
L'injustice a bon dos ! En affirmant que l'injustice la plus criante aujourd'hui dans le monde du travail, ce sont les régimes spéciaux de retraite, et affichant son empressement à entreprendre ce chantier de réforme promis dans la campagne électorale, le Premier ministre a tout juste satisfait la partie de l'opinion publique toujours prompte à considérer qu'électriciens et autres cheminots sont des nantis. Pour le reste, c'est précisément sur la question de l'équité que l'on peut reprocher au gouvernement d'avoir failli dans la conduite de ce dossier.
Sans doute, le chef du gouvernement n'a-t-il pas pris connaissance des résultats de l'étude de la DARES intitulée «Pénibilité du travail et sortie précoce de l'emploi», présentée lors d'un colloque sur «Age et travail» en mars dernier et dont la publication serait imminente. Ces travaux, menés à partir de l'Enquête Santé 2002-2003 de l'INSEE, démontrent que si les retraités précoces (avant 60 ans) viennent en effet majoritairement de la Fonction publique ou des entreprises publiques, ils ont, beaucoup plus que les pré-retraités du privé, été soumis au cours de leur carrière à de longues périodes de travail posté ou de nuit, ou d'exposition aux intempéries...
Leur départ précoce en retraite ne serait donc pas totalement illégitime si l'on se réfère au principe selon lequel la pénibilité des conditions de travail devrait être pris en compte dans la détermination de l'âge de départ en retraite. Un principe inscrit dans la loi… Fillon sur la réforme des retraites voté par le parlement en 2003, et sur lequel les partenaires sociaux devaient négocier dans un délai de trois ans ! Si les négociations n'ont pas débouché pour le secteur privé - en raison notamment du peu d'empressement du patronat à voir cette négociation aboutir -, la réforme des régimes spéciaux était une excellente occasion pour le gouvernement de débloquer ce dossier en engageant avec les organisations syndicales les discussion sur ce sujet, là où l'Etat est employeur.
Le président de la République lui-même avait semblé partager ce point de vue en affirmant, le 11 septembre à Rennes, qu'il fallait distinguer parmi les régimes spéciaux certains métiers pénibles mais que ce n'était pas le cas de tous les régimes spéciaux... Malheureusement, la suite de la négociation entre le ministre du Travail et les organisations syndicales a montré que ce n'était qu'une formule et non un axe majeur de la réforme.
Ce faisant, il oublie une injustice autrement plus criante que celle décriée par le Premier ministre : l'inégalité d'espérance vie selon les parcours professionnels. Le Conseil d'orientation des retraites (COR) a produit plusieurs travaux de qualité étayant de manière solide les expositions professionnelles à prendre en compte pour compenser la perte d'espérance de vie ou d'espérance de vie sans incapacité. Selon que l'on a été exposé durablement à des produits cancérigènes, que l'on a travaillé pendant sa carrière en horaires alternants ou de nuit, que l'on a subi de façon répétée des contraintes posturales fortes, des ports de charges lourdes, des cadences, la retraite risque fort de n'avoir ni la même durée, ni la même qualité. Une fin de vie sous assistance respiratoire ou percluse d'arthrose au point de ne plus pouvoir se déplacer seul n'a pas la même saveur que l'image donnée par les agences de voyages spécialisées dans le troisième âge !
Mais l'équité ne s'apprécie pas seulement à l'aulne des années de bonification accordées pour des conditions de travail pénibles. Il serait particulièrement injuste, scandaleux même, que l'on exige des salariés des années de cotisations supplémentaires, alors même qu'une partie d'entre eux sont écartés de leur emploi à cause de leurs problèmes de santé ou en raison du déclin de leur capacités avec l'âge... Or, l'enquête de la DARES citée plus haut montre aussi que l'emploi des seniors est souvent fragilisé par des problèmes de santé. Ainsi, la mauvaise santé multiplie par 2,8 la probabilité d'être évincé de l'emploi.
Une autre enquête, menée par le Créapt également en 2003 auprès de 11.000 salariés de plus de 50 ans, montre quant à elle qu'après cet âge, une majorité des salariés encore en emploi présente des troubles de santé, voire des pathologies graves. Par exemple, selon cette enquête, plus du quart des femmes et 22% des hommes travaillaient en ayant une pathologie rhumatologique considérée comme grave par leur médecin du travail. Or, il est loin d'être évident que les entreprises, privées ou publiques, soient prêtes à consentir les efforts nécessaires d'aménagement des postes et de l'organisation du travail pour maintenir ces salariés vieillissants dans l'emploi. Le gouvernement n'aura d'autre choix de mettre au point des mécanismes incitatifs et sans doute coercitifs pour les y inciter. Faute de quoi, selon le principe des vases communicants, l'équilibre retrouvé des régimes de retraite pourrait provoquer le creusement des déficits pour le chômage et l'invalidité.
François Dériaux, rédacteur en chef de Santé et Travail, pour Alternatives Économiques
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Commentaires
Lire l'analyse de Jean-Jacques Chavigné. Extraits :
(…) Le gouvernement refuse une négociation globale sur l’ensemble des retraites : il s'agit d'essayer de battre d’abord les salariés des régimes spéciaux et ensuite, seulement, affronter l’ensemble des autres salariés, du public comme du privé.
(…) Les retraites des régimes spéciaux ne représenteront que 1,62% du montant global des retraites dans 20 ans. Une goutte d’eau dans l’océan. Affirmer que leur réforme permettrait de financer l’ensemble des retraites est une supercherie.
(…) Pourquoi les grands médias ne parlent-ils jamais non plus des «retraites chapeaux» des dirigeants d’entreprise, des fonds de pension des cadres supérieurs, des milliards de compensation versée chaque année par le régime général des salariés aux régimes des agriculteurs, des professions indépendantes, des curés ? Pourquoi ne parlent-ils jamais de l’âge de départ à la retraite des militaires ? Pourquoi cachent-ils que le taux moyen de liquidation des pensions des régimes spéciaux n’est pas le taux théorique de 75% mais le taux réel de 62% ? Pourquoi ne peut-on jamais lire dans leurs colonnes que les cotisations retraite d’un cheminot s’élèvent à 36% contre 26% pour un salarié du privé et que cela peut parfaitement expliquer qu’il puisse partir à 55 ans ? Répondre | Répondre avec citation | Citer
VRAI ! 98% des retards et des suppressions de trains correspondent à des problèmes techniques induits par les économies effectuées sur l'entretien et la surveillance des trains et du réseau ferré (2% seulement sont dus aux grèves !). De plus, quand il y a panne ou retard, les informations passent mal depuis l'automatisation de l'accueil et des guichets. Le désengagement de l'Etat par décentralisatio n aux régions, avant-goût de la privatisation pur et simple de la SNCF, annonce un désastre digne de celui qui fait, depuis sa privatisation, la réputation du chemin de fer britannique.
Dans ce contexte, les cheminots sont très souvent les premières cibles de la colère légitime des usagers pendant que les vrais responsables (l'Etat et la direction de la SNCF), saboteurs de ce service public fondamental, organisent la propagande médiatique anti-cheminot, et s'enrichissent à nos dépends des non-remboursements de plus en plus fréquents des billets pour cause de retard…
«Les cheminots sont des privilégiés !»
FAUX ! Le régime spécial a été créé en 1909 pour tenir compte des contraintes du métier de cheminot : spécificité des tâches, obligations de sécurité, continuité du service public. Nous ne sommes plus au temps de la vapeur, mais ces contraintes existent toujours. 120.000 cheminots ont des horaires atypiques ou décalés (de nuit, les weekends end et jours fériés), des conditions de travail qui n'ont rien à voir avec les "privilèges". En échange de la possibilité de partir à 55 ou 50 ans, les cheminots touchent de plus petites retraites que les autres salariés à qualification égale. 62% des pensionnés de la SNCF touchent moins de 1.500 € brut par mois. Or on leur demande maintenant de travailler plus longtemps et de toucher moins encore : L'introduction de la décote va se traduire par une baisse des retraites de près de 30%.
Chacun peut donc comprendre la légitimité de leur colère et de leur volonté de défense. Il faut défendre l'égalité et l'équité entre régimes de retraites, mais par le haut, pas par le bas. Les salariés qui ont des métiers difficiles, pénibles ou dangereux doivent pouvoir partir à 55 ans.
En 1995, on a parlé de grève par procuration. Aujourd'hui le gouvernement prévoit une nouvelle attaque du système de retraite pour tous les salariés, public et privé, après les municipales de 2008 : entre autres, tous les salariés passeront à 41 puis 42 ans de cotisations. Il y a aujourd'hui une communauté d'intérêts entre ceux qui défendent les régimes spéciaux et ceux qui refusent une nouvelle remise en cause du régime général… Nous sommes tous concernés, et c'est maintenant qu'il faut être solidaires !
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A lire et visionner sur le site d'Arrêt sur Image :
• Les usagers en colère, du pain béni pour les JT
Où comment les associations d'usagers, qui réclament toute l'année un vrai service public, sont utilisées contre les grévistes.
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Le conflit en cours sur les régimes spéciaux de retraite fournit une nouvelle occasion au chœur des éditorialistes d’interpréter une partition qu’il connaît sur le bout des doigts.
Une seule solution : «LA réforme»
Quelle «réforme» ? C’est à peine si cela importe, puisqu’elle est «équitable» et «inéluctable».
Florilège d’approbations solennelles et analyse : www.acrimed.org Répondre | Répondre avec citation | Citer
Télé : les 13 heures et 20 heures sont sur le pied de guerre contre le mouvement social. Récit d’une semaine de JT de grève.
A lire dans Libération Répondre | Répondre avec citation | Citer
Je suis en grève aujourd'hui et je l'assume. Oui, j'assume de devoir vous poser des problèmes dans votre train-train quotidien, j'assume de vous obliger à modifier vos habitudes quotidiennes.
On m'accuse de vous prendre en otage. Mais vous ai-je enfermés, vous ai-je attachés ? Non, je vous laisse libres. Libres au milieu des contraintes que vous acceptez tous les jours sans vous en plaindre. J'assume pleinement de vous laisser voir vos chaînes, parce que ces chaînes sont aussi les miennes. Parce que moi aussi, je dois faire garder mes gamins quand je commence au petit matin, moi aussi, quand je rentre le soir, j'ouvre ma boîte à factures qui naguère s'appelait boîte aux lettres, moi aussi je m'affale parfois dans le canapé pour manger docilement la soupe de la télé, car moi aussi, je vis dans cette société.
Oui, je l'assume. Comme j'assume les contraintes de mon métier qui me font vivre à part du groupe, qui me font travailler avant vous pour vous emmener bosser et après vous pour vous ramener à la maison. Pour vous emmener dans votre famille passer les fêtes, je ne les passerai pas dans la mienne. Je vous transporte et par définition, mon travail commence là où s'arrête le vôtre, et vice versa.
Quand j'ai pris la décision de faire ce métier, il y a 15 ans, j'ai pesé le prix de ma mise à l'écart de la vie collective, par les horaires farfelus. Ce prix, je l'ai accepté et j'entends me le faire payer.
Bien sûr, je ne suis pas le plus mal loti de la terre. Bien sûr, il y a bien pire et bien plus malheureux. Mais doit-on se sentir coupable d'avoir un toit en voyant les sans-abri ? Doit-on se sentir coupable d'avoir un emploi en comptant les chômeurs ? Doit-on se sentir coupable de se défendre ?
Ma défense, je l'ai préparée. Parce que les résultats des élections de mai ne laissaient aucun doute. Le conflit aurait lieu, historiquement il devait avoir lieu. Où et quand ? Vous avez la réponse aujourd'hui. Parce que, je ne vous le cache pas, Il était encore sur le yacht de Bolloré que je mettais de côté l'argent nécessaire à ce combat. S'il le faut, celui prévu pour quelques projets futiles sera utilisé, et tant pis si le home cinéma ne vient pas dans mon foyer cette année. Quoi, j'aurais pu me payer un home cinéma et je suis dans la rue ? Et bien ça aussi je l'assume. Et sans aucune honte depuis que j'ai lu que la marque qui commercialise le plus grand écran plasma, un joujou à 100.000 €, visait aussi le marché des particuliers en France. On me donne 2.600 € par mois pour conduire les trains, pas pour acheter mon silence et ma docilité. On trouve au MEDEF des syndicalistes bien mieux lotis ayant toujours une larme à faire couler sur leur sort.
C'est aussi pour ça que j'assume de faire grève aujourd'hui.
On m'accuse de ne pas faire preuve de solidarité parce que la réforme est nécessaire et doit être approuvée. A force de lire les rapports du Conseil d'Orientation des Retraites, à force de lire tout ce qui peut me tomber sous les yeux parlant de retraite, du Sénat au blog débile, j'ai acquis la conviction que tous cela aurait pu être évité, pour moi comme pour vous, si nos dirigeants avaient préparé ces échéances comme j'ai préparé cette grève.
On nous a parlé de catastrophe, de faillite, de banqueroute même, or n'importe quel économiste honnête vous le dira, en 2000, l'effort prévisible à réaliser, sans rien changer pour les retraites, pour les 40 années à venir était calculé inférieur à celui fourni pendant les 40 années passées. On a montré que le petit bout de la lorgnette, on n'a pas dit que la richesse du pays augmenterait plus vite que cette charge, même dans les pires scénarii. Il y avait ce problème du baby boom ? Et alors, est-ce une raison pour tout mettre à bas alors qu'il suffisait de remplir le fond de réserve des retraites créé en 2002, la seule véritable réforme honnête faite sur le sujet ? Que fait un ménage quand il sait qu'une dépense va venir ? Soit il économise, soit il emprunte, soit il attend et se serre la ceinture le moment venu. C'est cette voie qu'ont choisie nos dirigeants, c'est regrettable mais je suis citoyen et je respecte les suffrages. Alors cette politique qui n'est pas la mienne, je l'assume y compris les conséquences, y compris cette grève.
Aujourd'hui, je refuse de faire mon travail dans la société parce que j'ai un différent à régler avec cette société. J'utilise un moyen légal, constitutionnel , occasionnant une gêne que j'assume pleinement parce que je suis dans une entreprise qui fait des bénéfices et qui, seule, paye les avantages de mon régime de retraite. Une cotisation patronale supérieure de près de 12% à celle de votre patron, soit environ 500 millions, pour compenser un âge de départ inférieur au vôtre, dans des conditions souvent inférieures aux vôtres d'ailleurs. Le reste ? C'est ce que nous payerions ensemble si nous étions dans le même régime. D'ailleurs la compensation entre régimes bénéficie à 93.7% aux artisans, commerçants, salariés et exploitants agricoles, et en 2015, mon régime ne sera plus bénéficiaire du système mais deviendra contributeur. Ces 12% sont à moi, pas à mon entreprise qui voudrait bien les récupérer. Comme les cotisations patronales, que les patrons appellent volontiers «charges», sont à vous, payant par avance votre droit à la santé ou à la retraite.
C'est parce que la seule personne volée dans cette réforme c'est moi, j'assume totalement de réclamer mon dû. On me dit que ce sont finalement les clients qui payent. L'a-t-on dit aussi fort aux clients de Carrefour qui on payé les conditions de fin d'emploi du patron d'alors ? Le dit-on aussi fort de toutes ces retraites chapeaux, primes de départs et autres joyeusetés faites aux dirigeants des grandes entreprises ? Le dit-on aussi fort des avantages d'autres salariés ? A ce dernier titre, il est bon de calculer que 5 années de bonus sur une carrière de 40 ans ne représentent finalement guère plus qu'un mois et demi par an. Je n'ai jamais eu de 13e mois, l'avantage est-il si exorbitant ?
Alors j'assume ne pas vouloir perdre ces 12% dans cette réforme qui ne vous apportera rien. Le gain escompté est de l'ordre de 200 millions d'euros par ans. A ce rythme, il faudra 75 ans pour rembourser les 15 milliards de cadeaux fiscaux faits cet été ! Suis-je encore Le privilégié de cette société ?
Mais plus encore. Cette réforme, comme les précédentes, vous coûtera beaucoup, elle nous coûtera beaucoup à tous. Parce que c'est la solidarité que l'on tue aujourd'hui. Cette solidarité voulue par nos pères au lendemain de la guerre, cette solidarité insupportable pour qui se réclame du libéralisme et du chacun pour soi. Cette solidarité dont le sens profond ne dépasse pas, pour notre gouvernement, la notion de l'aumône dominicale. Mais pour moi elle a un sens, parce qu'elle est profondément humaine. C'est elle, le ciment de notre société. A quoi bon vivre comme les loups où le couple dominant mange en premier et où le dernier mange ce qui reste ? Tous mangent, certes, mais est-ce le modèle que nous voulons pour notre société ? Est-ce l'exemple pour nos enfants ? Ma conviction profonde est que la société humaine ne peut être basée que sur la solidarité, sur l'entraide mutuelle. C'est ce à quoi je crois et c'est pour cela que j'assume ce combat.
Et je me souviens de 1995. Vous étiez derrière nous à 75% ! Autre époque où nous portions l'espoir, où l'on a vu des personnes venir apporter une journée de salaire dans notre caisse de grève en nous demandant de faire la grève pour eux. La grève ce n'est pas mon métier. J'assume d'avoir laisser tomber cet espoir faute de pouvoir le porter seul. J'assume aujourd'hui de me battre d'abord pour moi, règle première de cette société libérale que je veux combattre. C'est paradoxal ? Oui, mais j'assume ce paradoxe parce que vous ne m'aimez plus aujourd'hui et que cette désaffection est le fruit d'un combat que vous n'avez pas voulu mener, croyant à tort que je le ferais pour vous. Nos père se sont battus, certains sont morts, pour nos congés, nos retraites, notre santé et pour bien d'autres choses encore. Qui se souvient aujourd'hui du prix payé par eux pour nos avantages de salariés de pays riche ?
Certains perdront leur boulot, paraît-il. Mais qui est assez stupide pour m'accuser moi et laisser en paix cette crevure de directeur du personnel qui utilisera cyniquement cet alibi, ce sous-homme incapable de considérer son prochain comme son égal dans la difficulté ? Et bien, oui, j'assume de fournir cet alibi fallacieux à cette personne qui ne devrait rien avoir à faire dans la société des hommes.
Il n'y a pas si longtemps, nous, cheminots, avions un slogan plein d'avenir, nous voulions partager le progrès pour tous. Souvenez-vous : «Le progrès ne vaut…» Où est-il ce progrès, aujourd'hui où l'Homme de ce siècle a enfermé sa liberté dans une télé et un portable ? Où l'on vante les soi-disant mérites du libéralisme sans parler de ses inconvénients comme la précarité ? Où l'on détruit l'avenir de nos enfants en oubliant les combats de nos pères ? Où l'on brade notre société solidaire pour peu qu'on nous fiche la paix ? Où est-il le progrès aujourd'hui ?
J'assume tout cela, chère cliente, cher client, j'assume tout.
Philippe DUVERNAY, conducteur de train Répondre | Répondre avec citation | Citer
"C’est une prise d’otages !" NON. Une prise d’otage, c’est si on t’enferme dans une cave, menotté au mur, cagoulé, et que régulièrement on vient te foutre un pistolet sur la nuque en te menaçant de te buter parce que ta famille ne paye pas. C’est ça, une prise d’otage. Là, il s’agit simplement d’une grève.
"On nous empêche de travailler !" NON. Il n’y a pas de piquet de grève devant chaque entreprise. Personne n’est empêché de travailler. Simplement, il faut nous démerder tous seuls pour nous déplacer, sans les cheminot-e-s et les traminot-e-s. Au passage, la situation illustre l’absurdité totale de l’aménagement du territoire qui consiste à loger les travailleurs et travailleuses à l’est de Paris et à placer leurs entreprises à l’ouest. Si habitation et travail étaient plus harmonieusement organisés, les transports ne poseraient pas tant de problème.
"Supprimer les régimes spéciaux, c’est une question d’équité." NON ! C’est une question de dumping social. L’équité, ce n’est pas aligner sur le pire régime, mais sur ce qu’on peut faire de meilleur pour le plus grand nombre. Et l’équité n’est pas non plus à géométrie variable. Si la préoccupation réelle du gouvernement Sarkozy était l’équité, il instaurerait un salaire unique. Puisque tou-te-s les travailleurs/euses sont sensés cotiser le même temps pour leur retraite, pourquoi donc ont-ils et elles des salaires différents ?! Voilà pour le coup qui est bien inéquitable ! Allez, hop, tout le monde aligné sur le salaire moyen (1.903 € par mois en 2005), y compris le président de la République qui vient de se tripler son salaire pour gagner 10 fois ce salaire moyen !
"La mondialisation oblige à supprimer les régimes spéciaux." NON. Ceux et celles qui pensent ça sont donc prêt-e-s immédiatement à toucher un salaire chinois ou indien, puisqu’"avec la mondialisation on n’a pas le choix" ? Bonne nouvelle pour leurs collègues qui vont pouvoir se partager la différence ! La mondialisation n’est qu’un prétexte pour cacher des choix purement idéologiques.
"Avec l’allongement de la vie, il faut bien travailler plus longtemps." NON ! La productivité augmente plus vite que l’espérance de vie. Donc la richesse existe pour financer largement cet allongement de l’espérance de vie. Simplement, il y a un choix politique idéologique : laisser les capitalistes, les actionnaires, les possédants, accaparer cette richesse supplémentaire au lieu de la distribuer à ceux et celles qui ont contribué à la produire.
"C’était une promesse de campagne, être contre est anti-démocratique." NON ! La démocratie, ce n’est pas tout est à prendre ou à laisser. La démocratie, c’est l’élaboration collective du fonctionnement de la société. Il n’y a pas de débat sur cette question, mais un passage en force du fait d’une lubie d’un seul homme. La démocratie, ce n’est pas un chèque en blanc.
"L’opinion publique est contre cette grève, les sondages le prouvent." NON ! Un sondage n’a jamais rien prouvé. Tout dépend de la manière dont on pose la question. Demandons si vous pensez normal de travailler plus pour gagner moins. 99% de "Non" ! Donc 99% de gens contre la contre-réforme des retraites de Sarkozy.
Alors les anti-grévistes, vos gueules ! Arrêtez vos arguments de pilier de comptoir sans logique. Faites-vous greffer des neurones ! Et soutenez plutôt ceux et celles qui sont en train de se battre pour le droit à la retraite de tous et toutes.
Car il faut être soit complètement stupide, soit totalement malhonnête pour imaginer que le gouvernement Sarkozy s’arrêtera aux régimes spéciaux. C’est l’ensemble du régime de retraite par répartition qu’il veut détruire pour faire plaisir aux actionnaires des assurances privées. Dès qu’il en aura fini avec les régimes spéciaux, c’est le régime général qui passera à la moulinette de l’allongement de la durée de cotisation (encore !) et de la réduction des pensions (encore et toujours !). Alors bien sûr que c’est chiant, crevant, exaspérant de devoir se débrouiller sans les transports en commun pour se déplacer. Mais les responsables, ce sont les saboteurs des retraites : Sarkozy, Fillon et Bertrand.
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Que l'âge du départ à la retraite ou la base de calcul des pensions soient également variables, à la tête du client ou de son métier (salaire de la dernière année, des 10 ou des 25 meilleures années) est tout aussi déplorable, en morale comme en droit.
Mais trois choses sont également inacceptables, qui rendent ce débat confus :
• Quid du type qui s'est engagé il y a longtemps dans un métier (mineur, marin, cheminot, etc…), dont on compensait les contraintes présentes (modicité des salaires, horaires décalés, déplacements fréquents, dangerosité éventuelle, durée de vie moins longue que la moyenne, etc…) par quelques avantages à venir et auquel on dit sans ménagements, en cours de partie : “à partir de maintenant, les règles du jeu changent, ce que tu as donné, ça, c'est fait, ce qu'on te reprend, tant pis pour toi“ ? Quelle confiance accorder dès lors à la parole ou à la signature de l'Etat ?
• Quid de l'exemplarité de “la France qui gagne“ : comment est-il acceptable qu'on exige des sacrifices de la part de ceux, qu'avec l'aide des médias, on qualifie abondamment de “privilégiés“, quand on laisse faire ou qu'on encourage les vrais “privilégiés“ en faisant des cadeaux fiscaux aux ménages les mieux dotés, en taxant à la marge les stock options d'un ridicule 2,5%, en continuant d'autoriser des primes scandaleuses accordées à des grands patrons sur le départ, parfois même pour cause d'incompétence, etc ?
De quel principe d'Egalité parle-t-on dans ce cas, sinon d'une égalité à géométrie variable ? Et au nom de quoi serait-elle acceptable sans bruit par ceux qui la voient varier à la baisse ?
• Et enfin, de quoi parle-t-on avec ces durées de cotisation et ces âges de départ à la retraite ? Allons-y pour 42 ans de cotisation, 45 s'il le faut, 50 pourquoi pas : c'est sans doute la durée à laquelle il faudra arriver à l'horizon 2035, si la durée de vie moyenne continue de progresser.
Mais on est en pleine fiction : en 1969, l'âge moyen d'entrée dans la vie active était de 18 ans et 3 mois. Il ne cesse de reculer. En 1999, il était déjà de 21,6 ans (selon ce rapport du Sénat). Il doit, depuis, avoir largement dépassé les 22 ans (pas trouvé de chiffres).
Chacun connaît des jeunes gens qui, passées les études, multiplient stages ou emplois précaires jusqu'à 28 ou 30 ans : ajoutez 42 ou 45 ans de cotisations, vous obtiendrez l'âge d'une retraite pleine.
Mais n'oubliez pas de considérer qu'au-delà de 50 ans, ces mêmes jeunes gens seront considérés comme trop coûteux, rassis ou obsolètes sur le marché du travail. Loin d'avoir cumulé 40 ou 42 ans de cotisations, ils n'en auront que la moitié.
Le concept de “retraite pleine“ tend ainsi à devenir un mythe désuet ou une légende urbaine.
Que ce débat est maladroit, hypocrite et faussé…
(Source : Carnets de nuit) Répondre | Répondre avec citation | Citer