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Le nouveau gouvernement belge s'attaque à ses chômeurs

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Malgré un taux de chômage à 6,6% bien en-deçà de la moyenne européenne, ses premières mesures visent drastiquement les privés d'emploi.

Après plus d'un an de tractations institutionnelles et quatre mois de négociations socio-économiques, un gouvernement s'est formé en Belgique. La «note gouvernementale» est devenue publique après la manifestation contre l’austérité du vendredi 2 décembre. Elle imite, en partie, les plans de rigueur qui frappent la Grèce, le Portugal, l’Espagne, l’Italie, l’Angleterre et l’Irlande. Ici comme ailleurs, afin de «rassurer les marchés», le gouvernement s’attaque aux formes de protection collective et, singulièrement, aux allocataires sociaux. Très concrètement, ce sont 110.000 personnes qui risquent dans trois ans de perdre leur revenu si cet accord gouvernemental est voté. Tour d’horizon des futures mesures au niveau du chômage.

Les chômeurs sont trop gros : on dégraisse !

Le nouveau budget de l’Etat est un florilège de mesures attaquant les chômeurs. On a peine à comprendre le lien entre la crise bancaire, les millions d’euros investis pour «sauver l’économie» et le fait que ce soient les segments les plus précaires du marché du travail qui doivent trinquer.

Premier angle d’attaque : la généralisation à toutes les catégories de chômeurs du principe de dégressivité des allocations aboutissant désormais à un forfait proche du seuil de pauvreté (880 euros). Beaucoup de chômeurs vont ainsi perdre jusqu’à 10%, voire 15% de leur revenu mensuel. Au bas mot, cette mesure va rapporter 200 millions d’euros sur un budget recherché de 11 milliards. On s’en doute : la question est moins budgétaire que politique. Le problème est direct : plus on abaisse les allocations de chômage, moins un patron devra payer pour engager un travailleur. En Grèce, un emploi plus ou moins précaire se négocie à 600 euros, au Portugal à 400 euros, et combien en Chine ?

Ceux qui attendent : dehors !

La mesure «phare» concernant le chômage est pourtant ailleurs. Elle vise les personnes qui, n’ayant pas du tout ou pas suffisamment travaillé, perçoivent dès lors des «allocations d’attente» sur la base de leurs études. Celles-ci seront désormais limitées dans le temps pour les «plus de 30 ans» et pour tous les «cohabitants». Pour une partie de ceux-ci, le décompte se fera dès le 1er janvier 2012.

Pour les plus de 30 ans, le compte à rebours de «3 ans» commencera à la même date pour se terminer… au 1er janvier 2015. 110.000 personnes sont potentiellement concernées. En dehors de sa violence et des coûts indirects qu’elle va nécessiter (logement social, transfert vers les CPAS, «gestion» de l’explosion de la pauvreté…), on serait intéressé de savoir à combien a été chiffrée cette économie ?

Il y a tout de même deux évidences à rappeler dans toute cette histoire : d’abord l’emploi, il n’y en a plus depuis longtemps pour tout le monde ; ensuite les chômeurs, ils sont insérés dans une diversité de projets, d’activités, de soins aux autres... On n’aura de cesse de le répéter : la frontière ne passe pas entre actif (travail) versus passif (chômage) mais à travers une zone grise où se mélangent divers statuts et activités (alternance des deux situations). Mais peut-être que ces évidences «empiriques» n’intéressent pas grand monde et qu’elles sont contrées par une exigence dogmatique : faire en sorte que la réalité corresponde au dogme libéral. C’est-à-dire : faire exister un marché du travail précarisé (intérim, PFI, RPI…) sans plus de protections collectives.

Contrairement à une idée répandue, cette mesure concernera des personnes de tous âges. Le statut «allocation d’attente» correspond directement à trente années de déréglementation et de précarisation du marché du travail. Le contrat indéterminé à temps plein (CDI) n’est plus la norme. Aujourd’hui, pour bon nombre de personnes, «faire carrière», c’est passer par un nombre incalculable de statuts (mi-temps, CDD, contrat temporaire…) qui ne permettent pas de sortir de ces allocations. Il faut de 12 à 24 mois de travail quasi continu pour passer au régime dit «allocation sur base du travail». La note gouvernementale est claire sur le régime précaire des «allocations d’attente» : ceux ou celles qui pourront prouver 156 jours de travail sur une période de référence de 24 mois maintiendront leurs allocs pendant encore six mois avant une nouvelle évaluation, celle-ci se répétant tous les semestres par la suite.

Cette mesure s’étend également à un autre groupe de chômeurs, et ici de manière complètement discriminatoire : les «cohabitants» dit «non privilégiés» (c’est-à-dire qui cohabitent avec une personne ayant des revenus autres que des allocations sociales ou équivalentes). Cette mesure va toucher principalement les femmes. On ne sait pas exactement combien de personnes cela va concerner. Mais, selon une étude du syndicat FGTB publiée dans Le Soir du 10 décembre, ce sont 24.000 «cohabitants» qui seront exclus du chômage d’ici avril 2012. [...]

Un contrôle plus près de soi...

Enfin, la note gouvernementale nous parle aussi d’autre chose. La première partie est consacrée au volet dit institutionnel. Au niveau du chômage, les compétences sont transférées vers les régions. Cette mesure est prise dans un carcan dit «de responsabilisation». Le critère est le suivant : d’ici 2020, il faut que chaque région arrive à un taux d’emploi de 73%, sinon le budget fédéral qui lui est alloué sera raboté. La «note» dit que cet «objectif ambitieux nécessite d’augmenter de plus de 5% le taux d’emploi».

Mais si l’on regarde ces chiffres de plus près, on constate une très grande différence entre les régions : la Flandre est en 2011 à 71,8%, la Wallonie à 62% et Bruxelles à 58%. Ce qui signifie pratiquement mettre les régions (Actiris, Forem) sous pression pour qu’elles fassent à leur tour pression sur «leurs» chômeurs. Alors, comment vont-ils faire ? Appliquer ici aussi le dogme libéral et prescrire ou préformer le futur. La note précise d’ailleurs les directions à suivre : intensifier les contrôles et toutes autres mesures allant vers cet objectif.

Dans cette chaîne de «responsabilités» visant les 73%, il va y avoir du dégât à tous les étages. Actiris et le Forem sont traditionnellement des «placeurs», des formateurs au niveau du marché du travail. La mue «néo-libérale» de ces institutions a déjà commencé depuis quelques années. Actiris, par exemple, sanctionne de plus en plus (via l’Onem) les chômeurs ne se présentant pas ou en retard à leurs convocations. Mais cette mue n’est pas complète. Il y a, semble-t-il, encore des forces qui résistent à cette transformation. La note gouvernementale le suggère lorsqu’ils écrivent : «Néanmoins, les régions qui le souhaitent seront libres de déléguer le pouvoir de sanction à l’Onem, contre rémunération». [...]

(Source : CIP-IDF)

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Mis à jour ( Mardi, 31 Juillet 2012 11:17 )  

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