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Accueil Social, économie et politique Cumul emploi retraite : une escroquerie intellectuelle

Cumul emploi retraite : une escroquerie intellectuelle

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Régulièrement remis sur le tapis par Xavier Bertrand pour «développer l'emploi des seniors» (qu'il autorise, désormais, à travailler jusqu'à 70 ans…), la facilitation du cumul emploi retraite, sous couvert de permettre à «ceux qui le souhaitent» d'améliorer leur ordinaire ou de continuer à s'épanouir au travail, est une mesure scélérate qui escamote l'insupportable régression sociale dont sont victimes les salariés dits «expérimentés».

Nous réagissons ici au commentaire racoleur et simpliste d'un internaute, venu faire la promotion de ce dispositif à la suite de notre article sur le seuil légal de la retraite repoussé à 70 ans :

« Le Cumul Emploi Retraite, ça marche.

Les retraités dans la précarité demandent à reprendre une activité leur permettant de compléter leur revenu et cela est rendu possible grâce au cumul emploi retraite.

De plus en plus d'études indiquent qu'un nombre croissant de retraités vivant dans la précarité seraient prêts à continuer à travailler d'une manière ou d'une autre… C'est dans ce contexte qu'est né le site Internet les-retraites-travaillent.fr, qui vise à fournir aux seniors des jobs d'appoint, des petits boulots ou de vrais emplois. Petits travaux d'électricité, de plomberie, repassage, cuisine, cours de musique, etc.
De nombreuses tâches peu fatigantes, peu contraignantes, peu pénibles peuvent permettre aux retraités d'arrondir leurs fins de mois tout en continuant à être en contact avec l'extérieur et avec le milieu du travail.

Déjà des centaines de demandes et des retraités heureux.
»

Seulement voilà : avant de «rendre service» à des retraités modestes dont l'état de santé leur permet de continuer à travailler, le cumul emploi retraite offre surtout aux employeurs l'opportunité d'utiliser désormais à un prix compétitif les «salariés expérimentés» qu'ils ont, auparavant, massivement rejetés puis discriminés. Et, en parallèle, le chômage des jeunes ne s'en trouve pas plus avancé.

Comment peut-on subitement trouver les seniors «intéressants» à 60 ou 65 ans passés alors qu'à partir de 40 ou 50 ans, ils ne l'étaient déjà plus ??? N'est-ce pas ignoble ?

Une seule réponse à cette question, car il ne s'agit pas de productivité ou d’«adaptabilité» qui s'amenuiseraient avec l'âge, ni de profil «surdimensionné» par rapport au poste à pourvoir mais, trivialement, de coût. Mais oui, ce «coût du travail» qui est, en fait, l'unique religion pratiquée par les entreprises tandis que sa «valeur» nous était vendue en 2007 par un bonimenteur qui l'a portée aux nues pour mieux se faire élire, mais n'en pensait pas moins.

Le cumul emploi retraite est une aubaine… pour les employeurs

Ils ont à disposition «des candidats expérimentés, tout de suite opérationnels et motivés», se félicite Charles Cottin, co-fondateur d'une agence d'intérim pour seniors. Conformément à loi Fillon, le salaire qu'on leur verse est limité, celui-ci ne devant pas excéder la différence entre le montant des pensions (retraite de base + complémentaire) et celui du dernier revenu d'activité. Autre avantage pour l'entreprise : la diminution des «charges» (de 15 à 18% pour un intérimaire retraité), puisqu'il n'y a plus de cotisations vieillesse à acquitter et que la CSG et la CRDS sont réduites. Du coup, «les missions sont forcément courtes» — en moyenne 15 jours, explique cette agence — ou «étalées sur plusieurs mois, à temps partiel». A l'aubaine financière s'ajoute l'incitation à la flexibilité !

Cet internaute vient ici vanter son petit site en parlant de «retraités dans la précarité» qui retrouveraient le chemin du bonheur grâce à des petits boulots alors qu'il s'agit plutôt… du bonheur du Medef ! Dans un pays aussi riche et civilisé que le nôtre, ces personnes qui ont travaillé toute leur vie devraient légitimement pouvoir subsister avec leur pension et, si elles s'ennuient ou se sentent inutiles, œuvrer bénévolement pour une association de leur choix (ce qui est une manière tout à fait intéressante d'enrichir le tissu social de la France). Mais, visiblement, toute idée de progrès humain a déserté les esprits.

Le retour des vieux pauvres d’après-guerre

Au lieu de cela, comme beaucoup de Français souvent ignorants, qui ne raisonnent qu'à court terme et peuvent être séduits par un tel dispositif, cet internaute ne voit pas qu'aujourd'hui la situation des salariés, qu'on «seniorise» de plus en plus tôt, s'annonce dramatique : arrivé à la moitié de son parcours professionnel, le travailleur de 40 ans et plus commence à avoir de sérieux problèmes (on le vire en priorité, puis on l'écarte durablement à l'embauche, et il aura bien de la chance s'il déniche un emploi… précaire). De ce fait, durant les dix ou vingt années qu'il lui reste à tirer, il va subir une longue traversée du désert et n'aura aucune chance de cotiser suffisamment pour bénéficier d'une retraite digne de ce nom. Il sera donc contraint de continuer à trimer le plus longtemps possible pour ne pas sombrer dans la pauvreté absolue.

Au lieu d'agir sur des employeurs qui ont plus de droits que de «devoirs» et ostracisent les seniors, les privant ainsi d'une retraite décente, le cumul emploi retraite cautionne l'impressionnante régression sociale que l'UMP, profitant du chômage de masse et de la précarisation du travail, met en œuvre depuis 2002. Rares sont les Français qui mesurent à quel point ce libéralisme économique-là aura pour conséquence l'apparition, dans les années qui viennent, de légions de vieux pauvres et précaires : une partie des générations qui ont vu le jour entre les années 50 et 70 sont, dès maintenant, sacrifiées. Le cumul emploi retraite fait bel et bien partie d'un arsenal de mesures visant à leur réserver le sort des vieux japonais qui, volontaires ou pas, triment jusqu'au bout. Cela fleure bon le XIXe siècle !


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Mis à jour ( Mercredi, 17 Novembre 2010 00:00 )  

Commentaires 

 
0 # diety 2008-11-04 03:34 1) Jeter le salarié au plus tard quand il a 50 ans. A cet âge il est expérimenté mais "trop cher".

2) Faire patienter le "sénior" entre chômage, petits boulots, contrats aidés, stages bidons.
Miner sa dignité, le rendre coupable de sa situation pour qu'il accepte tout boulot, tout salaire et ne critique rien.

3) Quand le sénior est en âge de toucher sa retraite saccagée, autoriser le retraité pauvre à prendre des petits boulots mal payés, en soulignant "l'altruisme étatique".

4) Emballer la politique scélérate dans un discours empathique et social (garder le contact avec la vie, la société, se rendre utile, améliorer le pouvoir d'achat)

5) Augmenter progressivement l'âge légal de la retraite sans limite vers le haut.

6) Déguiser l'augmentation de l'âge légal de la retraite encore dans un discours empathique et social. "Valoriser" le retraité tout en dévalorisant le salarié quadra- et quinquagénaire.

Les gagnants: Les employeurs, les caisses de l'Etat, les riches (à qui le gouvernement peut faire encore plus de cadeaux)

Les perdants: les salariés, les "séniors", les retraités

Catalyseur argumentatif d'aubaine: La crise financière
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