Près de quatre fois sur cinq, un employeur français préfère embaucher un candidat "d'origine hexagonale ancienne" plutôt que son collègue d'origine maghrébine ou noire africaine, indique un rapport du BIT, basé sur un testing géant de plus de 2.000 entreprises réalisé fin 2005-début 2006 à Lille, Lyon, Marseille, Nantes, Paris et Strasbourg. "Le gouvernement, pleinement conscient des problèmes existants et des efforts qui doivent être accomplis, a mis en place dès 2003 les instruments législatifs et opérationnels pour lutter contre les discriminations", a indiqué le ministère de l'Emploi, rappelant notamment la création de la Haute autorité de lutte contre les discriminations (Halde).
Regrets de SOS Racisme. Sa publication a provoqué des commentaires mitigés de SOS Racisme. Son vice-président, Samuel Thomas, a regretté au micro de France Info "de n'utiliser la méthode du testing qu'à la moitié de son intérêt". "Recueillir ces preuves-là simplement pour une mesure statistique, c'est un peu du gaspillage", a-t-il estimé. Selon lui en effet, "la méthode du testing a aussi l'intérêt de recueillir des preuves pour faire sanctionner les auteurs de la discrimination". "Un testing, ça doit être fait pour faire un procès", comme l'a fait à plusieurs reprises avec succès l'association de lutte contre le racisme, a poursuivi le vice-président de SOS Racisme.
Les pratiques dénoncées. "Collectivement, les employeurs testés ont très nettement discriminé les candidats minoritaires (d'origine maghrébine ou noire africaine) et seulement 11% des employeurs ont respecté tout au long du processus de recrutement une égalité de traitement entre les deux candidats", note le BIT. "Près de 90% de la discrimination globale est enregistrée avant même que les employeurs ne se soient donné la peine de recevoir les deux testeurs en entrevue", souligne l'enquête.
Différentes pratiques sont dénoncées, du mensonge basique ("Le poste est déjà pourvu") à la réponse embrouillée ("Rappelez-moi en fin de semaine, on est quel jour ? ... on est vendredi... euh oui donc, rappelez-moi la semaine prochaine pour voir s'il y a du changement."). Le BIT note également "une forme assez sournoise de discrimination" qui consiste à mettre en attente le candidat discriminé ("Envoyez un CV", "Rappelez" ou "On vous rappellera") alors que le candidat majoritaire reçoit une proposition d'entretien.
Diplômes et expériences équivalents. Le BIT a testé ainsi 2.440 offres d'emploi à Lille, Lyon, Marseille, Nantes, Paris et Strasbourg, en ayant recours à des étudiants ou des comédiens, de 20 à 25 ans, dûment formés pour l'exercice. Tous Français, les candidats qui ont répondu à des offres de basses et moyennes-basses qualifications, dans le secteur de l'hôtellerie-restauration, de la vente, du commerce et d'autres domaines comme les services à la personne, transports, accueil, etc., se font appeler, pour le "candidat majoritaire" Julien Roche ou Jérôme Moulin pour les hommes, Marion Roche ou Emilie Moulin pour les femmes, et Kader Larbi, Farid Boukhrit, Aminata Bongo ou Binta Traoré pour le "candidat minoritaire".
Tous ont des CV rigoureusement équivalents en termes de scolarité, formation, qualifications, expérience, mobilité, résidence et se distinguent simplement par la consonance de leur nom.
Les vrais faux candidats ont téléphoné, envoyé un CV ou se sont présentés directement.
Réponses différentes aux deux candidats. Dans 32,8% des cas, les deux candidats concurrents ont essuyé un refus après le premier contact. 22,3% ont été priés de patienter, 13,3% ont tous les deux été convoqués pour un entretien ou pour une évaluation (3,6%) ce qui constitue, souligne le BIT, la meilleure manière de prévenir les discriminations. Dans les autres cas (28%), la réaction la plus fréquente a consisté à donner des réponses différentes aux deux candidats, les trois quart du temps au détriment du candidat d'origine maghrébine ou noire africaine. Parfois, après un rendez-vous, la discrimination a quand même eu lieu, l'excuse invoquée par certains employeurs étant de faire croire au candidat discriminé qu'il est refusé sous prétexte qu'il habite loin.
Un seul test a eu pour résultat une discrimination à l'encontre d'un candidat prénommé Julien et intéressé par un poste de serveur. L'employeur a retenu le vrai faux Farid Boukhrit, après lui avoir posé une foule de questions sur ses origines et sa religion "parce que, lui a-t-il dit, j'ai un cuisinier originaire de Sétif qui visiblement n'accepte pas tellement les musulmans non pratiquants".
(Source : Le Nouvel Obs)
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Commentaires
Tant pis, je vais radoter mais il est important de le dire : tant qu'il y aura du chômage de masse, il y aura de la discrimination. Quand il y a pénurie de main d'œuvre, on accepte tout le monde. Quand il y a pénurie d'emplois, les employeurs n'ont que l'embarras du choix et se passent des vieux ou des "étrangers", leur préférant les "moutons à cinq pattes" (jeunes, beaux, blancs, disponibles, malléables, diplômés, expérimentés et véhiculés)… pour le Smic !
Ici, la réaction de SOS Racisme est juste : ces énièmes testings sont du gaspillage s'ils ne servent pas à sanctionner les employeurs, de la même façon qu'à la dernière émission "Complément d'enquête" (France 2) sur les seniors on montrait une femme de 53 ans téléphonant à des employeurs qui avaient publié des offres d'emploi mentionnant des critères d'âge qui l'excluaient du recrutement, et aux oreilles de tous la discrimination était ouvertement déclarée et enregistrée… mais personne n'a dit que ce type d'annonce était illégal et passible de poursuites.
Bref, on dénonce et on cause, on cause, mais on ne fait rien. Quant à la HALDE, tout le monde sait qu'elle ne peut pas faire grand chose et que son président est avant tout une anguille. Quant aux tribunaux, ils classent sans suite la majorité des plaintes et ignorent les discriminations. Quant à ce gouvernement, il ne veut surtout pas contrarier les entreprises et ne prendra jamais position, se contentant de jouer les hypocrites. Répondre | Répondre avec citation | Citer
je n'apprécie pas du tout ce genre d'enquête et ce discours sur le racisme ambiant. J'apprécie qu'actuchomage ait été le seul à signaler le problème du sous-emploi général, et donc de la discrimination.
Car les deux sont bien évidemment liés structurellemen t.
Pour le reste je trouve ces études TRES dangeureuses : elles n'apportent comme il se doit aucune solution et on peut "tester" n'importe quoi.
Dangereux pour les personnes "d'origine étrangère", en accréditant un peu plus l'idée que le problème est le racisme des français qui les rejettent. C'est vrai dans un certain nombre de cas, mais dire que 90% du secteur de la restauration pratique la discrimination, c'est vraiment injuste et surtout inexact. Si je ne trouve pas d'emploi, c'est que le patron est raciste…
Exactement le pendant du si je ne trouve pas d'emploi c'est qu'il y a trop de noirs en France.
Et pourtant on s'amuse a ce jeu qui fera plaisir c'est sur, mais ne débouche sur rien d'autre que sur la haine.
Dangereux pour le "français de souche ", qui s'entend ainsi contester sa difficulté à trouver un emploi, avec des taux de convocation a un entretien tout simplement extraordinaire dans ces enquêtes : 1 pour 6 cv envoyés pour le "blanc". pour lui c'est au final assez facile, alors s'il ne trouve pas …
allez donc tester le nombre de français de souche dans les restaurants asiatiques pour voir s'ils ne refusent les cv dans les mêmes proportions, demandez vous quel est le nombre de serveurs en salle de petite taille , bref, testez tout !
D'autant plus que le sous-jacent de tout cela est bien la discrimination positive : déshabiller jean-paul pour habiller aminata.
Pas en mot en revanche sur l'incompétence notoire des recruteurs qui mettent au panier un cv avec un nom qui ferait peur, sur l'engagement "citoyen" des entreprises qu'on entendant à longueur de reportages et qui s'est avéré être un attrappe-nigaud de plus.
Ces enquêtes ne font que cristalliser les haines, apportant à chacun ce qu'il veut entendre : une raison simple a son manque d'avenir professionnel.
Le thème où nous divergeons est la judiciarisation . les procès, la Halde.
Je pense que lorsqu'on arrive a considérer que 90% des employeurs de la restauration devraient être poursuivis, quelque chose en va pas dans cette approche.
Je ne dis pas que les procès sont inutiles, mais donner comme seule explication le racisme et espérer une suite judiciaire à des testings et des chartes qui ne sont que des opérations marketing comme politique
de l'emploi, je pense que c'est tout simplement a coté de la plaque.
J'en ai marre de ces mises en cause permanentes, de ces accusations, de ce baratin anti-extrême droite que je lisais sur le blog de cadremploi.
si c'était si simple …
Quand il s'agissait de recruter sur les chaines de montage de l'industrie automobile, on ne se préoccupait pas du cv anaonyme. Mais quand il ne restera plus une seule usine automobile, on pourra bien signer la charte de la diversité …
Des recruteurs aussi cons pour barrer les cv sur une adresse, un prénom, qu'il me soit permis de douter de leurs compétences sur le reste.
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Sarkozy voudrait que les immigrés s'intègrent plus à la France ? Alors pourquoi sa police ne cesse-t-elle pas d'abord de harceler les jeunes et les travailleurs par des contrôles d'identité, qui s'accompagnent souvent de provocations et d'insultes, dès qu'ils ont la peau colorée ? Pourquoi expulse-t-il des parents ou des enfants présents en France depuis des années et qui n'ont parfois aucun souvenir de leur pays d'origine ? Les rassemblements et protestations qui s'organisent pour empêcher ces expulsions témoignent pourtant de leur bonne intégration.
Mais Sarkozy n'a que faire de l'intégration des immigrés. Ce qu'il veut, c'est détourner les travailleurs des vrais responsables du chômage et de la précarité. Ceux qui vivent, et pas chichement, des allocations de l'État, ce ne sont pas les immigrés mais le patronat, qui a reçu 65 milliards d'euros rien qu'en 2005. Ceux qui créent le chômage et mettent les travailleurs à la rue, ce sont encore les grands patrons qui veulent accroître toujours plus leurs profits.
Avec leurs 10.000 et 12.000 suppressions d'emplois respectives, Airbus et Alcatel-Lucent en sont les derniers exemples. Ces deux entreprises n'ont pas de difficultés économiques, elles cherchent simplement à augmenter d'avantage leurs profits en faisant peser la même charge de travail sur un plus petit nombre de salariés. Pour ce qui est d'Airbus, ses carnets de commande sont remplis pour plusieurs années. Après des années de bénéfices considérables, il vient d'annoncer des pertes, pour la première fois en 2006 - mais EADS sa maison mère est bénéficiaire - et la comptabilité secrète des entreprises laisse suffisamment de jeu aux patrons pour faire apparaître le résultat qui les arrange. La preuve : l'excuse avancée pour les licenciements est le coût du retard de l'A380, alors qu'aucun de ces avions ne devaient être livrés, et donc payés, cette année.
Quant aux salaires, ce sont toujours les patrons qui choisissent de les maintenir au niveau le plus bas. Ce n'est pas l'argent qui leur manque. Selon l'INSEE, les profits de l'ensemble des entreprises en France s'élèvent à 470 milliards d'euros pour 2005. Augmenter de 300 € par mois les 16 millions de salariés du privé, cela ne coûterait que 58 milliards. Une bien maigre part du gâteau ! 300 € d'augmentation, c'est ce que revendiquent les ouvriers de PSA à Aulnay (en Seine-Saint Denis), en grève depuis le 28 février. Ils ont bien raison et montrent l'exemple à suivre.
(Source : Lutte Ouvrière) Répondre | Répondre avec citation | Citer