Nous prédisions un "effet boule de neige" et d'éventuelles surprises parmi tous les mouvements sociaux attendus pour novembre : il se pourrait que nous voyions juste car déjà, contre toute attente, voici que la police s'en mêle !Depuis cet été se consomme à petites bouchées une «rupture» entre la police et son ministère (lire en commentaire). Outre le fait que ce dernier doive encore quelque cinq millions d'heures supplémentaires non payées à ses forces de l'ordre, un nouveau protocole d'accord prévoyant le passage des 12.000 officiers de police au statut de cadre au 1er janvier prochain implique de nouvelles conditions de travail et un régime indemnitaire particulièrement défavorables.
Pour Patrice Ribeiro, secrétaire général adjoint de Synergie (le second syndicat d'officiers), non seulement «l'Intérieur viole les accords d'un protocole d'accord signé par les syndicats et Nicolas Sarkozy [alors en poste place Beauvau] de 2004», mais il «va plus loin que ce qui était prévu» et «il n'y aura plus désormais de limite à notre temps de travail pour seulement 15 € de plus par mois». Les officiers «pourront ainsi être rappelés jour et nuit, et nous ne pourrons plus récupérer nos week-ends de travail. C'est travailler plus pour gagner moins !»
Synergie et le SNOP (Syndicat national des officiers de police, majoritaire) ont donc décidé d'agir le jour-même des négociations sur ces questions, une «réunion de la dernière chance» selon eux. Jeudi 8 novembre, tous les policiers sont ainsi conviés à «déposer leurs armes et leurs téléphones portables ou de service» dans le bureau de leur chef, à «respecter strictement les horaires, sans dépassement», ou à «poser des récupérations». Puis, s'ils n'obtiennent pas satisfaction, est prévue dans la foulée une manifestation nationale unitaire.
PS : cette manifestation a eu lieu, malheureusement, le même jour que celle des chômeurs & précaires prévue de longue date le samedi 8 décembre... Le choix des médias est tout fait !
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Commentaires
Alors que le président Sarkozy fait l'apologie des heures supplémentaires tandis que l'Etat doit plus de 2 milliards d'heures aux personnels des hôpitaux et plus de 6 millions à ses forces de l'ordre, le Syndicat national des officiers de police (SNOP) vient de rompre les négociations en cours sur leur remboursement.
En visite aujourd'hui à la direction départementale de la sécurité publique de l'Essonne, à Evry, dans une pirouette finale le président a promis qu'il n'y aurait «pas de pause» dans la lutte contre l'insécurité et déclaré sa volonté de mobiliser «tous les moyens de l'Etat» en faveur de la sécurité des Français. Promesse en forme de couac que le SNOP - syndicat majoritaire des officiers de police - a aussitôt dénoncée, fustigeant les «propositions honteuses de l'administration» pour régler le paiement en retard de leurs heures supplémentaires .
«Outre le taux d'indemnisation de 9,25 € bruts de l'heure alors que le coût moyen de l'heure pour ce corps est de 21 € bruts», l'administration «compte imposer aux officiers un régime de travail inacceptable, qui s'exonère de la réglementation française et européenne». Le SNOP évalue le nombre d'heures non payées depuis 1998 à entre 6 à 7 millions, soit quelque 160 millions d'euros.
Tous bénévoles ! Suite aux manifestations de policiers le 14 juin dernier, la ministre de l'Intérieur Michèle Alliot-Marie (qui estimait à seulement 5 millions le nombre «d'heures supplémentaires à rattraper») avait annoncé son intention de mettre en œuvre un dispositif pour compenser ce stock d'heures supplémentaires , «une partie sous forme monétaire, une partie sous forme de temps libre». Elle avait souligné que le problème ne se posait que pour les officiers de police «qui vont passer cadres» et n'auront plus droit, de ce fait, à des heures supplémentaires . Mais pour le SNOP, «en raison de l'accès à un régime de cadre, les officiers qui continueront de travailler les samedi, dimanche et jours fériés, avec possibilité de dépassement horaire même nocturne, n'ont aucune garantie de voir compenser ou indemniser dignement ce temps de travail et travailleraient ainsi bénévolement».
«A l'heure où l'on parle au plus haut niveau de l'Etat de "valorisation du travail", n'est-il pas incongru de pénaliser les officiers de police qui ont souvent sacrifié leur vie privée au bénéfice du service public ?», s'interroge le SNOP. A juste titre. Répondre | Répondre avec citation | Citer
L'invitation est arrivée sur les télécopieurs des syndicats de policiers signée du directeur général de la police nationale, Frédéric Péchenard. Jeudi 15 novembre, à la Grande Arche de la Défense, Nicolas Sarkozy, accompagné de la ministre de l'intérieur Michèle Alliot-Marie et de son homologue à la défense, Hervé Morin, rencontrera 1.800 policiers et gendarmes pour évoquer les "orientations" du gouvernement en matière de sécurité intérieure - exactement comme il le faisait lorsqu'il dirigeait lui-même la Place Beauvau. "Du jamais vu, estime Nicolas Comte, secrétaire général du Syndicat général de la police (SGP-FO). Si la politique de sécurité est pilotée par l'Elysée, quid du rôle de la ministre de l'intérieur ?"
La veille, les 13 et 14 novembre, alors que lui parviennent en ce moment les rapports sur le moral des gendarmes, Michèle Alliot-Marie se rendra, elle, au traditionnel rendez-vous de Montluçon, séminaire qui réunit chaque année les patrons de la gendarmerie. Or de ce côté-ci, le moral, justement, n'est franchement pas bon. Rédigés une fois par an, ces rapports sont réalisés par strates successives, au niveau de l'arrondissement, du département, de la région puis synthétisés au niveau national. Ils constituent un indicateur précieux du climat de la "base" pour des militaires promis à passer sous la tutelle complète de l'intérieur au 1er janvier 2009 (Le Monde du 24 octobre), mais qui ne disposent pas de représentation syndicale.
Ainsi le rapport du colonel Henry, commandant du groupement de gendarmerie départementale du Finistère, daté du 24 septembre, fait état d'une forte dégradation de l'ambiance. "Le moral des unités de groupement est jugé de très moyen à très mauvais, peut-on lire dans ce document que Le Monde s'est procuré. Dans les douze prochains mois, déjà vacillant, (il) devrait s'aggraver. (…) Personne n'est épargné, jusqu'au sommet de la hiérarchie."
Ce blues des gendarmes est principalement alimenté par la comparaison des conditions de travail et une rivalité exacerbée avec les policiers, qu'ils jugent mieux considérés qu'eux par le pouvoir en place. "Les gendarmes déplorent que les policiers, dont le temps de présence au travail est plus faible que le leur, voient une partie de leurs heures supplémentaires payées quand il est estimé que les militaires peuvent bien attendre", rapporte le colonel Henry.
Le chef de l'Etat n'est pas épargné. "Le désormais célèbre slogan «travailler plus pour gagner plus» est en contradiction flagrante avec la réalité des heures exercées par les gendarmes par rapport aux policiers", dénonce le rapport. Et le ton est particulièremen t rude contre les syndicats de policiers : "Les gendarmes prennent conscience que finalement, accepter de servir l'Etat en consacrant plus de temps que leurs homologues policiers à leur mission ne leur rapporte rien, puisqu'ils passent systématiquemen t après ceux qui ont un pouvoir de nuisance sociale."
Ces attaques font réagir Bruno Beschizza, secrétaire général de Synergie-officiers, qui décrit un "climat très malsain". "Ce document me fait penser à un papier d'origine syndical", dit-il en dénonçant des "fuites" organisées, notamment auprès de députés UMP. "C'est arrivé à un tel niveau que cela me rappelle 2001", ajoute-t-il, quand les gendarmes étaient descendus pour la première fois dans la rue. Une comparaison partagée par les intéressés eux-mêmes. "Nous ne sommes pas très loin de 2001", témoigne anonymement un officier de la gendarmerie.
(Source : Le Monde) Répondre | Répondre avec citation | Citer
Ce rapport de l’Inspection des finances s’appuyait sur les conclusions d’un audit dressant le constat accablant des dépenses et de l'organisation des forces de l'ordre. Daté du 10 octobre, cet audit a été réalisé par une équipe de fonctionnaires dirigée par François Mongin, inspecteur des Finances, chargé de mission sur la réforme de l'Etat, en vue de la révision générale des politiques publiques (RGPP).
12 millions de RTT accumulées. Il en ressort notamment que les RTT, «à moyen et long terme», font «peser des risques de rupture sur l'action des services et leur capacité opérationnelle» . «L'administration vit à crédit», écrivent les auteurs de l’audit, soulignant l'impossibilité de récupérer les heures supplémentaires et les repos compensateurs accumulés par les policiers, «12 millions (d’heures) au 31 décembre 2006». Suggestion du rapporteur : solder ces heures «à hauteur de 50 millions d'euros» et «réviser le temps de travail» des policiers.
Sur le plan des dépenses à proprement parler, l’inspection des Finances tire à boulets rouges sur l'entretien des véhicules de police et de gendarmerie, jugé «trop coûteux» et «mal mesuré». En cause, le nombre de «sinistres» dans la police : 15.000 par an pour 33.000 véhicules. Solution : mettre en place une franchise d'assurance de 150 € pour les policiers.
Parc immobilier vétuste. Le parc immobilier des gendarmes - des militaires logés par l'Etat - est lui aussi épinglé : «fragmenté», «vétuste»… Proposition : supprimer certains logements de fonction et faire payer aux gendarmes leur consommation d'eau (11 millions d'euros en 2004).
Côté maintien de l'ordre (CRS de la police et gendarmes mobiles), les auteurs préconisent de tailler dans les effectifs (suppression de 26 unités sur les 188 existantes) afin de les recentrer «sur leur cœur de métier».
Enfin, sur la sécurité routière, l'audit dénonce des forces qui ne sont «pas concentrées» sur les «zones les plus dangereuses», à savoir le réseau secondaire en zone rurale où la mortalité «est la plus importante».
L’Intérieur et la Défense désavouent. Autant de recommandations qui ne manqueront pas de susciter l’ire des acteurs concernés. Le 23 octobre, les suggestions de suppressions d’emploi - basées sur cet audit - avait déjà valu à François Mongin d’être désavoué par les ministres de tutelle (Intérieur et Défense) des policiers et des gendarmes. Contactés par 20 Minutes ce vendredi, le ministère de la Défense ne souhaitait pas commenter ces nouveaux éléments et l'Intérieur n’avait pas encore réagi.
(Source : 20 Minutes) Répondre | Répondre avec citation | Citer