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Accueil Social, économie et politique Menaces d'immolation : Attention, Pôle Emploi est sur les dents !

Menaces d'immolation : Attention, Pôle Emploi est sur les dents !

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Isabelle Hay, une chômeuse de 56 ans qui a menacé de se pointer à son agence avec «un jerrican et des allumettes», a été internée de force durant trois jours.

Trois semaines auparavant, elle avait adressé un courrier au directeur de son agence d'Angoulême, restée lettre morte. On comprend son agacement... A Pôle Emploi, il faut attendre autant pour obtenir une simple attestation commandée via le 3949, et tant pis si ça urge. Inadmissible !

Isabelle voulait simplement être reçue. Elle a cru que cette menace, proférée devant sa conseillère, accélèrerait la chose et, en effet, rendez-vous a été obtenu pour le lendemain avec le directeur en question. Mais à cause de deux mots — «jerrican», «allumettes» — employés dans un contexte délicat — l'immolation tragique de Djamal Chaar, survenue le 13 février dernier à Nantes, puis les tentatives qui ont suivi —, la conseillère paniquée les ayant pris très au sérieux et enclenché la procédure “Menace imminente d'un demandeur d'emploi” communiquée par le Directeur général de l'organisme à ses personnels, le soir-même, Isabelle a été cueillie à son domicile par huit policiers, mise en garde à vue et internée d'office pendant 72 heures en soins psychiatriques.

Son histoire est ici.

Du coup, l'entretien tant désiré avec le directeur n'a même pas eu lieu !

Depuis le 13 février, Pôle Emploi recensé plus de 50 menaces sérieuses de suicide. «L’immolation de Nantes a entraîné un effet boule de neige, a expliqué une syndicaliste du SNU-Pôle emploi. Les directions locales essayent d’étouffer la plupart des affaires, mais il est incontestable que la tension augmente» tandis que «les débordements se multiplient» : échanges verbaux musclés, agressivité physique. Ce dont semble se moquer Michel Sapin.

En ce qui concerne le cas d'Isabelle, le directeur territorial de l'organisme a justifié son appel à la police : «Mieux vaut prendre plus [trop ?] de précautions que pas assez». En effet, c'est justement parce que Djamal Chaar a déjoué la surveillance policière (suite à ses avertissements au 3949 et à la presse locale, les flics sont venus sonner chez lui, et il leur a dit qu'il plaisantait. Ils l'ont ensuite attendu devant son agence, mais il est arrivé en flammes par une autre rue) que les procédures ont, visiblement, été durcies.

Ensuite, des actes plus ou moins farfelus ont achevé de semer la panique, entre cet homme qui a menacé de faire sauter une agence à Vannes ou ce jeune qui a tenté de braquer une agence à Angers avec… un désodorisant. Pathétique, non ?

De quoi conforter les cyniques qui soutiennent que cette expression de la souffrance des chômeurs est une «mode». Surtout, ces menaces en l'air jettent le discrédit sur le suicide de Djamal Chaar, dont le désespoir et le geste étaient tout sauf anodins.

Pôle Emploi est sur les dents, et il ne faut pas jouer avec le feu. L'organisme, éternel bras armé du gouvernement qui fiche déjà ses «chômeurs agressifs», n'hésite plus, au moindre «incident client», à passer à l'action avec la bénédiction des autorités.

A Actuchomage, on se souvient de l'«affaire Radiateur» qui a valu à Yves, responsable du site, d'être condamné à 500 € d'amende avec sursis pour «incitation à la commission de délits pouvant mettre en danger la vie d’autrui». La cause ? Un message provocateur posté sur notre forum par un agent ANPE en colère suivi… d'une dénonciation anonyme. C'est pourquoi, depuis, nous sommes très vigilants quant au contenu des interventions de nos utilisateurs, dont nous sommes pénalement responsables. Il faut se souvenir qu'entre novembre 2005 et février 2006, dans la foulée des émeutes, une vague d'incendies avait détruit plusieurs agences ANPE et antennes Assedic. Actuchomage avait été mis sous haute surveillance (nous n'étions pas les seuls), et le ministère de l'Intérieur était aux abois. 

Revenons à la mésaventure d'Isabelle. Si elle a invoqué l'immolation devant une conseillère avec — il faut le dire — un peu trop de légèreté, Pôle Emploi a commis un abus manifeste : sa réponse, disproportionnée, s'est faite au mépris de la loi. Isabelle va «peut-être porter plainte»... Osera-t-elle ?

On le répète : face au chômage endémique et à cette machine à broyer qu'est Pôle Emploi, il ne faut pas rester seul(e). Nous sommes des millions et la solidarité, ça existe. Des associations sont là pour vous éclairer, voire vous épauler dans vos démarches, et rien ne vaut l'action collective. Si Djamal Chaar avait, par exemple, appelé le MCPL de Rennes, le MNCP de Vannes ou la CGT-Chômeurs Rebelles du Morbihan, voire s'il avait exposé sa situation sur un forum aussi compétent que celui de Recours-Radiation, il aurait appris que l'indu de 620 € que lui réclamait Pôle Emploi pouvait être annulé, idem pour la sanction à son encontre liée à sa non-déclaration d'activité : ainsi aurait-il vu une lueur d'espoir et ne serait-il pas passé à l'acte. Quel gâchis !

SH

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Mis à jour ( Dimanche, 17 Mars 2013 12:39 )  

Commentaires 

 
0 # Batchomeur 2013-03-18 15:50 Faut-il confronter le suicide authentique d'un désespéré d'un côté à des actes jugés farfelus de l'autre, qui "décrédibilisera ient" ce suicide ?
Comme si les pauvres devaient tous devenir suicidaires pour être crédibles? Et surtout comme si ils avaient le moyens de choisir leur façon de se révolter, qui devra être raisonnable?
Un acte jugé"farfelu" exprime aussi très bien une révolte, et il n'est pas dit que ces gens qui passent à l'action de cette façon ne soit pas tout aussi désespérés sans pour autant choisir de s'immoler. On peut exprimer son désespoir et sa révolte sans pour autant devenir suicidaire. Comme d'habitude, on voit que la bonne vieille pensée chrétienne est toujours à l'oeuvre chez les militants, faisant toujours dans le pathos et la souffrance pour que la révolte devienne légitime. Rien ne dit que Djamal Chaar ait voulu devenir une icône, ni qu'il jugeait son moyen de révolte supérieur aux autres, même si il est évidemment beaucoup plus dramatique.
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0 # superuser 2013-03-18 16:40 En effet, pour l'opinion et l'Etat, les actes jugés farfelus et autres menaces en l'air décrédibilisent "le suicide authentique d'un désespéré" (sur Twitter, le journaliste du Figaro Marc Landré a clairement dit que les tentatives d'immolation de chômeurs étaient une "mode", en écho au PDG de France Télécom qui avait parlé de "mode du suicide" chez ses salariés. Et nombre de personnes qui vivent bien au chaud pensent malheureusement de même).

Dans ce contexte, la riposte des institutions ne se fait pas attendre : Isabelle Hay l'a, hélas, expérimentée. Et nous aussi, en 2006, avec l'affaire Radiateur.

Dans ce billet, je ne conteste pas sur le fond la légitimité des révoltes exprimées, aussi dramatiques ou pathétiques soient-elles, mais j'émets des doutes sur leur forme et avertis des conséquences d'une expression irréfléchie, invitant les chômeurs à ne pas rester seuls. Moi aussi, j'ai eu des dizaines de fois envie de me défenestrer. Mais j'ai retrouvé espoir, dignité et même fierté en allant frapper à la porte d'une association (en l'occurrence AC! quand je suis tombée à l'ASS en 2004, un vrai choc).

La réflexion collective et la lutte organisée sont bien plus efficaces pour porter sa révolte et résister. Message que je tente d'insuffler aux nouveaux chômeurs qui débarquent et éprouvent la même souffrance que celle que j'ai subie.

SH
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0 # Valentine Laura 2013-04-29 03:07 Petite précision complémentaire : ayant été dans le cas de chômeuse non indemnisée, licenciée abusivement fin août 2012, rassurez-vous Michel Sapin lit et entend les courriers (traitement environ 2 bons mois). Après cela peut glisser sur le Médiateur concerné du Pôle Emploi, en passant au préalable par la Direction du Pôle Emploi par courriers groupés. Simplement ne pas hésiter à préciser circonstances, parcours et surtout tous documents utiles (même fiches de salaire, etc). Le scanner est pratique. Mieux : contacter directement les Médiateurs régionaux du Pôle Emploi qui sont indépendants de l'organisme. (courrier postal ou mail, aujourd'hui avec internet et l'ami google on a tout). Pour le reste s'armer de patience, humour, cuisine pas cher et équilibrée (farine, beurre et livres de cuisine…). S'occuper utilement en transformant son chez soi, la déco, ou autre, avec ce qu'on a sous la main, etc. Dormir, économiser ses forces…Bref, une routine qui se travaille à des repères aide. Répondre | Répondre avec citation |
 

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