Sachez, vous qui venez de perdre votre emploi et goûtez aux joies de la précarité tant vantée par Laurence Parisot, que le chômage est voulu et planifié car il est un outil économique indispensable au bon fonctionnement du système ultralibéral mondialisé dans lequel nous vivons.Outre maintenir sinon accroître la rentabilité des entreprises et réjouir les boursicoteurs et autres rapaces de la finance, le chômage a deux propriétés inavouables :
• faisant pression à la baisse sur les salaires, il permet de contenir l'inflation;
• affaiblissant le salariat par la crainte qu'il suscite, il l'oblige à accepter des emplois de moins en moins dignes, subir des conditions de travail dégradées, etc… et permet de dérèglementer le travail.
Contenir l'inflation
Le grand public a souvent entendu parler du chômage «structurel», «conjoncturel», voire «frictionnel», mais il n'a jamais entendu parler du «chômage non accélérateur d'inflation» ou NAIRU (Non Accelerating Inflation Rate of Unemployment dans sa version anglo-saxonne).
Bien connu des économistes, ce paramètre - inventé par deux pontes de la Banque Centrale Européenne - figure dans les glossaires de ceux qui nous dirigent. Sa définition est : taux de chômage en deçà duquel les salaires s'accélèrent. Puisque l'augmentation des salaires provoque celle de l'inflation, il est recommandé d'avoir un taux de chômage stable et durable que l'on peut noyer/escamoter dans le chômage dit «structurel» : chômage ne pouvant être résorbé par la seule croissance du PIB.
=> LIRE ICI notre article qui lui est entièrement consacré
Tout cela se tient. Vous avez certainement remarqué qu'à la fin des années 80 on a commencé à parler de «chômage de masse». Effectivement, depuis trois décennies, notre taux de chômage n'est jamais descendu en dessous de 7%, ce qui n'est pas un hasard. L'inflation galopante des années 70, considérée comme «néfaste pour l’économie», avait laissé un cuisant souvenir à nos élites... La maîtrise de l'inflation est donc devenue leur grande obsession. De même, c'est depuis les années 80 que le capitalisme s'est financiarisé, que la part des salaires dans la valeur ajoutée a chuté au profit du pouvoir actionnarial et que la croissance est devenue, elle aussi, une obsession pathologique, avec les conséquences que nous connaissons aujourd'hui.
Dérèglementer le travail
Rien ne vaut le chômage, véritable aubaine pour le patronat ! D'abord, il fait tellement peur aux salariés qu'il anéantit toute velléité de contestation. Quand on licencie, les actions grimpent mais, grâce au chômage, le patronat n'hésite pas à déployer l'argument de la sauvegarde des emplois afin de faire pression sur le gouvernement : ainsi lui accorde-t-on toujours plus de subventions et/ou d'exonérations fiscales et sociales; ainsi vote-t-on nombre de mesures visant à «assouplir» toujours plus un maximum de règles au détriment des salariés et à affaiblir le Code du travail, au nom de la compétitivité.
Quant au sort des chômeurs, strictement lié à celui des travailleurs, il est écrit noir sur blanc dans un rapport de l'OCDE ("Stimuler l’emploi et les revenus" - Perspectives de l’Emploi 2006) : «Les réformes structurelles qui commencent par générer des coûts avant de produire des avantages, peuvent se heurter à une opposition politique moindre si le poids du changement politique est supporté dans un premier temps par les chômeurs. En effet, ces derniers sont moins susceptibles que les employeurs ou les salariés en place de constituer une majorité politique capable de bloquer la réforme, dans la mesure où ils sont moins nombreux et souvent moins organisés.» CQFD.
La lutte contre le chômage ? Du vent, que du vent !
Le gouvernement ne se fait pas prier : alors qu'il supprime des postes de fonctionnaires par dizaines de milliers, il invente des dispositifs qui banalisent le précariat (contrats aidés, RSA «de complément»…) et en fait la promotion (services à la personne en intérim, métiers «en tension»…) au nom de la lutte contre le chômage. Car un travailleur précaire, c'est un demandeur d'emploi en moins dans les chiffres officiels ! La notion d’«emploi» (le bon vieux CDI) est remplacée de façon manifeste par celle d’«activité» (réduite : c'est d'ailleurs la définition des catégories B et C de Pôle Emploi). L'équation est simple : «plein emploi» = «pleine activité» = «plein emploi» précaire = «sous-emploi» de masse qui, à terme, doit se substituer au «chômage de masse» et hop!, le tour est joué. La crise tombe à point nommé pour généraliser le travail en miettes et sous-payé : il est là, le véritable projet.
Afin d'optimiser cet objectif, il faut aussi lutter contre les chômeurs. Plus on les culpabilise, plus on les presse et on les sanctionne, plus on les stigmatise et on les écrase, mieux c'est. Ces épouvantails à salariés resteront muets et bien dociles.
Pour éradiquer le chômage, deux solutions
La première est radicale. On a vu que ce fléau fait partie intégrante de notre système économique et qu'il permet à ceux qui en tirent les rênes de prospérer, le plein emploi étant l'ennemi des profits : il faut donc en finir avec lui.
Mais, hélas, ce n'est pas demain la veille ! On le voit actuellement : malgré la crise que nous traversons, personne ne compte changer quoi que ce soit à ce système pourri jusqu'à la moelle. Au contraire, les crises successives servent à l'asseoir un peu plus (cf. La stratégie du choc de Naomi Klein : le capitalisme se nourrit des désastres et s'arrange même pour en créer). A moins de couper les têtes de ses instigateurs, bénéficiaires et défenseurs, il n'y a pas d'issue.
La seconde est plus nuancée. Puisqu'il n'y a pas de travail pour tout le monde, que cela n'ira pas en s'arrangeant et qu'on ne va tout de même pas euthanasier tous ceux qui, exclus de l'emploi, sont de trop et connaissent déjà une mort sociale, alors pourquoi ne pas admettre officiellement cette évidence et instaurer un «revenu universel» d'existence ou un «salaire à vie» ?
=> Voici son principe à LIRE ICI
Hélas, cette idée est aussi inenvisageable - même à moyen terme - car elle dissipera la peur, cet autre indispensable outil de domination, chez les individus et fera à nouveau pencher la balance du côté du salariat puisque, pour trouver des candidats au travail, le patronat devra rendre l'emploi nettement plus attractif...
Tout cela est bien désespérant, mais il faut être lucide. Promesse électorale récurrente et monumentale hypocrisie, le retour au «plein emploi» est une chimère tandis que la lutte contre le chômage a toujours été un attrape-nigauds, et jamais une priorité. Car les licenciements et la précarisation du travail sont devenus des composantes essentielles de la productivité des entreprises : par leur sacrifice, les chômeurs et les précaires sont bien des agents actifs de cette prospérité. Comprenez qu'un tel cynisme ne puisse être confessé...
SH
Inflation, ou chômage ? L'UE a fait le choix du chômage de masse :
Etienne Chouard est enseignant en économie-gestion et droit fiscal. Il s'est distingué en 2005 avec ses positions virulentes contre le traité constitutionnel européen.







Commentaires
T'as oublié le fouteballleeuuu u :-))) Répondre | Répondre avec citation | Citer
Il faut mettre en avant des boucs-émissaires et les désigner à la vindicte populaire pour qu'ils concentrent tout le mécontentement et que ceux qui sont les vrais responsables et les profiteurs de toute cette misère continuent de faire leur affaires sur le dos de l'humanité en toute tranquillité sans être inquiétés nullement. Répondre | Répondre avec citation | Citer
eutanasier pas encore !!! mais on prévoit semble t'il d'enfermer d'office tous les cas présentant un trouble pour l'ordre public, et nous savons tous que les chomeurs plus ils restent en marge et plus ils développent des problémes, lisez bien entre les lignes.
http://www.lemonde.fr/societe/article/2010/04/20/debat-autour-des-soins-psychiatriques-sous-contrainte_1340052_3224.html Répondre | Répondre avec citation | Citer
Je découvre votre site. Je tenais juste à faire deux remarques :
-L'inflation existait déjà avant les années 70. Si elle s'est accélérée à ce moment-là, c'est sans doute en grande partie lié à l'anéantissement pur et simple de notre souveraineté monétaire. D'ailleurs la politique de chômage de masse a été mise en œuvre dès ces années-là !
-Je n'ai pas encore fouillé beaucoup sur votre site, mais je n'ai vu aucune mention du droit au travail. Juste une histoire de "revenu universel". C'est une idée libertarienne - les libertariens parlent aussi de "revenu d'existence", ce qui en dit long sur les tenants et les aboutissants de ce concept… De mon point de vue, vous partez dans la mauvaise direction. Il me paraît totalement absurde d'affirmer qu'"il n'y a pas de travail pour tout le monde". Il n'y a pas de MONNAIE pour tout le monde, ce n'est pas la même chose…
Sur ce sujet je vous recommande le dernier livre d'André-Jacques Holbecq intitulé "Argent, dettes et banques". Répondre | Répondre avec citation | Citer
Nous avons aussi régulièrement abordé "le devoir de travailler et le droit d'obtenir un emploi" tels qu'ils figurent dans l'article 5 du Préambule de 1946 de notre Constitution :
Voir ici
Voir là
Selon vous, Travail ou Monnaie, telle est la question !
Je vais lire l'ouvrage que vous nous recommandez…
La rédaction Répondre | Répondre avec citation | Citer
Merci pour votre réponse et… mea culpa - je faisais bien de préciser que je découvrais juste votre site ! Concernant le Préambule de 1946, l'invocation de la situation économique est encore une belle escroquerie ! La situation économique n'était-elle pas bien pire en 1946 que dans les années soixante-dix ?
Un extrait du livre d'A.-J. Holbecq :
“Si une collectivité a :
1 - Un besoin,
2 – La volonté de le satisfaire,
3 – Les moyens techniques et énergétiques,
4 – Un EXCES DE MAIN D’ŒUVRE (c’est moi qui souligne) et le savoir-faire,
Alors l’impossibilité souvent alléguée du manque de financement est une mauvaise excuse car une vraie richesse équilibrera le “bilan” d’une création monétaire éventuellement nécessaire pour la réaliser”.
Je vous signale aussi cette modeste étude consacrée au droit au travail dans les constitutions françaises depuis 1791 :
communisme-liberal.blogspot.com/2009/11/la-mesure-de-gauche-dont-les-partis-de.html Répondre | Répondre avec citation | Citer
Merci d'en avoir posté le lien.
Je la garde sous le coude pour un prochain article où je vous sourcerai, et en attendant, j'en recommande la lecture à tous nos visiteurs.
Bien@vous Répondre | Répondre avec citation | Citer
Trois années de formation dans des conditions économiquement difficiles, pour passer du statut de chômeur à celui de travailleur précaire ! Louable effort !
La question que je me pose aujourd’hui est la suivante : comment croire encore à l’initiative d’agir dans cette France qui précisément ne permet pas de vivre de son travail ? Et, d’autant moins si l’on cumule les disgrâces d’être une femme cinquantenaire, classée famille monoparentale.
À cette date, j’ai refusé pour la première fois de ma vie, un énième CDD d’assistante sociale (à temps partiel, cela va sans dire…) spécialisée RSA, rémunéré 1000 euros par mois pour 80% de temps de travail !
Comment pourrions- nous nous laisser convaincre que le simple fait d’être « en activité » suffise à se sortir de la catégorie des précaires ? En refusant ce poste qualifié, à 40 kilomètres de mon domicile, et sans perspective d’avenir, j’ai refusé tout simplement le « travaillez pour travailler ! »
Je veux vivre de mon travail ! Répondre | Répondre avec citation | Citer
http://www.youtube.com/watch?v=TO_f4wqBGjc Répondre | Répondre avec citation | Citer
et la deuxième escroquerie consiste à faire entrer en compétition des celibataires pauvres qui peuvent se contenter du chômage pour survivre avec d'autres pauvres qui ont un besoin vitale d'obtenir un emploi salarié pour nourrir leurs familles. Répondre | Répondre avec citation | Citer
un célibataire pauvre en compétition avec un chef de famille pauvre ?!
Un célibataire a besoin d'un travail rémunéré CORRECTEMENT pour joindre les 2 bouts : le célibataire ne se contente pas du chômage pour survivre, il le subit aussi violemment qu'une famille ou un couple.
En réalité, la deuxième escroquerie, c'est de mettre en compétition tout court. Et ainsi de faire croire en la légitimité de penser qu'un chef de famille est en compétition avec un célibataire ! Et une femme avec un homme, et un jeune avec un vieux, et un fils de avec un pas fils de, et un bénéficiaire du RSA avec un travailleur smicard à temps partiel, … (ça fonctionne pour beaucoup de choses, c'est une variable fixe, très facile)
Hainons nous les uns les autres, ça leur évitera de régler les problèmes (et qu'est ce que ça les fait marrer, ça prend à tous les coups !) Répondre | Répondre avec citation | Citer
Ce site est très utile et permet vraiment d'avoir une vision différente du chômage et de la précarité. Répondre | Répondre avec citation | Citer
elle est le pendant de la politique de contention de l'émigration, qui permet d'avoir des travailleurs clandestins encore moins chers.
2 : le problème de la financiarisatio n n'est pas les financiers. c'est la lacune du pouvoir.
investir c'est SPECULER exactement et pas autre chose. Jamais. ça n'existe pas l'investissement non spéculatif.
revenus faibles / risque faible voire trés faible OU sur des risques élevés / revenu élevés.
C'est l'applicatoin du risque élevé qui n'est pas respectée. A cause de la corruption - ces 10 dernieres années cela a augmenté
3 : le revenu de vie, tout irait bien si nous parlions à l'échelle du monde. Or ce n'est pas le cas.
le RSA tel qu'il a été institué est déjà un progrès énorme. Songez que mème s'il vous maintient à peine au dessus de la misère c'est déjà infiniment plus prés du revenu de vie que tout autre système au monde. Répondre | Répondre avec citation | Citer
Que le chômage soit voulu pour maintenir une pression, possible, même si c'est tout de même difficile à organiser, mais par contre si dans une démocratie comme la nôtre le peuple se laisse faire, ça c'est pour moi un mystère, on se plaint des banques pourquoi ne pas en faire une ensemble, faire des centrale d'achat pour contrer le dictat des multinationales , enfin soit s'unir en bougeant intelligemment et pas en criant pour rien, on peut tout faire mais il faut de la confiance et de la logique. Répondre | Répondre avec citation | Citer
Le micro-crédit existe, il reste marginal
Par contre je propose de diviser pour régner: à supposer que toutes les banques ne soient pas à mettre dans le même sac, faire une liste noire de banques à éviter, médiatiser cette liste et rediriger leurs clients vers d'autres banques considérées (provisoirement ) comme meilleures Répondre | Répondre avec citation | Citer
Le milieu de l'entreprise n'est pas favorable au travail des personnes handicapées. Il y a déjà trop de raisons qui engendrent des phénomènes de catégorisation, comme le salaire par exemple. Je suis pour placer tout le monde au même niveau : même travail = même salaire (cotisations patronales y compris ). Les aides devraient être fournies d'une façon globale aux entreprises et non pas concerner certains salariés en particulier. Répondre | Répondre avec citation | Citer