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Accueil La revue de presse Bernard, premier mort de froid et 300e mort de la rue en 2012

Bernard, premier mort de froid et 300e mort de la rue en 2012

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Le vent se fait froid, les températures chutent, les salles de rédaction sont en effervescence. Le premier SDF «mort de froid» est au rendez-vous de l’agenda médiatique.

Pour dresser le portrait de la première victime, les journalistes s’affairent à chercher des indices pour reconstituer les détails de son infortune. Les brèves tombent et s’enchaînent, journaux nationaux, rédactions régionales, télévision, web, radios... On apprend de proche en proche qu’il avait 59 ans et s’appelait Bernard, qu’il était aussi roux que cultivé, ancien légionnaire, que sa santé était mauvaise. Qu’il «buvait un peu trop».

Ainsi on sait beaucoup, mais trop tard, de la vie de Bernard. Ainsi on nous rappelle qu’en France, si on doit vivre dehors, on peut mourir de froid. Mais pas seulement et au risque de froisser les journalistes en mal de scoop, on peut y mourir des suites de violences (agressés dans la rue, brûlé sous sa tente…), de manque de soin...  La liste est longue.

Bernard est la 300ème personne dont le décès est recensé par le collectif Les Mort de la Rue depuis le début de l’année 2012. Eté comme hiver, chaque jour un SDF meurt.

Perversion médiatique : dans le portrait ainsi brossé, on sait tant de Bernard qu’il a «refusé de partir avec une association». Nous supposons alors que, rationnellement sans doute, il aura préféré se bricoler une survie dans la rue. Mais là, on ne dit rien des raisons de son choix, de l'inhumanité des conditions d’accueil en hébergement d’urgence (les dortoirs surpeuplés, risque de vols, de viols, d'agression…), de la difficulté d’accéder à une offre aussi rare qu’inadaptée.

Depuis des années, nous dénonçons la mort prématurée des personnes vivant à la rue. Depuis des années nous interpellons les différents gouvernements pour, finalement, n’en constater que l’impuissance ou le manque ferme de volonté. Les alternances gauche-droite n’y auront rien changé. L’urgence et la gestion saisonnière restent la norme imposée, avec pour preuve, s’il en fallait, cette fameuse circulaire ministérielle qui, d'année en année, n'est que le même copié-collé de mesures hivernales.

Pas de volonté ou des décisions bien tardives, alors que les associations dénonçaient dès le mois de juin au nouveau gouvernement les problèmes rencontrés, elles attendaient que des mesures, des anticipations soient entreprises… rien de cela !

Quelle personnalité politique osera réformer un dispositif inadapté ? On nous annonce à grand renfort de communication une grande conférence pour établir une programmation sur 5 ans. La problématique des sans-abris sera à l’ordre du jour. Mais concrètement, au lendemain de cette conférence, qu’est ce qui aura changé pour les personnes sur nos trottoirs ?

Alors, cet hiver sera comme tous les autres et beaucoup de Bernard vont se retrouver à la Une des journaux malgré eux.

(Source : Les Morts de la Rue)

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