Qu'ils soient relevés par l'INSEE (Institut national de la statistique), la DARES (Direction de la recherche et des études du ministère du Travail), l'ANPE (Agence nationale pour l'emploi), l'UNEDIC (assurance chômage) ou l'ACOSS (Agence centrale des organismes de sécurité sociale), les chiffres mesurant le nombre de personnes actives ou cherchant un emploi ne sont pas contestés. Mais la définition même du chômage laisse une marge d'interprétation que tous les gouvernements ont su utiliser pour présenter favorablement le résultat supposé de leur action.
Liste (non exhaustive) de huit petites ou grosses astuces permettant de baisser artificiellement le taux de chômage :
1. Radier les chômeurs
C'est le plus simple : on demande aux services de l'emploi de renforcer les contrôles, en particulier de vérifier que le demandeur a effectué suffisamment d'«actes positifs de recherche d'emploi». Si ce n'est pas le cas, le chômeur est rayé de la liste. Depuis un an, l'ANPE est ainsi passée de 33.000 à 40.000 radiations par mois en moyenne. Cela ne suffit pas, loin de là, à expliquer la baisse du chômage. Mais cela y contribue (1).
2. Laisser se développer l'emploi précaire
Un salarié qui alterne chômage et missions d'intérim ou contrats à durée déterminée n'est pas un chômeur dit «de catégorie 1». L'Enquête emploi de l'INSEE les réintègre après coup dans les statistiques. Ils sont de plus en plus nombreux (2).
3. Multiplier les convocations
Personne ne reprochera à l'ANPE de mieux suivre les demandeurs d'emploi en les convoquant une fois par mois au lieu d'une fois par trimestre pour leur prodiguer de judicieux conseils. Mais, au passage, on multiplie par trois la probabilité que le demandeur ne se présente pas au rendez-vous (3). Effet garanti.
4. Durcir les conditions d'indemnisation
Pourquoi s'inscrire aux Assedic et à l'ANPE si l'on n'a droit à aucune allocation ? Pour l'ANPE, ces personnes n'existent pas alors qu'elles sont bien sans emploi, disponibles, et à la recherche d'un travail (4). Elles ne seront réintégrées dans les statistiques qu'un an plus tard, lors de l'Enquête emploi de l'INSEE.
5. Dispenser de recherche d'emploi
Les préretraites et autres dispenses de recherche d'emploi pour les salariés âgés (5) sont largement pratiquées, même si, officiellement, elles sont en voie de disparition. Ce fut pendant des années, avec le service militaire pour les jeunes, un des moyens les plus efficaces de retirer du marché du travail des générations fortement touchées par le chômage.
6. Envoyer en formation
Placer un chômeur en formation professionnelle ne peut qu'aider à son reclassement. Mais, au passage, le demandeur d'emploi n'est plus comptabilisé comme tel : il devient "stagiaire de la formation professionnelle". C'est aussi le cas des salariés licenciés qui optent pour la convention de reclassement personnalisé (CRP), une formule lancée il y a moins de deux ans (6) et qui rencontre un grand succès car elle est mieux indemnisée. L'an dernier, elle a concerné 13.000 demandeurs d'emploi.
7. Pousser le chômeur à créer son entreprise
Peu importe que le projet soit flou et le risque d'échec important, le demandeur d'emploi n'apparaît plus comme tel. Il devient travailleur indépendant (7).
8. Encourager le congé parental
Autre moyen de réduire le nombre de chômeurs : la politique familiale (8). Tous les gouvernements l'ont pratiqué, avec plus ou moins d'effet sur le retrait du marché du travail des parents d'enfants en bas âge.
(Source : Libération)
NDLR d'Actuchomage :
(1) A cela, rajoutons l'étrange phénomène des radiations accidentelles...
(2) Jean-Louis Borloo l'a très bien compris, puisqu'il fait depuis deux ans la promotion des emplois de service ou des contrats aidés, précaires par excellence.
(3) Depuis que les agences ont été réorganisées par métiers, certains chômeurs de province sont obligés de faire des dizaines de kilomètres pour se rendre à leur rendez-vous mensuel, ce qui grève encore plus leur maigre budget. De même, il est fréquent de convoquer les chômeurs qui travaillent - mission d'intérim, petit CDD ou autre, en attendant un vrai CDI - alors que leur situation est connue : ou ils manquent leur rendez-vous, sont radiés et doivent faire des pieds et des mains pour se réinscrire, ou ils doivent s'absenter du boulot pour éviter la radiation. On recense également de nombreux cas de chômeurs convoqués... qui n'ont jamais reçu de convocation.
(4) Plus d'un chômeur sur deux n'est pas indemnisé par l'Assedic : quelque 700.000 RMIstes ne sont pas inscrits à l'ANPE et échappent aux chiffres officiels, sans compter les jeunes qui n'ont droit à rien, et les chômeurs en fin de droits qui ne peuvent prétendre ni à l'ASS ni au RMI quand le salaire de leur conjoint dépasse le plafond d'attribution.
(5) Encore une astuce de Jean-Louis Borloo. Les "CRP" et "CTP" concernent actuellement 5.000 salariés par mois, fraîchement licenciés, et pas spécialement en formation. Notons au passage que les sorties pour formation à proprement dite n'ont, elles, cessé de diminuer : la formation des chômeurs n'a jamais été une priorité.
(6) Fin 2006, on comptait 416.000 chômeurs en "DRE" qui ne figurent dans aucune des huit catégories.
(7) 86,5% des 233.000 nouvelles entreprises créées en 2006 n'ont généré qu'un seul emploi : celui de l'entrepreneur. La plupart de ces "travailleurs indépendants" sont en fait des salariés déguisés.
(8) L'API est une allocation chômage déguisée pour mamans seules et sans emploi, auxquelles ont refuse des places en crèches et en cantines scolaires, malgré les allégations de Dominique de Villepin.
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L'Institut considère que le chômage au sens du BIT évolue comme les demandeurs d'emploi de catégorie 1, 2 et 3 sans activité réduite, c'est-à-dire ceux qui recherchent n'importe quel type de contrats et qui, lorsqu'ils ont un petit boulot dans le mois, ont travaillé moins de 78 heures. Depuis juin 2005, la comptabilisatio n de ces catégories a connu nombre de modifications d'ordre administratif qui brouillent les choses. Exemples.
La convention de reclassement personnalisé (CRP). Mise en place par les partenaires sociaux, elle offre aux licenciés économiques des entreprises de moins de 1.000 personnes un service plus personnalisé que la norme. Ses bénéficiaires sont comptabilisés en catégorie 4 avec les chômeurs en formation et les femmes enceintes, alors que les licenciés économiques qui ne souscrivent pas à la CRP sont comptabilisés, pour l'essentiel, en catégorie 1. Selon le ministère, la mesure a permis de rayer de la liste des chômeurs 25.000 personnes depuis mi-2005.
Les contrats aidés du plan de cohésion sociale de Jean-Louis Borloo. Ce sont les dispositifs financés par l'Etat pour aider les chômeurs à se réinsérer. Ceux qui en bénéficient sont désormais comptabilisés en catégorie 5, créée à l'origine pour les personnes qui avaient un travail et voulaient en changer. Et ce même si la durée mensuelle du travail est inférieure à 78 heures. Une personne avec un emploi de moins de 78 heures par mois et sans contrat aidé est, elle, inscrite en catégorie 2. De la même manière, les chômeurs créateurs d'entreprise alimentent la catégorie 5. Les effets de ces mesures sur le décompte des chômeurs ne sont pas chiffrés. Mais les inscrits en catégorie 5 ont bondi en 2006.
Les absences au contrôle et le suivi mensuel. Les demandeurs d'emploi doivent actualiser chaque mois leur situation auprès des Assedic pour indiquer s'ils sont toujours en quête d'un emploi ou s'ils ont travaillé au cours du mois passé. Depuis juin 2005, le ministère de l'emploi a raccourci le délai de régularisation dont ils disposent. Conséquence, le risque de radiation pour absence au contrôle a augmenté. Mécaniquement, cette réforme a fait baisser de plus de 20.000 le nombre de chômeurs.
Par ailleurs, depuis janvier 2006, ces derniers bénéficient d'un rendez-vous mensuel à l'ANPE, contre deux par an auparavant. Ce qui s'est traduit par une augmentation des radiations administratives pour non présentation au rendez-vous. Selon l'ANPE, le suivi mensuel a réduit le chômage de 20.000 à 25.000 demandeurs d'emploi.
Une partie des chômeurs radiés pour absence au contrôle ou non présentation au rendez-vous mensuel se réinscrivent à l'ANPE. Mais pas tous. Certains retrouvent du travail. D'autres savent qu'avec la réforme des filières ils sont en fin de droit et ne voient donc pas l'intérêt de se réinscrire. Une enquête sur un an du Conseil national de l'information statistique (CNIS) montre qu'un quart des sorties de l'ANPE correspondent à un non renouvellement de l'inscription, accidentel ou motivé (fin d'indemnisation), non suivi d'une réinscription.
(Source : Le Monde) Répondre | Répondre avec citation | Citer