Ce calcul farfelu, sensé être celui des 300.000 informaticiens de la branche LSI (Logiciels & Services Informatiques), est calculé à partir du nombre d’informaticiens demandeurs d’emplois dont le dernier employeur était une SSII ou un éditeur (environ 8.000). Le Syntec Informatique établit donc une distinction pour le moins surprenante entre les informaticiens au chômage issus de la branche LSI et les autres...En informatique, on appelle çà de la logique floue !
Malheureusement, certains journalistes, qui n’ont visiblement d’oreilles que pour les milieux patronaux (et qui de ce fait témoignent d’un grave manque de professionnalisme et d’ouverture démocratique…), colportent ce chiffre assez fantaisiste sans discernement et, surtout, sans faire l’effort de prendre en considération les données publiques (ANPE) qui concernent, elles, l’ensemble des informaticiens.
On dénombre fin décembre 2006 entre 25.598 demandeurs d’emplois en informatique (cat.1) et 38.400 (toutes catégories), soit un taux de chômage de la profession compris entre 5,1% et 7,7%, l’estimation la plus objective (catégories 1 + 4 + 6) étant d’environ 32.000 demandeurs d’emplois en informatique soit 6,4% des informaticiens en France (base : 500.000 informaticiens selon l’ANPE). Ce taux reste encore supérieur au taux de chômage moyen des cadres en France qui se situe vers 4,5% (75% des informaticiens sont cadres, le taux d’emploi cadre le plus élevé parmi tous les groupes de métiers).
La baisse est d’environ 25% sur l’année 2006. Depuis fin 2003 (pic du chômage des informaticiens), le taux de chômage de la profession a chuté de moitié. Cette évolution très favorable (qui, toutefois, est à relativiser au vu de certains constats) fait suite à un TRIPLEMENT du nombre d’informaticiens au chômage entre début 2001 et fin 2003, et l’on peut s’interroger sur les raisons de l’évidente sous-information des grands médias concernant l’explosion du chômage des informaticiens ces dernières années en comparaison des innombrables allusions, toujours actuelles, à la prétendue "pénurie d’informaticiens"...
Quelques observations générales :
• Les SSII parlent de «difficultés de recrutement» quand elles n’arrivent pas à recruter RAPIDEMENT CERTAINS PROFILS SUR MESURE (bac+5, moins de 35 ans, compétences bien adaptées au marché, faible ancienneté au chômage...) AVEC DES SALAIRES MODÉRÉS.
• La reprise cache en effet d’importantes disparités : pour en profiter, mieux vaut être francilien (ou dans l’une des 5 régions qui comptent à elles seules 80% de l’emploi IT en France), ingénieur ou au minimum bac+4, déjà en poste ou bien avec peu d’ancienneté au chômage, et surtout ne plus être dans la technique (développement, systèmes, réseaux, administrateurs… soit plus des 2/3 des postes d’informaticiens !) PASSÉ LA QUARANTAINE sous peine d’UNE FÉROCE DISCRIMINATION À L'EMBAUCHE.
• Les informaticiens, et tout particulièrement les 26 à 38.400 qui sont au chômage, sont EXASPÉRÉS d’entendre parler de "pénurie de compétences" dès que le marché du travail devient plus tendu tandis que pas grand monde - mis à part le MUNCI - n’a évoqué le TRIPLEMENT du nombre d’informaticiens au chômage au cours des années 2001-2003.
Si le rythme actuel de décrue du chômage se poursuit au cours des années à venir (ce qui est loin d’être assuré), il faudra attendre 2 ans pour revenir à la situation d’un marché du travail ÉQUILIBRÉ (= définition du PLEIN-EMPLOI, à ne pas confondre avec le mythe de la "pénurie d’informaticiens" en langage patronal…) comme en l’an 2000 où le taux de chômage sectoriel était d’environ 3%. Etonnant ensuite de passer aussi rapidement (en moins de 12 mois) d’une prétendue pénurie (voir 1998-2001 : le mythe - récurrent - de la "pénurie" d’informaticiens)... à un sureffectif d’informaticiens (voir 2001-2003 : Explosion - silencieuse - du chômage et des licenciements abusifs), NON ??
Le mythe des pénuries de main d’oeuvre est un triple fond de commerce :
• médiatique. Les médias, en quête de sensationnalisme, amplifient les réalités : parler de "pénurie de main d’oeuvre" est plus accrocheur... On entend dire que 42% des entreprises témoignent de difficultés de recrutements d’informaticiens… mais pas que 58% des entreprises, soit la majorité, n’en rencontrent pas !
• patronal. Le monde patronal craint par dessus-tout le plein emploi car c’est contraire à la flexibilité. Un marché du travail "équilibré" est forcément un marché… de pénurie !
• politique. C’est une aubaine pour les gouvernements car cela permet de détourner l’attention de l’opinion portée sur le chômage de masse… des gouvernements qui trouvent alors une légitimité à céder aux pressions des lobbies patronaux.
Il serait bon à présent que nos mass médias (TV, presse généraliste…) fassent preuve d’une vision plus critique concernant le marché du travail en informatique : dans notre secteur en effet, le rapport est d’en moyenne 1 création d’emploi nette... pour 4 recrutements bruts... pour 8 offres d’emplois !!! Les raisons : un turnover important qui représente le double de la moyenne des sociétés (démissions et transactions : environ 40% des départs, licenciements et ruptures de périodes d’essai à l’initiative de l’employeur : environ 25% des départs), de nombreuses offres d’emploi "bidons" (à des fins commerciales + stockage de CV + espionnage économique… les SSII étant les championnes des abonnements [bi-]annuels aux sites de recrutement) et parfois démultipliées pour un même appel d’offres, ce qui conduit à l’abandon de nombreux recrutements.
Il est donc crucial pour les médias de bien s’informer… avant d’informer objectivement.
Relayer toute "pénurie d’informaticiens" ou même de "compétences" dans l’informatique sans faire preuve de nuances, c’est méconnaître les réalités de notre marché du travail, ou plutôt ne pas chercher à les connaître. Et c’est surtout très indécent à l’égard des 25 à 38.000 informaticiens au chômage. Sur ce thème, d’autres voix doivent être entendues que celles des milieux patronaux !
A lire le dossier complet du MUNCI sur les chiffres de l’emploi en informatique.
Articles les plus récents :
- 15/03/2007 17:18 - 192.000 emplois créés en 2006 (résultat définitif)
- 15/03/2007 15:27 - Racisme à l'embauche : l'Etat "conscient" des problèmes
- 14/03/2007 12:31 - Douze millions de chômeurs dans les villes chinoises
- 14/03/2007 01:00 - Santé : le cynisme des employeurs
- 13/03/2007 20:45 - Travailleurs non qualifiés, une «non-classe sociale» ?
Articles les plus anciens :
- 12/03/2007 10:32 - La "fracture sociale" de Chirac, une plaie ouverte
- 09/03/2007 06:25 - Violences ordinaires
- 08/03/2007 21:05 - 8 astuces pour faire baisser le nombre des sans-emploi
- 07/03/2007 10:04 - Les investissements étrangers créent-ils vraiment des emplois ?
- 07/03/2007 09:32 - «La semaine de 4 jours créerait 1,6 million d'emplois»






Commentaires
Verdict : 10.523 licenciements en 2005 (soit environ 3,5% des effectifs de la branche), 11.591 licenciements en 2004 (soit environ 4% des effectifs de la branche), 18.338 licenciements en 2003 (soit environ 6% des effectifs de la branche), sachant qu’en moyenne les licenciements pour motif personnel - abusifs dans l’immense majorité des cas - sont presque 2 fois plus nombreux que les licenciements économiques !!!
1) Malgré leur importance, ces chiffres ne sont sont que des MINIMA, en effet :
• ils ne prennent pas en compte les très nombreuses TRANSACTIONS qui, pour les Assedic, sont considérées comme des départs volontaires (autrement dit assimilées à des démissions)
• ils ne sont basés que sur les ENTRÉES en INDEMNISATION CHÔMAGE, or un certain nombre de licenciés retrouvent un poste sans être entrés en indemnisation (du fait des périodes de latence) et ne sont donc pas comptabilisés.
2) Ils relativisent fortement l’importance des recrutements dans notre secteur, ce qui nous amène à rappeler qu’il y a environ 4 à 5 recrutements bruts pour seulement 1 création d’emploi nette, le reste consistant en des remplacements de personnel (turnover constitué aussi bien de démissions que de licenciements, fin de CDD et quelques départs en retraite…).
Rappelons que la reprise dans notre secteur a commencé, malgré tout, en 2004… Or, nous pouvons constater que si les licenciements économiques ont baissé entre 2004 et 2005, les licenciements pour motif personnel (abusifs dans l’immense majorité des cas) sont eux à la hausse !
3) Aucune conclusion ne peut être tirée concernant les démissions car celles-ci ne donnent pas lieu à indemnisation (sauf cas particuliers que l’on retrouve précisément à travers ces chiffres). Même chose pour les fins de CDD et contrats d’intérim car tous ne donnent pas lieu à indemnisation (tout dépend de la durée des contrats), par conséquent les chiffres présentés ne sont là aussi que des minima.
Toutefois :
• L’étude du Groupe Alpha (portant sur un échantillon de 24 SSII employant 39.000 salariés) nous apprend que les démissions représentent environ 40% des ruptures de contrat pour 27% de licenciements. Reste à mieux connaitre les raisons de ces démissions…
• Bien qu’il ne s’agisse que de minima, on observe que les chiffres de fins de CDD sont déjà assez important ! Ce qui relativise les affirmations habituelles du Syntec Informatique concernant l’omni-présence du CDI dans notre branche…
(Source : MUNCI) Répondre | Répondre avec citation | Citer
• passé 40 ans, l’informaticien qui n’est pas devenu chef ou commercial a de grande chances de rester chômeur, mais c’est vrai aussi dans d’autres secteurs. Or, il n’y a forcément qu’un petit pourcentage de salariés devenant chefs !
• Les informaticiens ont effectivement de quoi être EXASPÉRÉS d’entendre parler de "pénurie de compétences" car en fait les employeurs recherchent des BAC+5 de 30 ans maximum avec 10 ans d’expérience dans le même domaine et le même type d'entreprise :-)
• Le monde patronal craint par dessus-tout le plein emploi car c’est un moyen de faire taire les revendications salariales ou les plaintes sur les conditions de travail : “Si vous n’êtes pas content …”.
• “de nombreuses offres d’emploi "bidons" : oui et ajoutons que lorsqu’un client final cherche un profil, vous avez 10 ou 15 SSII qui passent une annonce pour le même poste, ce qui gonfle artificiellemen t l’impression d’offres à satisfaire. Répondre | Répondre avec citation | Citer