En France, le projet de loi sur l'offre «raisonnable» est l'ébauche d'un dumping social franco-français qui vise à contraindre les privés d'emploi à accepter des postes dégradés tout en favorisant, mécaniquement et à moyen terme, une baisse généralisée des salaires. Outre-Rhin, le pays des «jobs à 1 €» et des sites-emplois aux enchères inversées pratique depuis longtemps une guerre intense contre ses chômeurs dont l'efficacité, autre que statistique, n'est pas prouvée.
L'Allemagne est l'un des rares pays de l'UE où il n'existe pas de salaire minimum. Bien que la pauvreté ait considérablement augmenté ces dernières années et que les mesures anti-chômeurs instaurées par Gerhard Schröder en 2005 lui ont coûté son éviction du gouvernement, la grande coalition dirigée par Angela Merkel ne tire aucune leçon de cette hécatombe sociale, néfaste pour sa consommation intérieure déjà à la traîne. Elle persiste et signe en souhaitant instaurer très prochainement le «travail civique» qui obligera les Hartzis (demandeurs d'emploi de plus d'un an) à accepter des petits boulots aux rémunérations dérisoires, mesure que le ministère de l'économie qualifie de «devoir de participation». Au risque de tirer toujours plus les salaires vers le bas, d'accentuer la paupérisation… et d'essuyer un nouveau revers politique ?
À lire d'urgence => Stratégie d'activation pour les chômeurs, un article de Florian Rötzer traduit sur le blog d’information politique et sociale Les dessous de l'Allemagne.
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Commentaires
Le chômeur peut refuser une offre s'il doit effectuer plus de deux heures et demie de trajet pour se rendre dans l'entreprise pour plus de 6 heures de travail. Si la durée de travail quotidienne est inférieure, le poste ne peut être à plus de deux heures de transport. En cas de refus d'une «offre valable d'emploi», le versement des indemnités est suspendu… pendant un an !
Ces critères ont été instaurés par Gerhard Schröder à quatre mois des élections législatives de 2005… participant de son éviction. Cette disposition fait encore polémique au sein de la coalition des sociaux-démocrates et la CDU, le parti d'Angela Merkel. Son impact sur les chiffres du chômage n'a pas été jugé totalement convaincant. Les économistes mettent plutôt sa diminution de deux points en trois ans sur le compte du redémarrage de la croissance. Mais la droite allemande voudrait aller plus loin dans la réforme.
(Source : L'Express)
Lire aussi => Hartz IV : comment l'Allemagne maltraite ses chômeurs Répondre | Répondre avec citation | Citer
En Allemagne, trois millions de sans-emploi seraient absents des statistiques.
Cela vous étonne ? Pourtant, chez nous c'est pareil (nos chiffres officiels excluent des millions de privés d'emploi, qu'ils soient trop jeunes, trop vieux, en «activité réduite», en CRP ou en formation, au RMI ou sans droits), et en Grande-Bretagne aussi (là-bas, c'est plus simple : 2,5 millions d’«invalides» qui perçoivent une «allocation d'incapacité» au travail sont escamotés).
Outre-Rhin, «en vertu d'un certain nombre de règles statistiques» comme la non comptabilisatio n des chômeurs de plus de 58 ans, plus de 3 millions de personnes sont au chômage et vivent de subsides de l'Etat sans pour autant figurer dans les statistiques du chômage, avoue le ministère de l'Emploi allemand. Ce qui double pratiquement le chiffre officiel (3,78 millions).
«Ce n'est pas nouveau et dans tous les pays il y a des mécanismes de ce genre», avoue un porte parole du ministère qui, contrairement au nôtre, a le mérite de ne pas pratiquer le déni de réalité… Répondre | Répondre avec citation | Citer
• Allemagne : Le travail mis aux enchères (inversées)
• La CGC dénonce les enchères inversées
• Nathalie Kosciusko-Morizet propose une loi pour interdire les "enchères inversées" en France
Quand il n'y a pas de salaire minimum, tous les mauvais coups sont permis. Et dans l'UE27, l'Allemagne fait partie des six pays qui n'ont toujours pas de Smic.
Résultat : plus de 25% d'Allemands vivent dans la pauvreté (avec moins de 11.200 € par an) et l’écart entre privilégiés et bas revenus ne cesse de se creuser, au détriment des classes moyennes : celles-ci ne représentent aujourd’hui que 54,1% de la population contre 62,3% en 2000. Un bien piètre bilan pour la 1ère puissance économique européenne ! Répondre | Répondre avec citation | Citer
«Les prix en France sont 5% plus chers que la moyenne européenne», aime-t-il rappeler, omettant de signaler que c’est aussi le cas de l’Allemagne selon Eurostat. Car la loi de modernisation de l’économie, qui prévoit d’accroître la liberté d’implantation pour les grandes surfaces et de donner aux distributeurs la libre négociation des tarifs avec les industriels (comme en Allemagne) doit être examinée à l’Assemblée à partir de mardi. Cherchait-il à convaincre les consommateurs français, les fournisseurs ou les parlementaires de son propre camp, qui grincent des dents ? En tout cas, il a mis les moyens au service de sa démonstration, en s’entourant d’une dizaine de journalistes, de la directrice du Centre européen de la consommation, du préfet de la région Alsace, et de son homologue du Land de Bade-Wurtemberg.
«Dumping». Arrivé à Auchan, dans la commune d’Illkirch, Luc Chatel met 16 articles dans son chariot. Ceux-ci ont été sélectionnés par le Centre européen de la consommation qui, dans une étude récente, a montré que 65% des produits étaient moins chers en Allemagne. Le directeur d’Auchan en profite pour dénoncer le «dumping» pratiqué par «les grandes multinationales ». Il cite Procter & Gamble ou encore L’Oréal : «Ils me vendent leurs marchandises plus cher qu’en Allemagne parce qu’ici, nous ne pouvons pas négocier les prix.» Jean-Marc Rebière, le préfet, raconte que «le week-end, dès le vendredi soir, le pont qui permet de traverser le Rhin est saturé parce que les Français vont faire leurs courses». Une pratique qui n’étonne pas Philippe Askenazy, économiste : «Il y a quinze ans, c’était le contraire. Mais les prix de l’alimentaire ont baissé en Allemagne alors qu’ils ont augmenté en France.»
Kinder. La preuve au magasin Kaufland de Kehl. Chatel achète les mêmes produits et, coïncidence, tombe sur une consommatrice française qui se procure, comme lui, des Kinder Pinguin… Pour Véronique Weible, «y’a pas photo, le panier est presque deux fois moins cher ici». Deux autres consommatrices affirment que «malgré le prix de l’essence, ça vaut encore le coup de venir en Allemagne». Chatel passe à la caisse : 33,49 € (32 si l’on retire la consigne) contre 37,34 en France. CQFD. Un écart de près de 15%, même si «les produits peu transformés sont moins chers en France». De sa loi, Chatel attend une baisse de 1,6 point d’inflation sur trois ans. Askenazy en doute : «L’impact serait plutôt nul. Cette loi risque de faire pschitt car elle ne va pas assez loin, notamment au niveau des contre-pouvoirs accordés à l’Autorité de la concurrence. Un exemple : il ne sera pas possible d’imposer aux groupes la cession d’un magasin.»
(Source : Libération) Répondre | Répondre avec citation | Citer