LE FIGARO - Ça va plutôt mal sur le front de l'emploi ?Geoffroy ROUX DE BÉZIEUX - Ces chiffres confirment clairement un renversement de tendance. L'Unedic n'avait pas enregistré de baisse du nombre de postes créés depuis cinq ans et de baisse aussi importante depuis douze ans. Ma crainte est que cette situation perdure.
Ces résultats ont-ils un impact sur les comptes de l'Unedic ?
Non, pas encore. Notre situation financière reste stable. Le déficit cumulé à fin juillet est de 6,37 milliards d'euros et nous maintenons une prévision de déficit à 4,4 milliards pour la fin de l'année. Nous ne verrons qu'en octobre l'impact sur les recettes et les dépenses.
Que dites-vous aux partenaires sociaux qui doivent renégocier à l'automne la convention d'assurance-chômage ?
Je les invite à faire preuve d'une grande prudence. Selon moi, il faut résorber les déficits et mettre en œuvre le fonds de régulation prévu, pour prévenir des soubresauts de l'emploi. Ensuite, seulement, on pourrait envisager une baisse des cotisations chômage [en contrepartie de la hausse des cotisations retraite - ndlr].
Vous ne fermez donc pas la porte à une baisse des cotisations, comme le demande François Fillon…
Non. Mais on doit le faire sous conditions, en fonction de l'évolution de la situation financière de l'Unedic. En l'état actuel, je ne vois pas comment on peut envisager une baisse des cotisations chômage au 1er janvier 2009.
Quels sont les dossiers à aborder pendant cette négociation ?
Ce sera à la délégation patronale d'y travailler. À titre personnel, je pense qu'on devrait avoir le courage de réfléchir au dispositif d'indemnisation des intermittents du spectacle et d'aborder celui des saisonniers. Je pense aussi qu'on devrait s'attaquer au plafonnement des allocations qui, vers 6.000 €, me paraît élevé. Mettons ces sujets sur la table et regardons si nous pouvons trouver un accord.
Serez-vous l'un des membres de cette délégation ?
Je dois voir Patrick Bernasconi, le chef de file de la délégation patronale, la semaine prochaine pour en parler.
La future ANPE-Assedic devra s'occuper davantage des personnes les plus éloignées du travail. En aura-t-elle les moyens ?
Son conseil d'administration a défini, mardi, trois parcours d'accompagnement selon le profil du demandeur d'emploi. Cela reste, à mon avis, trop général car tous les chômeurs ne sont pas égaux devant la recherche d'emploi. Il nous faut définir des parcours plus personnalisés. Entre un informaticien qui n'a pas besoin d'appui personnalisé et un RMIste qui sort de deux ans de galère, il y a des publics très différents qui nécessiteraient des parcours d'accompagnement adaptés à leur situation. Le plus important, c'est l'offre de service que nous allons proposer aux demandeurs d'emploi et aux entreprises. Arrêtons en tout cas de dire qu'il nous faut des moyens supplémentaires, car les effectifs des deux organismes sont importants — ils ont globalement augmenté ces dix dernières années davantage que l'évolution du chômage — et les moyens financiers mobilisés le sont davantage.
Comment vous sentez-vous après quatre mois à la tête de l'Unedic ?
J'ai beaucoup travaillé, je me fais maintenant une idée plus précise de ce qu'il faut faire et je commence à intégrer les codes particuliers à respecter. L'Unedic n'est pas une entreprise, mais elle doit être gérée comme telle. Je compte d'ailleurs faire un peu de benchmarking et aller voir à l'étranger comment fonctionnent les Jobcenters britanniques ou les Arbeitsamt allemandes.
(Source : Le Figaro)
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Commentaires
Le ministre du Travail vient de le confirmer : «Le gouvernement va rapidement discuter avec le nouveau président de l’Unedic et les partenaires sociaux de la nécessité d’augmenter, dès 2009, les cotisations retraite en diminuant de manière concomitante les cotisations chômage.» Mais ce «nouveau président» de l’Unedic, Geoffroy Roux de Bézieux, ne s’apprête pas à dire amen : il estime qu’il ne faut «surtout pas» transférer les excédents de l’assurance chômage sur les retraites, rappelant que l’assurance chômage a accumulé 9,5 milliards de dettes pendant ses années de déficit et qu’il «faut d’abord commencer par le rembourser».
Et après ? L’Unedic devrait, selon lui, «créer une caisse de réserve», puis éventuellement diminuer les cotisations et améliorer l’indemnisation du chômage. Il refuse en tous cas énergiquement de «mélanger tous les comptes».
Il s’agit là d’un vrai débat. Pour l’éclairer, que nous dit l’analyse économique ?
En premier lieu, le système de protection sociale joue un rôle de «régulateur conjoncturel automatique», dont l’assurance chômage est l’élément central. Qu’entend-on par là ? Les cycles économiques, c’est-à-dire l’alternance de périodes de forte croissance et de phases de croissance ralentie, voire négative, ne sont pas complètement évitables, mais il est souhaitable d’atténuer la violence de ces fluctuations conjoncturelles en soutenant l’activité et la dépense lorsqu’elles sont faibles, et en les freinant quand elles risquent d’entraîner de la «surchauffe» : inflation, dégradation de la solvabilité, phénomènes qui sont souvent suivis par un brutal retournement de tendance – une récession douloureuse.
Quand on veut agir sur la conjoncture pour la régulariser (action «contracyclique »), le problème est de ne pas arriver en retard. Or le temps qu’un gouvernement prenne conscience que l’activité décélère, qu’il prépare un texte de loi, le fasse voter, publie des décrets d’application et fasse mettre en œuvre les mesures prévues, une phase de croissance forte a souvent succédé à la croissance molle ou négative. Ainsi, la lenteur de l’action publique transforme-t-elle une politique «volontariste» contracyclique en amplificateur de fluctuations !
En revanche, lorsque l’activité décélère et a fortiori si elle ralentit, l’assurance chômage n’a besoin d’aucun nouveau texte pour indemniser les chômeurs qui affluent : en dépensant alors davantage qu’il ne rentre de cotisations, elle soutient la demande au bon moment. Ensuite, quand l’embauche redémarre, les chômeurs deviennent moins nombreux, les dépenses de l’Unedic diminuent, il y a retour à l’équilibre, puis excédent, les emprunts sont remboursés, les réserves reconstituées : l’organisme, en épargnant, freine la demande au moment où elle est trop forte, et se prépare pour jouer à nouveau son rôle de distributeur de revenus quand surviendra une nouvelle phase de croissance faible.
Sans se référer explicitement à l’analyse économique, M. Roux de Bézieux se situe exactement dans cette perspective. En demandant au gouvernement de respecter le rôle de stabilisateur automatique qui fait partie de la mission de l’Unedic, il assume ses responsabilités , non seulement celles de gestionnaire d’un organisme semi-public, mais aussi celles de responsable d’une composante importante de la protection sociale, la plus engagée dans la régulation des fluctuations économiques.
Ne pas mélanger tous les comptes
En deuxième lieu, le président de l’Unedic demande de ne pas «mélanger tous les comptes». Sur ce point également, il a raison. Supposons que l’on transfère des points de cotisation de l’assurance chômage vers la branche vieillesse : que se passera-t-il si un jour le chômage cesse de diminuer, repart à la hausse ? Ce n’est hélas pas le volontarisme gouvernemental qui l’en empêchera ! À ce moment là, alors que l’assurance vieillesse connaîtra des problèmes car les cotisations rentreront moins bien, il faudra augmenter à la fois les cotisations chômage et retraites, ou s’attirer les foudres de Bruxelles en laissant filer le déficit.
Hélas, compter sur le transfert de cotisations d’une branche à l’autre était l’idée centrale de la soi-disant réforme des retraites réalisée en 2003. Le système des vases communicants est la grande ressource de ceux qui veulent ne pas faire grand chose en réalité, tout en donnant l’impression qu’ils s’activent et résolvent les problèmes : ils bouchent un trou en en creusant un autre.
Le drame est que, à l’exception de la réforme de 1993, rien de sérieux n’a été fait pour assurer l’équilibre financier de la branche vieillesse. Les économistes savent ce qu’il faudrait faire, qu’ils soient de gauche comme de droite, mais les pouvoirs publics ne souhaitent pas entendre ce qu’ils ont à dire.
En s’opposant à ce que le gouvernement et le chef de l’État jouent une fois de plus à déshabiller Pierre pour habiller Paul, au lieu de prendre les mesures nécessaires pour que la totalité de notre système de protection sociale soit modestement mais correctement vêtu, le président de l’Unedic rend un réel service à la nation. Mais pourra-t-il faire davantage que le Charles de Gaulle quand, durant la débâcle de 1940, il prit le contrôle d’une brigade de chars en déroute et lui fit remporter quelques succès ? Un colonel, si intelligent soit-il, ne peut inverser le cours des évènements que l’impéritie du haut commandement a rendu inéluctable.
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