• ACDC nous promettait une révision à la hausse, et nous voilà avec un taux de chômage à 8,1% (hors DOM). Pourquoi ?
Thomas Coutrot : C’est un simple escamotage. L’INSEE a fait feu de tout bois pour masquer le fait qu’il révisait à la hausse ses estimations précédentes et trouver une manière de retomber sur un taux à 8%, exactement le même que le dernier taux de chômage officiel publié en juillet ! C’est de la vraie prestidigitation.
L’INSEE a en fait joué sur trois changements méthodologiques : l’alignement sur la définition stricte des chômeurs selon Eurostat (- 0,7 point) sous prétexte de faciliter les comparaisons internationales. Mais l’institut statistique européen calculait déjà le chômage français avec ses conventions propres, et les comparaisons étaient donc possibles avec les autres pays européens. D’autre part, pour «perfectionner» son enquête, l’INSEE a relancé des sondés qui n’avaient pas répondu lors de la dernière enquête. Un tiers seulement ont répondu, qui se sont révélés avoir plus souvent un emploi. L’INSEE a donc réévalué à la baisse son estimation (- 0,1 point). Pourtant, dans les deux tiers des personnes qui ont à nouveau refusé de répondre, il est fort possible que les chômeurs soient très nombreux. Enfin, l’Institut a modifié les méthodes de pondération de données et exclu les personnes vivant en foyers, internats, hôpitaux, prisons ; cela lui a permis de réduire encore de 0,2 point le taux de chômage affiché.
• Mais sur le fond, comment le chômage évolue-t-il selon l’INSEE ?
Thomas Coutrot : L’Enquête Emploi INSEE confirme ce que nous savions : depuis 2005, le taux de chômage officiel a sous-estimé la réalité. En 2005-2006, le taux de chômage publié par l’INSEE s’appuyait chaque mois sur les données administratives de l’ANPE, qui baissaient fortement. En mars dernier, quand l’INSEE a découvert grâce à son Enquête Emploi 2006 que le taux de chômage était stable, contrairement à ce que disait l’ANPE, il n’a pas voulu tirer la sonnette d’alarme et a préféré accuser sa propre enquête qui ne serait pas fiable. Et donc ne pas la publier.
L’INSEE se garde bien de le souligner mais les chiffres publiés hier montrent, malgré tout, que depuis le début 2005 le chômage a baissé en réalité de 1 point, et non pas de 2 points comme on nous le disait officiellement. Le chômage ne se situe donc pas à son plus bas niveau depuis vingt-cinq ans mais au niveau de la fin 2002 et la révision à la hausse, même si elle est masquée, est bien de 1 point de chômage.
.../...
=> Lire (en pdf) le communiqué de presse du collectif ACDC sur le site des Autres Chiffres Du Chômage : ACDC y publie un schéma comparant une courbe "spéciale présidentielle", une courbe "embarrassante" et une courbe "providentielle". La première reprend les estimations de l'INSEE et la DARES, «fausses depuis 2005 et qualifiées officiellement de provisoires depuis avril 2007, calculées sur la base des données biaisées de l'ANPE», selon le collectif. La deuxième reprend les résultats de l'Enquête Emploi, «que l'INSEE ne voulait pas valider pendant la campagne électorale, calculés avec la méthode habituelle» et montrant que le chômage «a baissé moitié moins qu'affiché jusqu'à aujourd'hui par l'INSEE et demeure nettement supérieur au niveau de début 2001». La troisième, qui présente les nouveaux résultats de l'Enquête Emploi, «converge si miraculeusement avec la courbe "spéciale présidentielle" qu'il est impossible d'y voir une coïncidence», estime le collectif.
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Commentaires
Sans aucune surprise, cette enquête entérine le divorce constaté depuis la mi-2005 entre les chiffres du chômage réel et ceux publiés par l'ANPE.
Ses résultats convergent avec les conclusions de l'enquête menée par l'IGF et l'IGAS («Les données ANPE ont surestimé d'environ 20% la baisse du chômage ces dernières années») et celle de la DARES publiée cet été qui dévoilait la méthodologie utilisée pour faire baisser artificiellemen t les chiffres du chômage. Les nouvelles séries publiées par l'INSEE permettent de revisiter également les bilans des différents gouvernements.
Il apparaît que le taux actuel de chômage (8,1%) n'est pas inférieur à celui laissé par la gauche à la mi-2002. Il aurait même pu être très sensiblement supérieur si l'INSEE n'avait pas aligné sa méthodologie de calcul sur celle d'Eurostat, avec pour conséquence d'exclure 200.000 chômeur du calcul du taux de chômage.
Sans les évolutions démographiques actuellement à l'œuvre, le chômage aurait donc augmenté. La France a ainsi perdu six ans, les politiques mises en œuvre l'ayant manifestement empêché de tirer profit de l'embellie du commerce mondial.
La question de l'exclusion des statistiques du chômage de dizaines de milliers de Français sans emploi reste toutefois entière. En témoignent notamment les propos invraisemblable s tenus par Martin Hirsch la semaine dernière devant la Commission des Affaires sociales de l'Assemblée nationale, ce dernier ayant lui-même dénoncé l'exclusion de la moitié des allocataires du RMI des statistiques du chômage.
Dès le printemps, le Parti Socialiste avait dénoncé ces tripatouillages et exigé la publication de l'enquête de l'INSEE. A l'époque, le gouvernement UMP criait au scandale et à la manœuvre politique. Les institutions Européennes, peut susceptibles d'attaque politicienne, disaient la même chose que les socialistes.
Le mensonge mène à tout, même à l'Elysée. Les masques sont tombés.
(Source : Cannes Solidaire) Répondre | Répondre avec citation | Citer
Sarkozy reprend l'INSEE en main. Selon Bercy, le nouveau DG aura pour mission de «moderniser, dépoussiérer et rénover» l'Institut, qui emploie 6.000 agents et dispose de 450 millions d'euros de budget.
A l'INSEE, on craint que la nomination d'un non-statisticien - Jean-Philippe Cotis, Essec et énarque, économiste en chef de l'OCDE, est le premier DG depuis trente ans qui n'ait pas fait Polytechnique - ne soit de mauvais augure, «car il n'aura pas la culture de l'indépendance de la statistique». Cette crainte est renforcée par le fait que le Code de bonnes pratiques de la statistique européenne, édicté par Eurostat et qui pose cette indépendance pour premier principe, n'est toujours pas inscrit dans le droit français.
(Source : L'Express) Répondre | Répondre avec citation | Citer
Ce critère européen permet de ne plus comptabiliser les chômeurs qui, dans le mois précédant l’enquête, n’ont pas été en lien avec l’ANPE par le biais, par exemple, d’un entretien avec un conseiller à l’emploi. Le document précise que «l’inscription comme demandeur d’emploi auprès de l’ANPE n’est pas considérée comme une recherche active d’emploi dans l’interprétatio n communautaire. Elle l’était jusqu’à présent dans l’interprétatio n française».
Une seule heure travaillée dans la semaine précédant le coup de fil de l’INSEE suffisait déjà à faire sortir du monde du chômage. Mais avec cette nouvelle modalité, le cynisme gagne encore du terrain : pour «faciliter la comparaison internationale» , des centaines de milliers de privés d’emploi disparaissent des tableaux statistiques. Au total, selon l’aveu même de l’INSEE, cette nouvelle méthode engendre une baisse de près de 1% du taux de chômage.
L’INSEE ajoute par ailleurs que 1,3 million d’actifs sont en situation de sous-emploi. Une situation toujours plus précaire, que les chiffres masquent difficilement. La défiance croissante des citoyens à l’égard de ce type de publication en atteste.
(Source : L'Humanité) Répondre | Répondre avec citation | Citer
A lire la synthèse de Jobetic sur cet escamotage qui a permis de gagner 1 point. Répondre | Répondre avec citation | Citer
L'emploi salarié en France n'a progressé que de 0,2% au troisième trimestre 2007, après 0,4% au deuxième et 0,7% au premier. Quelque 38.200 emplois ont été créés, principalement dans le secteur marchand.
Selon les données provisoires publiées par l'INSEE, l'emploi salarié dans le secteur concurrentiel a progressé de 1,6% sur un an, le nombre de salariés dans ce secteur ressortant à 15.941.400. Répondre | Répondre avec citation | Citer