
Les SDF ne comprennent pas. Réunis autour d'une table devant leurs tentes plantées au bord du canal Saint-Martin, Eric et quatre de ses compagnons d'infortune s'agacent : «Notre site est propre. On ne gêne personne. Et maintenant, on voudrait nous chasser ?»
La préfecture de police a fait savoir que dans plusieurs arrondissements, des riverains se plaignaient de ces campings improvisés. La Mairie de Paris a donc réagi et indiqué hier avoir engagé une «démarche pour convaincre» les SDF «de se déplacer et d'accepter des solutions d'hébergement». Bertrand Delanoë a ajouté que «la canicule qui sévit accroît les risques sanitaires encourus par les sans-abri». La Mairie a notamment demandé à deux associations, Emmaüs et Coeur des Haltes, de convaincre les SDF de rejoindre des foyers. Emmaüs juge que ces campements ne sont «pas viables» mais se défend d'être «là pour nettoyer la ville».
Beaucoup de SDF racontent que des policiers leur ont demandé de quitter la capitale. Franck, qui partage sa tente avec son amie, affirme que «dans les foyers, il n'y a pas de place. Et quand il y en a, il faut généralement se séparer de sa compagne. Surtout, c'est dangereux.» Eric renchérit : «Avec une tente on a enfin un espace privé. Là, on veut nous enlever notre appartement.»
(Source : 20 Minutes)
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Hier soir, c'était soirée merguez sur les bords du canal Saint-Martin à Paris (Xe). Eclats de rires, gosses jonchés sur des tricycles, bavardages arrosés de bière autour des tables de camping : l'ambiance semblait à la fête devant la dizaine de tentes alignées le long des berges. Il y avait là l'attirail du parfait campeur : matelas gonflables, cannes à pêche et poubelles entassées à l'écart du terrain de jeu. On croirait un camping municipal bas de gamme s'il ne manquait les douches et les tentes dépareillées. Car, ici, la plupart des abris sont verts et siglés Médecins du monde. Sous ces tentes distribuées cet hiver par l'association pour «attirer l'attention des autorités», une quinzaine de SDF ont trouvé refuge.
Des campements comme celui-ci, il y en a un peu partout depuis le début de l'été : en bord de Seine, boulevards Richard-Lenoir et Jules-Ferry, sous certaines parties du métro aérien et jusque dans les quartiers huppés. Le long du périphérique, entre la porte d'Aubervilliers, au nord, et le XVe, au sud, des dizaines de personnes dorment dans des petits baraquements de bois et de cartons.
«Un verrou a sauté avec l'arrivée de l'été et la distribution des tentes, constate Patrick Rouyer, directeur des missions sociales chez Emmaüs. Les SDF qui s'installaient par groupe de deux ou trois se retrouvent désormais à huit, parfois douze personnes.» Ils seraient environ 2.000 à dormir ainsi dans les rues de Paris et le long de la petite couronne. «Le nombre de gens dehors a doublé par rapport à cet hiver, assure Rachid Cherfi, qui effectue des tournées de terrain pour l'association. On voit des gens arriver avec des enfants. Pour eux, c'est vraiment de l'installation. Ils créent en quelque sorte des camps de gitans.» Certains sont connus des services sociaux ; d'autres, des nouveaux venus. Tels ceux arrivés avec un visa touristique des pays de l'Est qui travaillent au noir le jour et dorment dehors.
Souvent bruyants, ces regroupements ont mis en colère pas mal de riverains. Dans les VIe, VIIe, XIIe et XVIIIe arrondissements , les élus reçoivent quotidiennement des plaintes. Hier, le préfet de police s'est rendu boulevard Richard-Lenoir pour étudier les solutions à apporter. «Pendant l'hiver, avec le froid et les volets fermés, la compassion s'exerce différemment, estime Graziela Robert, qui s'est occupée de la distribution des 300 tentes de Médecins du monde. En été, on ouvre les fenêtres et on voit la misère. Les gens n'aiment pas ça mais ce ne sont pas nos tentes qui ont installé la précarité. Les mêmes étaient là, allongés par terre, toujours alcoolisés. Simplement, ils étaient moins voyants.»
Avec l'apparition de ces campements sauvages, la situation a empiré. Ces derniers mois, la préfecture a noté une hausse des bagarres entre SDF. Lundi soir, après un échange de coups sous le métro Pasteur, deux personnes ont été interpellées. Et nombre d'associations craignent de voir les sans-abri s'enfermer encore plus. «Le groupe immobilise les gens, estime Patrick Rouyer. Un problème collectif s'ajoute aux difficultés individuelles. Quitter la rue signifie aussi quitter le groupe. Pour les associations, plus ils sont nombreux, plus c'est difficile de capter leur attention.» Parfois, les bénévoles ont même l'impression de «rentrer par effraction» dans des tentes qui ont donné un peu d'intimité à des gens qui en étaient privés.
Pressée par les riverains, la mairie de Paris a décidé en fin de semaine dernière de se saisir du dossier. D'autant qu'en pleine saison touristique et à l'approche de Paris Plages les campements sauvages en bord de Seine, ça fait désordre. Deux associations, Emmaüs et le Coeur des haltes, ont été missionnées. Objectif : inciter les SDF à troquer leurs abris de fortune pour des hébergements d'urgence. «L'idée c'est de virer les SDF d'ici la semaine prochaine, lâche un responsable associatif. On va leur demander s'ils veulent bien partir et ceux qui refuseront risquent d'être évacués.» «Les associations tenteront de les convaincre d'accepter les solutions d'hébergements proposées ou de se déplacer dans des endroits où les riverains sont moins gênés», tempère Mylène Stambouli, adjointe en charge de l'exclusion à l'Hôtel de Ville.
Un pont sous lequel vivaient trois SDF depuis dix ans, dans le XIIe, a tout de même été «nettoyé» hier matin par des policiers. Matelas, plantes : tout a été jeté. Autour de la gare du Nord, des contrôles d'identité ont été effectués sur des SDF venus de l'Est tandis que des matelas étaient emmenés par la voirie. «La pression monte sur ce sujet dans les commissariats d'arrondissement» , selon la préfecture ; l'Unsa police a d'ailleurs dénoncé hier «une opération de nettoyage menée sur toute la capitale à l'encontre des sans-abri».
Au cabinet de Catherine Vautrin, ministre de la Cohésion sociale, on assure qu'il n'y aura pas d'opération manu militari et que tout reposera sur la force de conviction des associations. Il faudra dès lors avoir plus à proposer qu'une chambre avec un lit pour la nuit. «Quitter une ambiance joyeuse pour un centre avec des règles basiques où on ne peut pas chanter à deux heures du matin, ça ne va pas être facile», prévient-on chez Emmaüs. L'association réclame la réquisition de locaux publics pour y héberger «momentanément et avec un encadrement» les SDF.
(Source : Libération) Répondre | Répondre avec citation | Citer
Une interview de Stefania PARIGI, directrice générale du SAMU Social de Paris, pour Le Figaro :
Un a priori tenace veut que les SDF soient plus en danger l'hiver que l'été…
C'est évidemment faux. Pour preuve, la mortalité est la même en été qu'en hiver. Les deux saisons sont tout aussi critiques, peut-être même avec une difficulté supplémentaire en été. En effet, les SDF qui ont résisté tout l'hiver ont épuisé leurs défenses quand les beaux jours arrivent. Ils sont donc plus fragiles, surtout exposés à la canicule.
Quels sont précisément les dangers qu'ils encourent en période d'été ?
Tous les gens de la rue malmènent leur corps, peu importe la saison. Mais il se trouve que l'alcool et la chaleur, cumulés de surcroît aux fréquentes addictions aux psychotropes, aux vêtements inadaptés pour l'été et à la déshydratation, font un très mauvais mélange.
Comment se passent les interventions cet été ?
Comme chaque année, au 115 on est dépassé ! En raison des vacances, les différentes associations du secteur comptent moins de bénévoles pour s'occuper des SDF et, de ce fait, beaucoup de centres d'hébergement ferment. On passe de 4.500 places en hiver à 3.000 en été…
C'est contradictoire avec le plan du gouvernement qui vient précisément de décider de pérenniser les places d'hébergement d'urgence à l'année…
Cette décision ne se met malheureusement pas en place du jour au lendemain. Actuellement, tous les lieux d'hébergement restent saturés.
On dit qu'un certain nombre de places restent vides, notamment à cause des tentes distribuées par Médecins du monde.
Pas à Paris, en tout cas. Sur les 3.000 places disponibles en été, il en est alloué 156 par jour pour le Samu Social de Paris et 154 par nuit. Or, sur ces quotas, 130 et 115 ont respectivement été attribués pour le seul exemple de la journée et de la nuit d'avant-hier. Seules quelques places restent vides chaque année, car beaucoup de SDF n'acceptent pas d'intégrer des structures d'hébergement collectif quand il fait beau. D'autant que dans la rue, l'été, on se sent, à tort, moins en danger.
Quelles sont les solutions, d'après vous ?
D'abord, en finir avec la question de la saisonnalité qui ne doit plus en être une. La misère, c'est toute l'année. Réfléchissons ensuite au meilleur mode de pérennisation du dispositif pour que l'urgence soit enfin en adéquation avec la demande. Enfin, songeons à un système de prise en charge de fond : ce n'est pas une solution de laisser quelqu'un dans le circuit de l'urgence toute l'année. Répondre | Répondre avec citation | Citer
Une femme de 35 ans est morte et une autre de 32 ans a été grièvement blessée dans l'incendie d'un pavillon du Blanc-Mesnil, dans la nuit de mardi à mercredi. Selon la mairie et la police, une vingtaine de personnes des pays de l'Est, majoritairement sans papiers, habitaient cette maison divisée en une dizaine de chambres. Une bougie allumée dans une chambre à l'étage pourrait avoir déclenché le feu.
Le préfet de Seine-Saint-Denis a saisi le procureur de la République de Bobigny afin qu'il engage des poursuites contre le propriétaire.
Après la série d'incendies mortels dans des hôtels vétustes en 2005, dont celui de l'hôtel Paris-Opéra (25 morts), le drame du Blanc-Mesnil remet en lumière la question des "marchands de sommeil", ces propriétaires accusés de profiter de la détresse de personnes défavorisées en leur louant pavillons, appartements ou chambres d'hôtels à des prix élevés.
Selon l'association Droit au logement (DAL), "les leçons de Paris-Opéra n'ont absolument pas été tirées, alors que c'est essentiellement dans les taudis que le feu prend".
Jean-Baptiste Eyraud, un porte-parole de l'association, a fustigé la "grande hypocrisie des pouvoirs publics, qui dénoncent "les marchands de sommeil" sans véritable volonté de les poursuivre, avec les parquets qui traînent des pieds".
Edwige Le Net, responsable du DAL en Seine-Saint-Denis, estime pour sa part que si les propriétaires sont "davantage poursuivis, les familles restent souvent sans solution après". "Il y a une incohérence des pouvoirs publics: ils attaquent les propriétaires mais laissent les familles dans leur situation de précarité, sans solution de logement", poursuit-elle.
En juin, le Sénat a adopté un article additionnel au projet de loi Sarkozy sur l'immigration, visant à renforcer la lutte contre les "marchands de sommeil", en permettant la confiscation de tout ou partie de leurs biens. Mais dans un contexte de crise du logement, "les marchands de sommeil" prospèrent, selon le DAL. La Seine-Saint-Denis, qui compte plus de 55.000 demandeurs de logements sociaux, est particulièremen t touchée.
Selon l'Association départementale de sauvegarde de l'enfance et de l'adolescence (ADSEA-93), "les marchands de sommeil" agissent, le plus souvent, sous le statut de SCI (société civile immobilière). Ils sont domiciliés dans l’immeuble par une simple boîte aux lettres. Ils viennent au domicile chercher le loyer obligatoirement payé en liquide sous peine de représailles, ne déclarent pas les logements au Trésor public, et les locataires ne reçoivent pas de taxe d’habitation. Leurs logements sont souvent dégradés voire insalubres. De nombreux locataires, sans titre de séjour, sont très vulnérables : au moindre impayé, l’eau est coupée.
Les loyers, dénonce le DAL, sont la plupart du temps "payés rubis sur l'ongle par les services sociaux ou des associations, car l'Etat ne s'est pas donné les moyens de loger" les personnes défavorisées.
"Avant de s'insurger, l'Etat devrait d'abord balayer devant sa porte, en utilisant la loi de réquisition, ou en louant au marché privé, comme c'est le cas à Londres : cela coûterait moins cher, et au moins les familles seraient correctement logées", a estimé M. Eyraud. Répondre | Répondre avec citation | Citer
Les sans abris ne veulent pas être «déménagés», ils veulent un logement !
Depuis plusieurs jours, la police expulse les sans-abri qui, faute de mieux, se sont réfugiés sous des tentes disséminées dans Paris ou ont bâti sous des ponts des campements de fortune.
Parmi ces personnes expulsées de leurs abris provisoires, plusieurs ont fait une demande de logement toujours restée sans suite.
Aucune n’a fait le choix de la rue, beaucoup en ont eu marre de faire le 115 qui n’a jamais de solution à long terme à proposer aux personnes isolées et se contente de gérer la pénurie.
Les sans-abri contactés se sont tous plaint de souffrir encore plus l’été que l’hiver.
Face à l’urgence sanitaire et sociale ; nous demandons des mesures efficaces à long terme et non un énième plan d’urgence qui n’apporterait pas grand chose de plus
Un logement c’est un droit
Le Comité des Sans Logis (CDSL), membre de la fédération «Droit Au Logement» (DAL), lutte depuis 13 ans avec les sans toit, de façon non violente et collective.
Nous revendiquons :
• Un logement décent pour tous
• La réquisition des logements vides
• Des relogements au lieu des mises à la rue en fin d’hébergement et des d’expulsions locatives
Paris le 19 juillet 2006,
Association Droit Au Logement Paris & Environs
8 rue des Francs Bourgeois 75003 Paris
Tél. 01 42 78 22 00 / Fax 01 42 78 22 11 Répondre | Répondre avec citation | Citer