en dessous d'eux dans l'échelle sociale.
Pour rendre supportable leur condition, il faut que ceux qui sont en dessous aient une condition bien pire.

Leur lâcheté ils veulent la faire payer à ceux qui peuvent le moins se défendre.
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-1 # MacG 2013-03-11 10:49 Déjà explicité, mais encore faut-il lire : je conteste la naturalisation de la haine que tu invoques et nuance le simplisme de ta position.

Il s'agit d'un processus dynamique et la pente de la haine est tout sauf naturelle. La méfiance, la jalousie, la rancoeur, etc. existent bien, mais ce sont des mécanismes socio-économiques pervers qui favorisent des poussées xénophobes et concrétisent cette spirale de la médiocrité. Les gens «insérés» ou non, qui, in fine, s'autofrag, n'ont qu'à laissé faire ; ils n'ont pas besoin de penser, encore moins de vouloir.

De +, tu sembles vraiment croire que les gens sont objectivement victimes d'un sort peu enviables parce que… ils doivent aller bosser pendant qu'une infime minorité n'en fout pas une et ramasse un max ?! C'est total WTF.

La frustration de certains est réelle, mais je dis simplement qu'elle est basée sur un fantasme (la peur) et sur l'inaction. Tu éludes en faisant comme si je contestais le principal. Ce n'est pas le cas.
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0 # tristesir 2013-03-11 13:59 Citer:
De +, tu sembles vraiment croire que les gens sont objectivement victimes d'un sort peu enviables parce que… ils doivent aller bosser pendant qu'une infime minorité n'en fout pas une et ramasse un max ?! C'est total WTF.


Les gens dont je parle ne sont pas ceux qui ont des salaires confortables, je te parle des gens qui sont dans en dessous du revenu médian (moins de 1700 euros en 2012) parmi eux, il y a de plus en plus de gens au SMIC.

Que constate ces gens? Leur conditions de travail se détériorent, ils ont peur de perdre leur emploi et redoutent le prochain "plan social", "la prochaine charrette" comme on l'entend parfois, dans certaines grosses entreprises , il y a eu tellement de tels plans que ceux qui restent sont des espèces de survivants.
Et ils voient que des gens perçoivent des milliers d'années de SMIC sans se crever le c… comme eux, mais comme ils sont bien éduqués au respect de leur "bons maîtres" ils acceptent finalement cet état de faits mais…
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0 # tristesir 2013-03-11 14:09 Les média aux ordres leur donne un os à ronger:
Ils désignent à l'opprobre publique sans cesse la France qui ne se lève pas tôt afin de détourner la colère et la rage des gens dont je parlais plus haut pour la concentrer sur des boucs-émissaires, des victimes de la guerre économique de tous contre tous.
Les puissants ont bien compris qu'il fallait une que la rage et la haine des gens pressés comme des citrons s'expriment pour qu'elles ne se retournent pas contre eux.
Le jeu ordinaire des classes dirigeantes dans toute société est de diviser les gens pour qu'ils ne se liguent pas pour chasser le/les tyrans.
La figure du chômeur (et de le l'immigré) est un exutoire comme le foot et le loto pour canaliser la haine, la violence, la frustration de la foule.
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0 # MacG 2013-03-11 16:53 S'exprimer par généralités et faire la police de la pensée, c'est très confortable vu que ça permet de se ménager une belle marge de manœuvre. On peut ainsi tout justifier a posteriori quitte à user de paralogismes, ce que tu ne te gènes pas de faire. C'est une technique de trolling, sauf que le catéchisme que tu me sors est hors sujet (et tout aussi bancal que le reste). Ce n'est pas le point.

C'est bête que tu appliques exactement ce que tu dénonces (généralisation et rhétorique bourrine, aveuglement, nombrilisme, mépris pour les autres) vu que tu dis des choses intéressantes par ailleurs (cf. ton com. de 14h55).

Yves se plaint que rien ne bouge à cause de la division. Grâce à la démonstration de ton hermétisme et d'une certaine malhonnêteté intellectuelle, j'ai mon explication. Tu dénonces un état de fait que tu contribues, malgré toi, à faire perdurer. Si on ne peut pas discuter avec toi, imagine avec les "insérés".

Instructif. Comme on dit : « you made my day ».
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0 # superuser 2013-03-10 23:19 Je pense, comme Tristesir, qu'il y a effectivement des chômeurs et des pauvres complètement sado-maso et que la logique de distinction que tu évoques les étreint peut-être davantage, doublée d'une certaine acrimonie…

Des chômeurs qui se croient meilleurs que les autres, pensent que les allocations chômage sont bcp trop généreuses et méprisent leurs congénères (qui, à leurs yeux, ne cherchent pas vraiment du travail), il y en a plein. Des prolos qui s'échinent et croient que la dignité et le courage du travailleur, c'est de supporter bravement l'exploitation qu'ils subissent, il y en a plein aussi. Ces gens-là ont en commun un cerveau pas fini, une bonne dose de haine de soi qu'ils reportent + ou - consciemment sur autrui, et, surtout, une grande lâcheté.

Et ces gens-là souhaitent effectivement de la souffrance et des épreuves aux autres : pour eux, c'est ça, le mérite ! J'en ai connu plein.

Le pire, c'est qu'ils ne se rendent pas compte qu'en souhaitant du mal aux autres — ces fainéants, ces profiteurs, etc —, ils se font du mal à eux-mêmes, puisqu'ils sont d'accord avec des mesures de régression sociale qui les sabreront eux aussi.
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0 # MacG 2013-03-11 10:52 Je ne suis pas naïf. Les luttes de pouvoir ont toujours existé, même entre pauvres, mais la harangue sur l'homme qui est un loup pour l'homme ou qu'on n'est pas dans une société de bisounours ne m'intéresse pas. J'étais pas au courant au fond de mon puits (je ne dis pas ça pour toi, tes propos sont contextualisés et circonstanciés comme toujours).

Je goûte moyennement le ton de tristesir, qui ne semble pas lire et se commet dans des assertions bancales et généralistes (voire amalgamées), et je note que le fait d'émettre une nuance dans une appréciation de la situation est prise comme s'il y avait désaccord sur le principal alors que ce n'est pas le cas (il suffit de relire mes messages), ce qui est d'autant plus insultant (mais je commence à cerner le personnage).

Se compromettre dans le binaire c'est oblitérer toute ouverture sur la connaissance et sur l'avenir pour devenir comme ceux que l'on prétend dénoncer.

Les mots sont importants.
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0 # tristesir 2013-03-11 21:17 MacG:
Vous êtes bien agressif à mon endroit?
Je donne seulement mon point de vue et me voilà taxé de malhonnêteté intellectuelle et d'être binaire.
Si je suis la police de la pensée alors vous êtes le juge qui condamne les gens parce qu'ils ne pensent pas comme vous 8-)
C'est quoi le jeu? Celui qui dénonce le mieux l'autre? 8-)
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0 # MacG 2013-03-11 23:00 La victimisation maintenant. Ton point de vue, tu l'assènes post après post en balayant le sens global de mes posts pour régurgiter du catéchisme pré-mâché (la sourde oreille). Garde cette posture empruntée et use de tournures grandiloquentes si ça te chante, le fait est que tu piétines les règles de bienséance dont tu réclames le respect.

Là où je prends la peine d'expliciter chaque point (rappelons qu'à la base j'abondais en ton sens tout en faisant une observation personnelle), tu te répands en généralités, biaises, digresses et éludes à coups de pavés généralistes.

C'est un procédé mesquin de troll et typique de ceux que tu prétends dénoncer. Tu ne te foules pas et insulter l'intelligence de ton interlocuteur ne te gêne nullement. Viens faire semblant, ensuite, de t'étonner que des gens se marchent sur la gueule. Comme toi, leur mépris est intériorisé et ils ne s'en rendent même pas compte. Derrière les grands discours, la démonstration que tu es, dans les faits, comme eux.
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0 # tristesir 2013-03-12 01:42 Donc j'avais bien compris le jeu: c'est à celui qui dénonce le mieux l'autre et je vois que vous avez de la pratique.

Je n'ai toujours pas compris ce qui me vaut votre acrimonie.
Je vous ai insulté? Je n'ai pas écouté sagement vos paroles en dodelinant de la tête avec l'attention que vous auriez souhaité ?
Navré de vous causer ce tourment.
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0 # superuser 2013-03-12 02:29 Non : tu radotes… et ça saoule. Répondre | Répondre avec citation |
 
 
0 # Actu 2013-03-14 11:14 Il n'est pas le seul !

Pas très amical !
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0 # Chiz 2013-03-10 19:03 « les rares emplois disponibles s'obtiennent par "cooptation" et "relations" (réseau). »

Là aussi, l'occasion, pour ceux mêmes qui l’excluent, de culpabiliser le chômeur n'est pas perdue.
Car puisqu’il n’a pas réussi à accèder à l’emploi par son réseau, c’est voyons, bien sûr l'indice flagrant qu’il n’est pas employable…
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+1 # diety 2013-03-10 19:23 Très bon article, Sophie !

"L'employabilité" c'est comme une date de péremption sur les yaourts et cela illlustre bien comment le salarié est considéré dans le monde du travail : il est une marchandise comme une autre. Une fois "la chaîne du froid" interrompue, le marché le jette à la poubelle. Certains vont même détruire "les périmés" avec "l'eau de javel" pour qu'ils restent définitivement "inemployables".

Ne pas participer à la langue de bois et aux mensonges ne change peut-être pas grand chose à la situation, mais refuser ces valeurs à la con et ce langage orienté me fait du bien.
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0 # lebeaupolo 2013-03-11 12:20 Voilà, je suis "inemployable" ça tombe bien, je veux plus bosser pour personne d'autre que moi. Et ça se passe bien, je m'en sort, je reste inscrit chez Pole, mais y me convoquent plus.

Et pourtant je bosse tout le temps - mais aujourd'hui, c'est intempéries: ici y neige!

Ben oui, pole emploi m'a envoyé chez un sous-traitant, y a 3 ou 4 ans Très gentille, la dame de pole emploi, a rien promis, juste que ces gens ont des relations avec des employeurs et que vu mon profil ça peut donner des contacts.
Au début, tout va bien, bon élève, pas de soucis. Pis j'ai demandé s' y pouvaient téléphoner chez ceux qui répondent jamais, parce que je suis trop vieux.

Alors, y se sont fâchés, y m'ont dit que je suis "inemployable" et que à mon âge je suis foutu. Avec ces mots .
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-1 # superuser 2013-03-11 14:16 L'employabilité est une imposture bien ancrée, même chez les cocos…

Des qualifications aux compétences

[…] La compétence est entrée dans le vocabulaire courant de l'emploi et la formation, là où la notion de qualification était hégémonique il y a encore une vingtaine d'années. Ce changement ou glissement sémantique a signé la modification de l'organisation et de la structure collective du travail.

Pour qu'une organisation du travail s'exerce sur le mode "compétence", il faut que cela offre aux salariés des perspectives. Mais en fait, on offre au salarié de s'adapter à son poste.

A la base, la logique de la compétence est de mobiliser la subjectivité, la créativité des salariés : "je mobilise mes compétences pour arriver à un objectif que l'on m'a fixé".

Si on étudie le phénomène par le prisme de la formation, on s'aperçoit, comme la mis en exergue une récente étude de la DARES, que les formations proposées par les entreprises sont de plus en plus courtes. Or en formant sur un ou deux jours, on offre seulement au salarié de s'adapter à son poste pour répondre au besoin de l'entreprise. Les compétences liées ainsi à un poste donné ne sont pas transférables dans une autre entreprise. Du coup, les salariés perdent progressivement les bénéfices des formations généralistes et qualifiantes, reconnues à l'extérieur de l'entreprise, dont ils ont besoin pour maintenir leur employabilité. […]

Nicolas Fourmont - L'Humanité (14/02/2013)
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0 # tristesir 2013-03-11 14:55 Le vocabulaire des patrons irrigue le discours de tout le monde et les gens qui l'utilisent ne se rendent plus compte qu'à chaque fois qu'ils utilisent ce vocabulaire les idées du patronat voyagent en passagers clandestins ou pire se substituent au sens souhaité.
Une liste de quelques mots piégés:

"plan social" (qu'y-a-t-il de social à mettre des gens au chômage?)
"charges (patronales)" (pour désigner les cotisations retraites, chômage et maladie) SDF (pour désigner des gens qui n'ont aucun domicile du tout) et puis "employabilité" etc

Le mot employabilité rabaisse le salarié en lui rappelant qui est le maître (celui qui emploie et vers lequel doivent se tourner tous les efforts du salarié pour qu'on consente à l'employer) qui a pouvoir de vie et de mort quasiment sur le salarié.

Lorsque quelqu'un dit d'une autre personne qu'elle est inemployable cela sonne comme une condamnation à mort (sociale).

L'employabilité c'est un serment d'allégeance fait par le salarié à l'entreprise.
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+1 # Ardwen 2013-03-12 09:43 Je reconnais là bien des vérités vécues, et si actuelles pour moi…
J'avais, jeune, bien plus de propositions intéressantes, alors que je ne connaissais rien, que maintenant, alors que j'ai connaissances et expériences!
Je n'ai désormais que de basses propositions, pire, des propositions "de bonnes femmes", des taches ingrates, uniquement destinées aux femmes, sans intérêts, fatigantes, mal payées, toujours provisoires, et si possible, pas de plein temps!
Bref, tout ce qui est dit est vécu, et bien davantage encore…

Les entrepreneurs se privent, par ce système, de gens véritablement motivés, prêts à leur montrer combien ils ont eu raison de les choisir!
Un chômeur longue durée en effet n'aura pas cette effet de "blazitude" que l'on voit trop souvent avec des employés longue durée qui ne voit que leur confort, et ont oublié l'importance d'être investi dans leur tâche!
Il y a bien des vues qui devraient être révisés, avec des critères tout à fait iniques… A se demander comment même ils ont pu être instaurés… Et comment des gens prétendument intelligents ont pu se faire piéger non seulement à les croire, mais pire, à les appliquer…
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0 # liboue 2013-03-12 19:54 Cela ne m'étonne pas. Ce sont les mots de la novlangue néolibérale.

Vous n'êtes plus un ouvrier, un employé, mais un opérateur; vous n'avez plus de savoir, d'ancienneté, mais des compétences, des connaissances.

On vous évalue, vous vous auto-contrôlez, on vous audite, etc.

C'est l'emprise néo capitaliste qui fait qu' un être humain est relégué à un capital tel qu'un stock, une machine.

Nous ne sommes plus qu'une ressource parmi d'autres qu'il faut gérer via des flux
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0 # hervé85 2013-03-13 16:19 D'accord avec Liboue, tout ce qu'il décrit contribue aujourd'hui à cette deshumanisation rampante de notre Sté. Les salariés sont nommés…collabor ateurs! Etrange mot qui rappelle des heures sombres! Un DRH n'est-ce pas un directeur des ressources humaines. Comme si les humains étaient des ressources comme le charbon, le pétrole etc… La question est comment nous allons sortir de ce système pourri pour mettre à la place un système enfin humain !!! Répondre | Répondre avec citation |
 
 
0 # elusive_reclusive 2013-03-13 19:35 J'aime beaucoup ton article Sophie. J'ai très envie de l'envoyer dorénavant en même temps que mes candidatures auxquelles plus personne ne daigne répondre. Peut-être que brandir ces mots (ces vérités) comme un étendard susciterait enfin un semblant de réaction…?
Pas encore discriminée par l'âge (quoique…), je le suis déjà par ma longue expérience de chômeuse, qui bientôt va dépasser mes années d'expérience en poste! Il n'y a plus que moi pour croire encore en mes compétences, comme nous tous, chacun isolé dans notre misère, notre survie quotidienne; alors que tout ce cirque n'est qu'un jeu de dupe… A quoi bon?
Pourtant ton article me redonne le moral, car j'y trouve la résonance à ma révolte toujours intacte, et rien que pour cela je te remercie!
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0 # pelegrin 2013-03-21 11:25 3 ans de chômage déjà, 40 ans…De l'énergie à revendre pourtant…
Donc si je comprend bien je suis dans ce cas…
A quoi bon alors de se démonter pour trouver un emploi…
Je veux être reconnu, pour ma valeur au travail, ne pas cautionner "l'esclavage" actuel, "boulot/ dodo/ boulot", sans se poser de questions, en suivant bêtement et pardonnez moi l'expression, "ces troupeaux de moutons"… Mal payé, mal considéré…
On a tous droit à un minimum de dignité, nous ne sommes ni de la marchandise, ni des animaux. "Des êtres humains" avec tous un savoir faire.
Inemployable…
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0 # --- 2013-04-20 15:30 Article intéressant. Je me permet de poster un lien vers un article dont sur la conclusion est assez proche du votre : l'exclusion professionnelle idiote, injuste et inhumaine des demandeurs d'emploi de très longue durée :
http://www.tsa-quotidien.fr/action-sociale/insertion/a-175401/les-plie-empetres-dans-des-contradictions.html
Mais il faut aller au bout de la logique : en attendant quelques millions d'années le plein emploi, il faut réclamer le partage égal du travail (et donc du chômage).
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